Rivkah Katz, ex-hassidique

À 14 ans, Rivkah quittait sa famille hassidique pour se rendre à New York. À défaut d’écrire un roman à partir de ça, on a jugé que ça valait au moins une petite entrevue.

Dans quel genre de communauté as-tu grandi?
Je viens de la communauté Loubavitch de Notre-Dame-de-Grâce. De toutes les communautés hassidiques, c’est la plus ouverte. Alors que les autres se replient sur elles-mêmes pour protéger leur mode de vie de l’influence extérieure, la communauté Loubavitch est ouverte aux étrangers parce qu’elle veut les ramener au bercail.

Pourquoi as-tu quitté ta famille alors?
J’ai eu une enfance heureuse, et je ne me souviens pas de la raison rationnelle qui m’a fait quitter la communauté, mais d’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie étrangère. À 12 ans, j’ai réalisé que quelque chose n’allait pas avec ce qu’on m’avait enseigné. Je suis une personne très analytique et introspective, j’ai besoin de pouvoir penser librement.

Et ce n’était pas le cas?
Non. Quand mes parents m’ont retrouvée à New York, ils m’ont envoyée chez une grande tante qui était encore plus sévère qu’eux. Elle me traitait de pute parce que je mettais du vernis à ongles. Je suis vite partie de chez elle, mais jusqu’à 18 ans, j’ai vécu selon les règles hassidiques, les filles séparées des garçons, etc.

Ça a été quoi, ton premier geste de rébellion?
La première chose non casher que j’ai mangée, c’était de la gomme. La saveur reste seulement cinq minutes, mais j’étais vraiment contente. J’étais aussi contente que le monde ne s’effondre pas parce que j’avais enfreint la loi! Même si on ne croit pas à ses choses-là, on n’est jamais sûr à 100%!

Et qu’est-ce qui est arrivé quand tu as eu 18 ans?

Je n’avais jamais imaginé ma vie après 18 ans. Tu te bats longtemps pour quelque chose, et quand tu l’as, c’est le vide. Je n’appartenais pas au monde religieux, mais je n’appartenais pas non plus à l’extérieur. Je n’en avais rien à foutre de Brangelina! J’ai dû apprendre à vivre dans ce monde-là et me questionner sur ma carrière.

Et comment réagis-tu quand tu vois des hassidiques aujourd’hui?
J’aime bien les taquiner. L’autre jour, j’ai parlé en yiddish à un garçon et il m’a craché dessus à cause de la façon dont j’étais habillée. Parfois, je vois des amis d’enfance dans la rue. Elles ont 5-6 enfants et détournent le regard lorsqu’elles me voient.

Judith Lussier est journaliste, chroniqueuse et auteure. En plus de ses collaborations pour Urbania, elle est chroniqueuse au journal Métro et dans plusieurs autres médias.

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