Cath Laporte

Se tenir

Le père des p’tits pis moé, on torche. Et j’ai le goût de t’en parler. Ça fait un moment, en fait. Mais des fois, y’a comme une petite gêne à étaler du bonheur.

La peur de se faire dire qu’on se vante, qu’on se trouve don’ bon ou beau ou peu importe. Mais souvent, j’pense pas que ce soit pour ça qu’on l’étale le fun, pour juste faire rouler des yeux le monde qui le regarde l’étalage. Non. J’pense que des fois, on est juste content de soi pis c’est ben ok de le dire. C’est pas si facile « être content de soi », trouver qu’on fait la bonne affaire. Évidemment, je parle pour moi, là. J’ai le doute facile. Sur ce que je suis, ce que je fais, comment je le fais, comment je pourrais le faire, aurais pu ou dû le faire. Et surtout en ce qui concerne mon être-maternant. Ce lieu est un éternel « ish-me-semble-que-j’aurais-pu-faire-autrement ».

Mais. Pas pour comment le père des p’tits pis moé, on vit notre séparation. Non. Ça, c’est vraiment un quelque chose dont je suis plutôt contente. Pas dans l’en-soi, là. Dans le sens où ladite séparation elle a tout de même et nécessairement affecté la progéniture et que la peine et l’ennui qu’elle a pu ou peut ressentir, ben, ça me désole. Sauf que si on tient compte de l’ensemble de tous les tous, cette séparation devait avoir lieu pour le bonheur du plus grand nombre. On était marié pis toute. Ensemble depuis quinze ans. Depuis le très cute âge de 16 ans. Et ce n’était pas dans les plans que. Pour le meilleur et pour le pire, on y a crû pour de vrai. Et on a fait des efforts et bla bla bla.

Sauf que c’est cela. Y’a eu « la vie ».

On aurait pu se détester, ne plus se parler, trouver des moyens pour ne même plus devoir se côtoyer. On aurait pu se faire chier, crier, se nuire. Ce sont des cas de figure qui existent. Mais. J’ai le souvenir très clair qu’on se soit dit que les p’tits passaient avant tout. Avant nous. Avant nos « je », même s’ils souffraient nos « je », alors. Et ça a fait en sorte qu’on s’est plutôt poutré là-dedans. Pour nous, mais surtout pour eux. On a une garde partagée très rapprochés, on habite pas très loin, on soupe en famille, parfois, on fait des activités en famille, parfois, on s’appelle ou on se texte à tous les jours pour parler des p’tits, de comment ils sont, vont, de qu’ils ont dit ou fait. Quand un p’tit est malade, celui qui ne les a pas va prendre le rendez-vous à la clinique à 7h du matin, pour éviter à l’autre de s’y déplacer avec deux êtres ne voulant pas attendre. On se partage les journées pédagogiques ou de maladie. On va aux rencontres d’école tous les deux. On va même passer Noël ensemble, tous les quatre. Pas parce qu’on se sent obligés, là.

Non.

Juste parce que je sais pas tant comment, mais on est parvenu à se préserver un quelque chose dans la perte. Un précieux. On prend soin de nous quatre en prenant encore soin de nous deux. En ayant du care, du souple, beaucoup de love, encore. Et à chaque fois que je nous vois être aussi doux, j’ai le goût de nous faire un câlin. Parce que les p’tits nous voient encore comme une famille. Parce qu’ils savent que maman et papa se parlent et appliquent [pas mal] les mêmes règles même si dans deux maisons différentes. Parce que je pense que nous avons réussi à leur permettre de rester des p’tits, dans tout ça. Ils n’ont pas eu à vieillir un peu trop vite pour gérer des émotions qui ne leur appartenaient pas ou à ressentir cette solitude si prenante qu’est celle du parent trop absent. Ils n’ont pas eu ces trous, ces trop. Et je suis contente de ça. Pour eux, pour lui, pour moi. Ce n’est pas parce que l’amoureuserie ne fonctionnait plus que nous nous sommes pour autant écartés l’un de l’autre. Et on aurait tellement pu. Quand ça fait mal, quand on est blessé, quand y’a de la colère et d’autres sentiments du genre, c’est tellement difficile de garder le lien, de se regarder dans les yeux, de s’adresser la parole. Surtout que nous, c’tait pas mal notre première vraie rupture à vie. Mais les p’tits nous ont permis de se faire ça sweet. De garder un cocon. Ça n’a pas été tout le temps évident, là, je le précise. Ça a pris du temps du on-s’oublie-le-soi-un-peu, du on-se-parle. Je ne pense pas qu’on n’aurait vraiment pu ne plus se parler jamais de la vie. On s’est bin’que trop aimé fort pour ça. On s’est surtout beaucoup amitié pendant toutes ces années.

Et je pense que c’est ok que je te le partage. Que j’en sois contente. Que je l’étale. Parce que j’me dis que c’est vraiment fun de le savoir que y’a d’autres options, d’autres modèles. Que ces situations tellement difficiles ne sont pas obligées de l’être davantage qu’elles ne le sont déjà. Que c’est possible, qu’on peut. Que tu peux avoir un accident de char avec tes p’tits, appeler le père des p’tits pis qu’y va lâcher son magasinage pour se garrocher chevous, gérer la situation parce que toi, tu shakes un peu trop et que t’es [ou plutôt étais] pas du genre à avoir un constat à l’amiable dans ton coffre à gants, t’amener à l’hôpital, avoir peur pour tes vertèbres, aller acheter des sanouiches, soupirer en même temps que toi aux mardes que les p’tits vont dire et faire pis te ramener chevous après tout ça en étant juste content que tout soit pas si pire. Que vous soyez tous là. À vous faire un câlin dans l’entrée. Pis que ce soit juste ça qui compte. Que vous soyez bien.

J’existe aussi là : Les p’tits pis moé, pis là

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