Comme Mitsou, réussir son FailCamp

Le FailCamp, une demi-journée de conférence et de réseautage, veut “promouvoir la prise de risques et l’entrepreneuriat par la célébration de l’échec” et “légitimer l’échec dans le discours public”. On leur souhaite de réussir, juste pour le paradoxe.

Plus jeune, quand je me plantais en 10-vitesses, je considérais le fait que personne ne m’ait vu me râper la face dans la garnotte comme une “réussite dans l’échec”. Les conférenciers du FailCamp auraient honte de moi.

Parce que réussir ses réussites, c’est bien, mais ce n’est plus assez. En 2015, il faut aussi réussir ses échecs. Et les célébrer.

Arrivé à la SAT, on doit écrire nos noms sur des collants en forme de banane, en hommage à la proverbiale pelure. On doit aussi y écrire notre plus grand échec. À ce moment précis, mon plus grand échec semble être de ne pouvoir nommer mon plus grand échec. Peut-être ai-je eu une vie particulièrement réussie.

Francis Gosselin, coanimateur et co-organisateur de l’événement, a une autre théorie :

“Ceux qui n’ont pas d’ambition ne vivent pas d’échec”.

Par exemple : ceux qui n’ont pas d’ambition ne se retrouvent pas enfermés dans une salle mal climatisée de la SAT, à suer avec 250 autres personnes alors qu’il fait un magnifique soleil dehors.

Ceux qui n’ont pas d’ambition ne “flambent” pas non plus quatre millions de dollars de capital de risque dans un service web qui finit par faire faillite, comme Sylvain Carle et Sébastien Provencher. De l’aventure de ces deux comparses, on retient pourtant que c’est possible d’organiser son échec et sa faillite, de faire ça “comme il faut”. La preuve : leur réputation était presque plus grande après l’aventure ratée que pendant.

C’est un peu l’idée qui traverse l’ensemble des présentations du FailCamp, que ce soit celle de l’avocate Kim Thomassin ou celle du restaurateur Martin Juneau : se planter, dans la vie comme en 10-vitesses, ce n’est pas agréable, mais ce n’est pas le boutte de toute.

On peut encore continuer, à condition de ne pas se laisser stopper par la peur.

“Il ne faut pas souffler sur le yogourt parce qu’on s’est brûlé avec la soupe”, comme l’a dit l’ancien publicitaire Jean-Jacques Streliski.

L’image du Titanic projeté sur la coupole de la SAT était donc tout à fait à propos. Symbole parfait de l’échec, le paquebot est aussi le rappel qu’on a tous droit à une deuxième chance, et que si on est chanceux, notre deuxième chance va être réalisée par James Cameron et on va y voir Kate Winslet toute nue.

Comme le journal Les Affaires, qui a transformé une fôte épouvantable sur sa une en un beau coup de pub.

À quand un MitsouCamp?

Ce serait presque déplacé de reprocher à un Failcamp de ne pas être parfait. N’en demeure pas moins que jusqu’à l’invitée finale, les présentations étaient un peu inégales et leur sujet était parfois un peu flou. En encadrant mieux les présentateurs, on aurait pu en tirer plus.

Jusqu’à ce qu’arrive sur scène Mitsou Gélinas.

C’est à ce moment que j’ai trouvé le grand échec que j’aurais pu écrire sur mon collant-banane : on ne m’accueillera jamais avec le genre de vidéo qui servait à introduire Mitsou. Vous savez, ces vidéos rétrospective-de-ta-vie-sur-l’air-d’un-de-tes-grands-succès?

Catapultée au sommet des palmarès à l’âge de 17 ans, ses détracteurs ont été, raconte-t-elle, sa première défaite. Des détracteurs comme Pierre Bourgault, qui a écrit qu’elle était “un chewing-gum rose” que les gérants allaient “mâcher et recracher”. Ouch. Bienvenue dans la sphère publique, Mitsou.

À 25 ans, alors que l’on amorce généralement sa vie, Mitsou avait pratiquement sa carte du club des has been. Elle s’est alors lancée en affaires.

Au décompte des échecs, on note son implication dans une ligne de produits d’alimentation rapidement disparue, dans un site d’enchères sur internet né trop tôt (le nom de Bidomania pourrait aussi être compté comme un échec) et dans un restaurant qui a fait faillite.

Mais au rayon des réussites, attachez votre tuque et préparez vos complexes : morning woman d’une station de radio populaire pendant 12 ans et directrice du magazine Clin d’Œil pendant sept, elle est à la tête d’un groupe d’entreprises (Dazmo, Vidéo Assist et Vidéo MTL) qui embauche plus de 100 employés permanents et possède des studios de tournage de 150 000 pieds carrés en plus d’avoir été les pionniers de la vidéo HD au Québec.

Cette présentation aura été la grande réussite de ce FailCamp. (La mienne aura été de ne pas cracher ma gorgée d’eau quand quelqu’un a comparé la coanimatrice de l’événement, Mélanie Joly, à Hillary Clinton.)

On peut rigoler encore de la jeune fille qui cachait sa nudité avec un dossier de chaise dans un clip pour une reprise du Ya-ya, mais ce que cette jeune femme est devenue inspire tellement le respect que je vais lui laisser le mot de la fin.

“Est-ce que je suis ici pour vous dire de ne jamais lâcher? Pas vraiment. On connaît tous des gens qui décident de persister dans une mauvaise voie et qui finissent par prendre le champ. Je suis plutôt là pour vous dire de ne jamais arrêter de vous ajuster. Au marché, à vos besoins, à la vie. Il ne faut pas laisser un titre vous définir. Rien ne dépasse la satisfaction de se surprendre soi-même.”

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

La route de la semaine : la 389 de Baie-Comeau à la Manic

URBANIA et Hydro-Québec s’associent pour vous faire découvrir la route idéale pour un road trip. Connaissez-vous la route 389? À moins que vous ne […]

Dans le même esprit