Requiem pour un beau récepteur

Avant-hier, les émetteurs des stations de télé du Canada ont cessé d’envoyer en l’air leur signal analogique.  La disparition de ces ondes soi-disant « hertziennes » marque la fin d’une époque. Je jase de ça.

D’aussi loin que je me rappelle, la TV a toujours été l’objet le plus important de la maison, le coeur de ma vie familiale.  C’est en écoutant la télé qu’on s’est aimés, chicanés, réconciliés, divertis, et bien sûr, nourris.  Comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit donc.  Et très tôt, j’ai su que je voulais en faire partie moi aussi.  À ce moment-là, je n’avais pas prévu qu’une nouvelle bébelle allait prendre la place de la TV dans mon coeur: l’Internet.

Le Web, c’est mille fois mieux que la TV, j’en suis persuadé.  J’ai vraiment très hâte que les gens qui ont plein d’argent investissent là-dedans au lieu d’inventer des nouvelles chaînes ultra-spécialisées plates.  À quand MALADROIT, la chaîne pour golfeurs droitiers aveugles? Je m’égare.

Je disais donc que l’Internet domine outrageusement la TV dans mon palmarès personnel des technologies véhiculant un spectre non-négligeable de contenus pertinents.  Néanmoins, quoi de mieux après une éreintante journée de labeur, que de s’évacher devant sa TV et écouter Ginette Reno à Pénélope. Ça, c’est de la relaxation! (Je niaise même pas.)

Avant de me lancer dans un hommage aux différentes évolutions de la télé « ordinaire », voici une liste non-exhaustive de grands moments historiques que j’ai vécus devant l’écran cathodique (je me rappelle où, quand, comment, avec qui).

1987: Équipe Canada gagne la Coupe Canada
1989: Tragédie de Polytechnique
1991: Match parfait de Dennis Martinez
1993: Maurice Richard s’enfarge, échappe la Coupe Stanley et la cabosse
2001: 11 septembre, vous savez quoi
2008: Victoire de Barack Obama aux élections étatsuniennes

Pour ceux qui se le demanderaient, non, je n’ai pas inclus le référendum de 1995 dans cette liste.  J’avais une partie de hockey ce soir-là.  Bantam ou midget…je sais plus.  J’ai plutôt suivi la soirée référendaire via le pagette de mon entraîneur, qui recevait des messages du genre: 51-49, 48-52, etc…

Revenons maintenant à notre programme principal, l’évolution technologique de la boîte à images au cours des trente dernières années.   Z’allez voir, c’est assez spectaculaire.  Quand j’étais petit, on avait quand même déjà le câble.  Au sens littéral du terme.  Parce qu’il y avait réellement un câble entre le boîtier de câblodistribution et la manette (si je peux l’appeler ainsi).  En fait, c’était peut-être plutôt un « sélecteur ».  Douze gros pitons alignés horizontalement qui faisaient un bruit très mécanique quand on pesait dessus permettaient de choisir les postes de 2 à 13.  À droite, un genre d’interrupteur circulaire servait à changer de douzaine de postes: 2 à 13, 14 à 25, 26 à 37. Sauf que ça se rendait pas à 37 les postes dans ce temps-là.  Ça arrêtait à 30-31 gros max.

Puis, un jour, un petit bollé a inventé l’absence de fil: une technologie nommée Jerrold, comme dans: « Frédéric, tasse-toé, tu me caches la TV! Pis redonne-moé donc le Jerrold! »  Le Jerrold était une manette comme celle qu’on a aujourd’hui (moins les fonctions inutiles, plus un design de 1981), assortie à un boîtier qu’on branchait dans celui du câblodistributeur.  Changer de poste n’avait jamais été aussi facile.  Comme Lucky Luke, on pouvait s’exercer à dégainer rapidement et changer l’ostie de canal plus vite que notre ombre.

Quand tous pensaient que c’était réglé, que tous nos besoins de consommateurs télévisuels étaient comblés, un autre petit fin finaud a eu envie lui, d’écouter des émissions qui jouaient quand il n’était pas chez lui.  Révolution! Doué pour l’électronique, il inventé le magnétoscope.  Bon, je vous évite toute la saga VHS/Beta, mais rappelez-vous une chose: c’était cher en calvinsse un magnétoscope dans le temps!  Cette journée-là, mon père était en congé, mais pas moi.  Je pense qu’il était venu me chercher à l’école le midi pour me dire qu’il avait fait une folie le matin, qu’il avait acheté une surprise qui coûtait très cher.  « Combien? » que j’avais demandé.  « 700 $ » qu’il m’avait répondu.  700 tomates!  C’est plus cher qu’un PS3, un lecteur DVD et un abonnement à Urbania réunis ça! Au moins, il était fait solide.  Il a marché jusqu’en 2005.

Après 3-4 ans de stabilité, le merveilleux monde de la TV a connu son tremblement de terre suivant avec l’avènement du Vidéoway.  J’ai déjà traité ce sujet ici, alors je ne m’épivarderai pas trop là-dessus.  Sachez juste que j’étais très fort à Mr.Chin, Fou Brique, Taupe et Le Fou du Roi, que je n’ai jamais réussi à faire décoller le sacré-fils de vaisseau spatial à la fin de Temporel Inc et que la TVI (télévision interactive) était juste vingt ans trop en avance pour que le monde embarque.

Bon, on est maintenant entrés dans l’ère du numérique, du HD, du Blu-Ray et de tous ces autres cossins.  C’est une évolution de plus parmi tant d’autres.  N’empêche que j’ai le goût de dire « Crocus le batteur », à la manière du « Rosebud » de Citizen Kane.

Adieu signal vidéo analogique.  Je vais toujours me souvenir de ta salve couleur, de ton instant de suppression et de tes 576 lignes actives.   Mais la plus grosse perte culturelle, anthropologiquement parlant, reste ceci:

PS: je sais bien que le signal vidéo analogique n’est pas encore entièrement mort, puisque je l’utilise encore pour lecteur DVD, mon magnétoscope et mon NES.  Mais avouons qu’il est à l’agonie….

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Celle qui m’a achetée pour son mari

Une ancienne travailleuse du sexe nous raconte la fois où une gentille dame l'a achetée pour son mari, question d'honorer une vieille promesse...

Dans le même esprit