Retour sur les Golden Globes : colère noire et lueur d’espoir

Julie Lemay et Marie Darsigny se prononcent sur cette édition bien particulière du gala américain

Chez URBANIA, on a écouté le 75e gala Golden Globes. On était bien entendu curieux de connaître les récipiendaires des prestigieuses statuettes, mais on voulait aussi constater l’atmosphère et l’attitude des vedettes présentes au lendemain de la vague de dénonciations d’inconduites sexuelles de plusieurs gros joueurs de l’industrie (Harvey Weinstein, Kevin Spacey, Woody Allen, Louis C.K., et un estifi de gros «et cetera»).

On a donc demandé à nos éloquentes collaboratrices, militantes et féministes Julie Lemay et Marie Darsigny, de partager avec nous leurs impressions, à chaud, sur cette soirée.

Écrit par : Julie Lemay et Marie Darsigny.

Ce qu’en pense Julie Lemay

Je pourrais écrire une chronique de 67 000 mots. Ou résumer le tout en 3 mots : « Mic drop, Oprah ».

Ça, c’est ma conclusion suite au visionnement de la 75e édition des Golden Globes, où a déferlé une trâlée de revendications féministes fondamentalement jouissives. Pour ceux et celles qui n’étaient pas à l’écoute, sachez qu’elles ont été portées par le mouvement Time’s Up qui adresse les inégalités vécues par les femmes en vue de provoquer des changements significatifs. C’est assez de tolérer la discrimination, le harcèlement et les abus en milieu de travail.

TIME’S UP

Couvrant la télé et le cinéma, le gala des Golden Globe est reconnu pour son rythme hyperactif avec ses catégories qui se succèdent frénétiquement. On aurait pu s’en tenir aux arguments « c’est la fête de notre industrie, on veut se regarder gagner pis s’applaudir dans notre beau linge! », mais on a profité de l’occasion pour déployer tous plein de moyens pour sensibiliser aux enjeux féministes. Ça tirait brillamment et ça ratait rarement la cible.

Des symboles visuels (l’épinglette et les vêtements noirs) en passant par des allusions furtives (Nathalie Portman qui scande « and here are the all-male nominees » pour présenter la catégorie Meilleur réalisateur), pour en arriver aux discours plus élaborés (Oprah, comme dans OPRAH comme dans « pour l’amour, cliquez ICI si vous ne l’avez pas entendue ») on l’a prouvé encore une fois : l’action collective peut faire en sorte que ça vente particulièrement fort.

 

Alors, vedettes du Québec, vous qui bénéficiez de « l’amour du public » et de pas mal beaucoup de place dans les médias, on prend des notes, OK? Moins de superficialité, plus de solidarité.

Bien entendu, ce n’était pas parfait et oui, j’ai roulé des yeux quand on a cru bon faire présenter la première ambassadrice des Golden Globes, Simone Garcia Johnson, par son papa, The Rock en personne toé chose, ce qui l’a confinée au rôle de « la fille de… ». Oui j’ai aussi roulé des yeux en lisant le tweet de Justin Timberlake, qui jouera dans le prochain film de Woody Allen et qui se pose, fier pet avec son épinglette, clamant un douteux « DAMN my wife is hot! ». Oui je me suis questionnée sur le fait que bien des messieurs n’ont pas dit grand-chose en cette cérémonie. Mais ça ne m’érode pas l’enthousiasme pour autant : la parole a été prise par les femmes et elles avaient des choses à dire. Elles ont été éloquentes, puissantes, inspirantes.

Alors je dis bravo, mesdames et bravo pour cette progression, univers du jet-set. C’est euphorisant de voir un tel milieu faire la promotion de valeurs féministes. Et c’est encourageant de voir que les personnes privilégiées qui en font partie prennent conscience qu’elles bénéficient d’une tribune puissante et qu’elles peuvent avoir une influence significative. Alors, vedettes du Québec, vous qui bénéficiez de « l’amour du public » et de pas mal beaucoup de place dans les médias, on prend des notes, OK? Moins de superficialité, plus de solidarité. Parce qu’ici aussi, le temps est écoulé…

Les impressions de Marie Darsigny

Bonjour et bienvenue à la 75e cérémonie des Golden Globes, une soirée commentée par votre casseuse de party préférée : MOI!

Ce soir, le noir (ma couleur préférée!) est à l’honneur, sur les robes tout comme sur les visages. Oui, babounes et larmes sont au rendez-vous, puisque cette 75e cérémonie suit une année mouvementée. Plusieurs dénonciations à propos d’abus ont eu lieu dans le stardom, notamment avec l’affaire Weinstein (un producteur pratiquement omniprésent à Hollywood, étant maintenant accusé d’inconduites [ha, ce mot!] sexuelles par beaucoup de stars).

En guise de soutien aux victimes et dans le but d’élargir la conversation sur la violence, le harcèlement sexuel et l’inégalité salariale en milieu de travail, plusieurs stars ont porté une épinglette TIME’S UP!, un accessoire mode politique qui réfère à une campagne du même nom.

 

C’est là où je crois que les Golden Globes ont une chance d’atteindre le plus grand nombre. Peut-être que les agresseurs présents dans la salle ET ceux assis dans le confort de leur salon se sont sentis petits dans leurs boxers.

Le noir a aussi teinté les discours des récipiendaires de prix, la plupart ayant profité de cette tribune pour prononcer un discours à saveur politique.

Est-ce que vous y voyez seulement une salle pleine de gens riches et célèbres qui se tapent dans le dos pour avoir dénoncé d’autres gens riches et célèbres?

Est-ce que vous y voyez une hypocrisie générale quant au privilège de ces vedettes du petit et grand écran?

Quel œil de lynx, chère foule en délire!

C’est difficile d’être une vedette. D’un côté, on vous dit de laisser tomber l’activisme et de vous contenter de faire des films. De l’autre, on vous presse d’en faire plus, on rit de vos initiatives en vous traitant d’opportuniste. Quelle dichotomie! Quel drame! Que faire?

Eh bien, de mon humble point de vue de feminist killjoy qui est perpétuellement portée à être frue, j’ai envie de prendre ma chill pill et de dire, telle une matante blasée à son neveu qui vient de gagner la médaille de bronze au concours de natation : C’EST MIEUX QUE RIEN.

J’ai vu des gens dans des colloques dénoncer des choses horribles devant un public rempli de… victimes. Je vois chaque jour des gens s’insurger via Facebook, pour un public constitué… d’amis. C’est là où je crois que les Golden Globes ont une chance d’atteindre le plus grand nombre. Peut-être que les agresseurs présents dans la salle ET ceux assis dans le confort de leur salon se sont sentis petits dans leurs boxers.

Donc. Regardez le speech d’Oprah 1000 fois de suite. Tweetez votre insatisfaction face au discours de Sam Rockwell. Usez de tout le hashtivism qu’il vous plait, sur toutes les plateformes possibles. #MeToo #TimesUp

En résumé : c’est mieux que rien; ça pourrait être pire; lentement, mais sûrement; on va y arriver; time’s up; et autres phrases pré-fabriquées qui se révèleront vraies, on l’espère, un jour.

Si vous êtes présentement dans une situation d’abus ou si croyez avoir vécu une situation d’abus et/ou de harcèlement, vous n’êtes pas seul(e). Voici des ressources qui vous permettront d’obtenir de l’aide:

Ligne téléphonique sans frais

Centre pour les victimes d’agression sexuelle de Montréal

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