S’affranchir des standards de beauté corporelle avec Lachapelle Atelier

Ne plus s'arrêter aux chiffres sur les étiquettes pour s'habiller.

La rue Sainte-Catherine à Montréal est le paradis des boutiques et de la surconsommation. Mais il n’est pas toujours facile pour les personnes taille plus de trouver le bon morceau: les grandes chaines font souvent du large qui fitte sur du x-small. Viviane Lachapelle, vient de lancer son tout nouveau projet, Lachapelle Atelier, pour répondre à ce manque criant de diversité corporelle dans les tailles de vêtement.

Nous nous sommes donc donné rendez-vous sur la rue Sainte-Catherine pour parler de guenilles, mais surtout pour qu’elle me raconte son parcours. C’est à travers les différentes boutiques où elle m’a amené que j’ai compris son struggle de « fille toutoune » et le background derrière son initiative.

Si tu ne sais pas du tout de quoi je parle, voici la (super belle) vidéo qu’elle a créée pour faire connaître son projet et amasser du financement : 

Réalisation : CARAZ

« C’est impossible de tout trouver à la même place, mais je te dirais qu’ici [chez COS] c’est mon inspiration numéro un pour Lachapelle », me dit-elle lors de notre premier arrêt.

La jeune créatrice et entrepreneuse a déjà travaillé ici et son expérience sur le plancher lui a été très bénéfique. « La coupe est très ample et la fourche est grande », m’explique-t-elle en me pointant un pantalon. « C’est ça qu’il faut regarder chez les filles curvy, parce des fois on a plus de ventre et plus de fesses, donc il faut plus de place ». 

Toutefois, même dans cette boutique, elle ne peut pas tout acheter. La plupart du temps, les pantalons n’étaient pas taillés pour elle. « C’est arrivé ce matin. Les pantalons que j’ai essayés me faisaient, mais j’aurais dû coudre un bord parce que c’était fait pour un mannequin vraiment grand et vraiment mince. J’étais pas bien dedans ». 

« T’sais, mes amies allaient au Zara, mettons. Moi je devais acheter des trucs en ligne que je faisais livrer et que je payais trois fois le prix ». 

Ce type de frustration, Viviane ne les compte même plus. Elle s’intéresse à la mode depuis qu’elle est toute jeune, mais elle n’a jamais pu s’habiller comme ses amies. « T’sais, mes amies allaient au Zara, mettons. Moi je devais acheter des trucs en ligne que je faisais livrer et que je payais trois fois le prix ». 

Offrir une autre gamme de vêtements plus size

Bien sûr, il y a des sections plus size dans plusieurs boutiques comme au Forever XXI, notre prochain arrêt. La section, située au troisième étage de la succursale, est plutôt grande, mais un peu bordélique. Il y a des boîtes qui traînent un peu partout. On retrouve quelques éléments similaires à ceux des étages du bas, mais en général, ce sont des modèles qui nous semblent faits avec des matériaux plus cheaps et démodés. 

Viviane souligne plusieurs efforts qui sont faits par la compagnie, mais elle ne trouve pas du tout son compte dans ces vêtements. Dans ce qu’on voit, il y a beaucoup de motifs, de fleurs et des couleurs flashy.

« J’ai envie de simplifier la vie pour les femmes qui ont envie de s’habiller local et minimaliste. »

« Il y a des filles curvy qui aime ça plus simple. J’ai envie de simplifier la vie pour les femmes qui ont envie de s’habiller local et minimaliste. Juste des beaux vêtements qui vont durer. Je trouve que c’est quand même le minimum ». 

Promouvoir l’acceptation de soi

Même si elle aime la mode depuis toujours, ça a pris pas mal de temps avant que Viviane se lance à 100% dans Lachapelle Atelier. Après des études en travail social, elle s’est dirigée vers le monde de la production de vidéoclips, pour finalement devenir aide-styliste. Elle a ensuite travaillé dans la vente de vêtements et c’est à ce moment qu’elle s’est perfectionnée dans la mode pour femme (qu’elle affectionnait depuis son plus jeune âge). « Je connais vraiment bien mon corps et comme j’ai travaillé dans le retail, je connais vraiment bien le corps des autres femmes aussi. Juste en te voyant, je saurais quoi t’offrir ». 

« C’est pas de dire : sois gros, mange ce que tu veux, fais le party tous les soirs, sois pas en santé. C’est juste d’être bien dans son corps. »

Créer une entreprise de vêtements plus size, c’est promouvoir la diversité et montrer qu’il y a toutes sortes de corps en santé. « C’est pas de dire : sois gros, mange ce que tu veux, fais le party tous les soirs, sois pas en santé. C’est juste d’être bien dans son corps, explique Viviane. Je suis née de même, donc à un moment donné, il faut que je m’accepte ou je ne serai jamais heureuse ».

Pour accepter son corps, Viviane a fait un gros travail sur soi et elle ne s’en cache pas. Elle m’explique qu’il n’y a pas si longtemps, elle n’aurait pas pu porter un pantalon plus serré où l’on voit ses fesses.

« C’est ma résolution depuis quelques années : mettre plus de couleurs, parce que j’avais tendance à m’habiller toujours de noir pour couvrir mes formes ». 

À bas le diktat des chiffres

C’est à notre troisième arrêt que l’omniprésence des petites tailles est la plus flagrante. On est chez Brandy Melville qui fait seulement des vêtements one size et la plupart des t-shirts ressemblent à des morceaux pour enfants. Pour une jeune fille qui ne rentrera jamais dans ces vêtements, ça peut vraiment être destructeur pour l’estime de soi. Ça lance un message clair aux consommatrices. 

En se rendant au Aritzia, on se rend compte qu’il manque beaucoup de grandes tailles sur le plancher. Une réalité que Viviane constate dans de nombreuses boutiques.

« L’important, c’est de trouver un vêtement qui nous fait et dans lequel on est confortable, peu importe la lettre ou le chiffre sur l’étiquette. »

Pour Lachapelle Atelier, elle a décidé de laisser tomber les chiffres et de représenter les tailles par des symboles. Selon elle, l’important, c’est de savoir si le vêtement nous fait ou non, pas le chiffre qui se trouve sur l’étiquette. « J’ai entendu tellement de gens me dire: non non non, je ne porte pas du 8 ans, parce qu’elles portaient du small par exemple ». Comme elle me l’explique, l’important, c’est de trouver un vêtement qui nous fait et dans lequel on est confortable, peu importe la lettre ou le chiffre sur l’étiquette.

Elle n’est qu’à ses débuts avec son entreprise, mais Viviane a déjà plusieurs idées pour faire grandir sa compagnie comme créer des maillots ou encore des vêtements mieux adaptés à la gent masculine. « Je ne m’attendais pas à ça. Ça me fait vraiment plaisir que ça intéresse les gens ». 

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