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Retourner au bureau à reculons

Votre bon vieux bureau n’a peut-être pas changé, mais le monde, lui, oui.

Par
Sarah-Florence Benjamin
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Après des mois à travailler à deux mètres de son lit, à n’avoir personne à qui parler en face à face autre que son chat, à être chaque jour plus tenté.e de garder sa caméra fermée lors de sa cinquième réunion Zoom de la journée, on pourrait s’imaginer que la nouvelle d’un retour au bureau en présentiel ne ferait que des heureux et heureuses.

Pourtant, ce n’est pas tout le monde qui se meurt d’envie de retourner aux bureaux d’avant la pandémie. Certain.e.s craignent de contracter la COVID, d’autres ont perdu l’habitude des conversations de machines à café, et d’autres encore auraient simplement préféré ne jamais revenir. Les beaux jours du bureau sont-ils terminés?

Le retour tant attendu

Après des mois à enseigner à distance, Audrey est retournée devant une classe physique à la rentrée universitaire en septembre. Elle se dit généralement contente d’abandonner la visioconférence : « Je n’ai pas commencé à enseigner pour le faire sur Zoom! » À la veille de la rentrée, elle était « nerveuse, mais d’une bonne manière ».

Certaines compagnies ont invoqué le partage de la culture d’entreprise ou le mentorat des nouveaux talents pour justifier un retour complet aux bureaux.

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Instauré dans l’urgence de la pandémie, le télétravail n’a pas fait l’affaire de tout le monde, surtout pas des gestionnaires, qui sont majoritairement en faveur d’un retour en présentiel, au moins à temps partiel. Ce n’est pas une question de productivité, comme on sait maintenant que la majorité des employé.e.s ont été autant, sinon plus efficaces en travaillant de la maison. Certaines compagnies ont invoqué le partage de la culture d’entreprise ou le mentorat des nouveaux talents pour justifier un retour complet aux bureaux.

Pour les personnes qui vivent dans de grandes villes ou qui n’ont pas accès à un endroit adapté au télétravail, l’idée de sortir de leurs quatre murs pour revoir les collègues peut prendre des airs de bénédiction. Audrey, pour sa part, considère le retour dans les salles de classe « stimulant, mais fatigant ». Comme beaucoup, elle avait perdu l’habitude de s’habiller le matin et de se déplacer jusqu’au travail, mais les contacts sociaux qui lui manquaient tant pendant la pandémie ont aussi fini par devenir épuisants. « Je suis vraiment sociable dans la vie, mais avec la COVID, j’ai perdu l’habitude de voir du monde. Avant, les dîners entre collègues, c’était sacré, mais là, je n’ai plus envie tant que ça. »

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Malgré cela, elle espère que le nombre de cas de COVID par jour restera assez bas pour qu’elle puisse continuer à enseigner en personne. D’autres, cependant, aimeraient mieux rester à la maison.

Revenir à reculons

Pour Manu, qui travaille dans un organisme communautaire, le télétravail, c’était le paradis. « J’aimais tellement ça, éviter le trafic, être dans mes affaires, pouvoir mieux me concentrer. C’est pas un secret, si j’avais pu rester 100 % en télétravail, je l’aurais fait », admet-il. Depuis septembre, toute son équipe est passée au mode hybride et doit être physiquement au bureau trois jours par semaine.

«Si on ne m’avait pas permis de garder quelques journées à la maison, ç’aurait été une motivation pour démissionner.»

Même si le télétravail a ses désavantages, pour Manu, ceux-ci ne se comparent pas aux avantages du travail à la maison : « Je ne manquais pas de contacts sociaux, comme on restait en contact avec l’équipe par Teams ou en visioconférence. Je suis beaucoup plus efficace chez moi. »

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Même son de cloche pour Rose. Adjointe administrative pour une association étudiante et récemment de retour aux études, elle a beaucoup apprécié la flexibilité que lui permettait le télétravail. « J’ai du pouvoir sur mon temps, je peux travailler à mon rythme et prendre des pauses quand j’en ai besoin. Non seulement c’est mieux pour la conciliation travail-études, c’est aussi bien mieux pour ma santé mentale. »

Plus qu’une valeur ajoutée, cette flexibilité est devenue indispensable pour Rose. « Si on ne m’avait pas permis de garder quelques journées à la maison, ç’aurait été une motivation pour démissionner. Le télétravail va définitivement faire partie de mes critères pour choisir un emploi à l’avenir. » Et elle n’est pas seule : selon un sondage, 54 % des employé.e.s à travers le monde songeraient à quitter leur poste si on ne leur offre pas une certaine flexibilité.

Selon un autre sondage, 45 % des gen Z et 47 % des millenials accepteraient une perte de revenus de 10 % en échange de pouvoir travailler de n’importe où.

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Cette tendance à privilégier la flexibilité est plus prononcée chez les jeunes. Selon un autre sondage, 45 % des gen Z et 47 % des millenials accepteraient une perte de revenus de 10 % en échange de pouvoir travailler de n’importe où, contrairement à 14 % des boomers.

Le travail à distance a mis en lumière qu’il était tout à fait possible de travailler efficacement hors du bureau. Pour celleux qui ont goûté à une plus grande autonomie par exemple, la possibilité d’effectuer des tâches de la vie quotidienne pendant leur journée de travail , le retour au bureau n’est pas aussi attrayant.

Encore moins lorsqu’on pense aux effets de la pandémie qui sont encore présents, que ce soit le risque de contracter la COVID au travail, ou le sentiment d’épuisement causé par les évènements de la dernière année.

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Pas de retour en arrière

Même si, en attendant le retour du personnel, les bureaux sont restés figés dans le temps (comme en témoignent les plantes desséchées), tout le reste a changé. Le bureau n’est plus le bureau d’avant et ne le sera peut-être plus jamais. Il n’est pas encore recommandé d’interagir à proximité des collègues, les équipes réduites pour se conformer aux mesures de distanciation ne permettent pas de recréer une ambiance prépandémique, et les réunions se font désormais à la fois en personne et sur Zoom.

La déception que l’on peut vivre à son retour au bureau est aussi psychologique.

La déception que l’on peut vivre à son retour au bureau est aussi psychologique. La pandémie a profondément chamboulé nos vies et ce n’est pas le genre d’événements dont on se remet aussitôt. De plus, la polarisation des débats sur les mesures sanitaires et les vaccins peut causer des malaises et des tensions avec des collègues avec qui on se découvre des points de conflits insoupçonnés.

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Le bureau ne fait pas le travail

C’est peut-être la fin du bureau comme on le connaissait. L’idée que le travail doit être fait au même moment et au même endroit chaque jour va de soi lorsqu’on travaille dans une usine, mais ce reliquat de la révolution industrielle a-t-il encore sa place dans des sociétés qui carburent à l’économie du savoir? Cela fait déjà un moment qu’on sait que, comme les cubicules avant eux, les bureaux à aire ouverte sont passés d’une bonne idée à une manière d’entasser plus de travailleur.euse.s dans un même espace à moindre coût, où le seul moyen de se concentrer est de s’enfermer avec une paire d’écouteurs.

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S’il y a une chose qui ne change pas avec l’histoire du travail, c’est que ces transformations seront grandement influencées par le rapport de pouvoir entre employé.e.s et employeurs. Rapport de pouvoir qui, pour une rare fois, semble pencher un peu du côté des premier.ère.s. Si le retour au bureau ne vous enthousiasme plus autant qu’avant, c’est peut-être le meilleur moment pour négocier avec votre boss… Juste une idée de même.

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