Requiem pour un Hot dog

Samedi après-midi, cinéma Starcité de Montréal. Faisant fi de la honte et de gueule de bois, je me suis glissé dans la 16e salle du complexe, enjambé une quinzaine de personnes (14 spectateurs du troisième âge et un dude en tenue de jogging), subi des pubs débiles de crème hydratante et du réseau NRJ (une torture qui contribue au piratage à mon humble avis) avant de finalement voir Hot Dog, navet annoncé qui, en fin de compte, s’est révélé comme une oeuvre déterminante pour notre septième art local. Rien de moins!

Tout d’abord, il faut savoir que le nouveau long-métrage du réalisateur Marc-André Lavoie n’est pas la comédie niaise que la bande-annonce soporifique laisse présager. Oh non!

Hot Dog est une expérience…

Hot Dog, c’est fixer l’abysse qui nous observe à son tour.

Hot Dog, c’est flotter jusqu’au trou noir et espérer que le câble qui nous relie à la navette tiendra le coup.

Hot Dog, c’est s’ennuyer ferme pendant une « comédie », même en étant lendemain de veille… et, pourtant, j’adore les comédies connes! À défaut d’avoir de la substance, les cascadeurs de Jackass s’investissent corps et âme. À défaut d’avoir un scénario bien ficelé, Sharknado a… des tornades et des requins… EN MÊME TEMPS!

Bien qu’il s’est fait connaître du grand public grâce à des comédies pas très bonnes (dommage, mais vrai), Marc-André Lavoie frôle le génie ici en livrant un véritable ovni : soit on a affaire à une daube aussi paresseuse que maladroite, soit on vient de se faire servir un doigt d’honneur sur un cabaret de restaurant fast-food.On se rappellera qu’en 2012, la tête dirigeante des cinémas Guzzo marquait l’actualité locale en invitant les cinéastes du Québec à « faire des films que le monde veut voir ». Bien sûr, tout le monde et sa mère lui ont répondu. Philippe Falardeau y a même été d’une superbe lettre qui a largement circulé sur les médias sociaux.

Lavoie, lui, a été beaucoup plus loin.

Le réalisateur a osé en poussant la réflexion de Guzzo jusqu’à son ultime limite.

Bref, Lavoie en a « pris une pour l’équip e» en produisant un film « populaire » de A à Z – de son idéalisation jusqu’à sa diffusion – et qui, en fin de compte, devrait se casser la gueule (à en croire la critique ainsi que la poignée de personnes qui s’ennuyait ferme en ma compagnie samedi, soit le lendemain des premières projections de ladite oeuvre).

Résumons : l’intrigue est infantilisante, le moindre détail étant expliqué de vive voix. Le rythme, lui, est tellement lent que son déroulement en devient un supplice. Côté gags, la plupart son tellement « gnah, gnah » qu’ils tombent à plat. Dès la rédaction du scénario, tout est fait pour ne pas rebuter le public… pour le meilleur comme pour le pire.

À l’instar de sa trame narrative, Hot Dog se veut, en fait, un coup bas qui a mal tourné. Alors que glisser une dent dans un bac à viande mène à un chassé-croisé très « théâtre d’été » entre les associés d’une entreprise, un clan de la pègre ainsi qu’un couple sans histoire, Hot Dog, le film, n’a pas été bien accueilli, car les médias y ont vu une comédie légère plutôt qu’un long-métrage engagé dénonçant les dangers d’un cinéma qui accompagne un trio pop-corn avant d’être une oeuvre inspirée. La chair à saucisse étant ce pan sans saveur, mais populaire de l’industrie qui est espéré par certains tenanciers de salles de projection et la molaire étant le film-choc qui vient faire déconner le mécanisme. C’est super méta, j’vous dis. Mieux encore, dans « meta », on discerne le mot «meat». Tout est lié!

Le casting, lui, tient carrément de la formule mathématique (et donc idéal pour du septième art à numéros). Un acteur de talent apprécié par les cinéphiles purs et durs du Québec (Paul Doucet) + une personnalité adorée du grand public (Éric Salvail) + un grand nom de l’humour (Daniel Lemire… qui a l’air de s’emmerder ferme, d’ailleurs) + Rémy Girard pour la forme = une sélection incroyablement rassembleuse.

Puis, à en juger la campagne marketing entourant l’oeuvre, on peut se permettre de croire que c’est dans la promotion du film qu’on a investi le plus d’énergie. En plus de l’affiche, de la chanson officielle offerte en téléchargement gratuit et de la série de capsules web présentant des personnages – pourtant unidimensionnels – aux internautes, on a également droit à une démonstration de collaboration incroyablement étroite entre les producteurs du long-métrage et leurs commanditaires. Ainsi, Valentine offre des tickets de cinéma à l’achat d’un trio alors qu’un billet acheté dans un cinéma donne droit à un hot-dog gratuit au restaurant. On va même jusqu’à vanter les mérites de Super Écran lors d’une scène de la comédie! Comme si ce n’était pas assez, les artisans – et une poignée de fans (ou « fans-entre-guillemets » selon La Clique du Plateau) – poursuivent l’opération séduction avec un zèle admirable.

Pour tout ceci – et les prix Aurore que le film devrait recevoir lors du prochain gala que la bande d’Infoman organisera – Marc-André Lavoie mérite toute notre admiration pour avoir démontré, preuve grasse et luisante à l’appui, jusqu’à quel point la dérive populaire peut euthanasier toute vision de l’auteur ainsi que l’intérêt des cinéphiles par la même occasion.

Au risque de me faire citer à tort sur la pochette du DVD (qui en aura bien de besoin à en juger par les flèches décochées par plusieurs collègues) : bravo à toute l’équipe pour cette oeuvre… exemplaire.

Photo : Nicole Kibert via Flickr

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