Avant que les seins ne me poussent

2016 vient tout juste de débarquer, neuve et élégante, encore coincée dans la gaine sous sa robe en taffetas et jackée sur ses talons trop hauts.

On la jalouse du coin de l’œil parce qu’elle est parfaite, elle, avec ses résolutions de salades et de bénévolat. Mais moi, petite fille-passoire-aux-mille-trous-à-combler, elle ne me fait pas envie, cette fraicheur de vouloir changer, de se réinventer, de s’améliorer en additionnant. Disons que j’ai des priorités d’âme avant de penser me bricoler un six-pack dès février.

Je ne veux pas, je ne veux plus changer.

Je souhaite justement, au contraire, essayer de me dénaturer le moins possible. Me retrouver. Puis j’ai la certitude que ce n’est pas à travers deux verres d’eau de plus par jour ou 4 poutines de moins par année que ça arrivera. J’ai bien l’impression que ça arrive aux humains de s’égarer de leur route, même s’ils continuent de marcher. On s’éloigne un peu de nous-mêmes pour tester d’autres sentiers, puis l’on se retrouve désorienté aux détours de quelques passages de garnotte imprévus sur notre parcours.

Pour ma part, ça a dû arriver quelque part pendant l’adolescence, entre des seins qui poussaient bizarre et un nouveau potentiel de séduction. Ça a comme pris le dessus sur le reste. Quand le bonnet de soutien-gorge a augmenté et que les bras ont finalement décidé de se proportionner au reste de mon grand corps malheureux, c’était tellement merveilleux que j’en ai oublié que j’étais plus intelligente que belle.

Puis un matin, je l’ai cherchée, mais je ne l’ai plus vue; la petite Rosie de 8 ans qui lisait des poèmes et qui se savait one-step ahead, MALGRÉ une palette en moins et un nombril qui, de par sa taille, semblait se prendre pour un petit pénis. Comment étais-je devenue celle qui favorisait désormais les décolletés aux cols roulés, comme si ma valeur résidait dans ma graisse mammaire? À quel moment, à cause d’un joli visage et d’un peu de talent en maquillage plagié sur YouTube ai-je arrêté de me trouver suffisante?

C’est là que réside la grande gaffe des jeunes femmes; on devient belle et on commence à se trouver laide, puis là débute la période où l’on se laisse pourrir de l’intérieur, tuant à petit feu la beauté réelle qui réside derrière nos yeux trop grands, avides de tout plus et tout mieux. À trop vouloir mettre des paillettes d’étoiles sur nos paupières, on perd celles qui illuminent notre regard.

En mots plus plates et gris : plus fort on tente de se changer, plus nos attentes dévient de leur cible et plus on risque de se dénaturer. C’est pour ça que les résolutions de ventre plat, de succès monétaire ou de chasser le célibat ne fonctionnent pas vraiment. Ce n’est pas “nous”. Comment tenir une promesse alors que son but lui-même nous déconcentre de notre personnalité?

À rêver de devenir encore mieux que nous, on oublie que notre être est suffisant.

On se décentre de l’essentiel pour mettre l’emphase sur des aspirations futiles qui se calculent et se mesurent. Les résolutions, c’est les réponses que l’on voudrait cocher dans un quiz de magazine aux questions hypothétiques, pas celles qui nous décriraient vraiment au bout du compte.

Je ne sais pas encore avec exactitude comment on se “retrouve”; notre personnalité n’est pas un cadeau que l’on découvre dans une boîte de Cracker Jacks. J’ose simplement penser que le secret réside dans le fait d’arrêter de se forcer autant. J’ai compris ça quand mon copain m’a dit récemment que je gaspillais mon potentiel d’humain en visant la norme, parce que valais mieux que ça et qu’il était plus difficile d’essayer de ne pas être moi, que de simplement l’assumer.

Il avait raison. Mieux encore, il aurait pu dire cela à chacun(e) d’entre vous et il n’aurait pas tort.

À ceux et celles qui se reconnaitront un peu dans mon désir de plaire à coups de battements de cils, je vous souhaite une année où vous plairez à coups de battements de cœurs que vous avez à offrir. Une année où la version très cool de vous, devenue un peu floue dans l’ombre de la version bien mise, sera sous tous les projecteurs. Une année où vous vous débarrasserez du “par” de “paraitre” et du “a” de “avoir”, pour vous contenter d’être et de voir.

Dans mon cas, pour 2016, je me souhaite de cesser d’essayer si fort de plaire à tous, de me présenter au monde entier en retirant autant d’artifices que possible et de laisser mon talent briller plus fort que mon gloss. Je crois bien y arriver, car au fond, mon compliment préféré a toujours été de me faire dire qu’on aime ce que j’écris, pas que j’ai des beaux yeux, parce que ce qui me définit le mieux, ce sont mes mots, pas mes trois couches de mascara.

Elle était surement cachée là — dans les quelques mots que j’ai à vous partager — la petite Rosie que je cherchais tant.

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