Réhabilitation des criminels : on a soumis votre opinion à un ex-détenu

Un meurtre et 16 ans de prison plus tard, il a réintégré la société. Voici ce qu'il a à nous répondre.

La sévérité de notre système de justice et la réhabilitation des criminels sont des sujets qui soulèvent les passions. Si certains croient qu’on est trop cléments à l’égard des délinquants, d’autres considèrent qu’on ne donne pas assez de deuxièmes chances.

L’épisode de Zone franche diffusé le jeudi 4 avril et que vous pouvez (ré)écouter en ligne aborde le sujet avec sept invités aux opinions divergentes. Histoire de connaître le point de vue de notre communauté, on vous a posé trois questions dans un sondage Instagram (tout sauf scientifique).

On a discuté des résultats avec Daniel Benson qui, à l’âge de 19 ans, a tué le conjoint de sa mère et qui a passé 16 ans en prison. Exemple vivant de réhabilitation, il oeuvre depuis plus de 17 ans auprès des ex-détenus comme intervenant.

À la question «accepteriez-vous d’habiter à côté d’une maison de transition», 50% des répondants ont dit oui et l’autre 50% ont dit non. Vous en pensez quoi?

Ça m’étonne que ça soit 50/50. Même que je m’attendais plus à des résultats du genre 80% non et 20% oui, parce que généralement les gens ont peur de ce genre d’établissement. Ils savent que ce sont des gens qui sortent de prison. Cela dit, il faut toujours prendre en considération, que les gens qui sont arrivés en maison de transition ont terminé un parcours correctionnel. C’est la Commission des libérations conditionnelles du Canada qui prend la décision. C’est donc en quelque sorte une étape méritoire en fonction du comportement, du plan correctionnel et des programmes que les contrevenants ont suivis en prison.

C’est pas une garantie à 100% de succès, mais la majorité des gens en maison de transition réussissent avec succès à réintégrer la communauté.

C’est pas une garantie à 100% de succès, mais la majorité des gens en maison de transition réussissent avec succès à réintégrer la communauté.

Je comprends la peur, mais je pense qu’elle est alimentée par des évènements qui font les manchettes dans les médias. Les épisodes dramatiques ça arrive, mais ça pourrait aussi être ton voisin qui saute les plombs et tue ses deux enfants et sa femme un soir. On ne déménagera pas de quartier parce que c’est arrivé à côté de chez nous.

Si on a un gouvernement plus à droite qui opte pour une approche de « punition », on va couper dans les services aux délinquants. Ils vont être donc moins outillés à leur sortie de prison.

Environ le tiers de notre communauté fait confiance au système pour réhabiliter les personnes ayant commis un crime grave. 64% n’y croient pas. Trouvez-vous ça normal?

Je pense que les réponses obtenues sont en lien avec une méconnaissance du système. C’est sûr que ce n’est pas un système parfait, on peut toujours l’améliorer.

Et ça dépend toujours des gouvernements en place. Si le parti au pouvoir est partisan de la réinsertion sociale, on va investir davantage dans les programmes, tandis que si on a un gouvernement plus à droite qui opte pour une approche de « punition », on va couper dans les services aux délinquants. Ils vont être donc moins outillés à leur sortie de prison.

Finalement, 88% de notre communauté serait incapable de pardonner au meurtrier d’un membre de sa famille, mais 12% disent qu’ils pourraient y arriver.

Je comprends absolument les réponses, parce qu’on s’imagine que c’est notre enfant, notre père, notre mère, notre frère et notre soeur qui s’est fait tuer et on a de la peine, on est hargneux.

Au Canada depuis quelques années il y a un mouvement qui s’appelle la justice réparatrice qui permet à des gens qui ont été victimes d’un crime de rencontrer des délinquants qui ont commis le même crime. Ce service fait un bien énorme aux victimes.

Par contre, au Canada depuis quelques années il y a un mouvement qui s’appelle la justice réparatrice qui permet à des gens qui ont été victimes d’un crime de rencontrer des délinquants qui ont commis le même crime. Ce service fait un bien énorme aux victimes qui ont la chance d’exprimer la douleur qu’elles ont ressentie par rapport à l’offense qui a été commise. Ça permet aussi à l’agresseur d’expliquer comment il se sentait à l’époque du délit et d’être face à une victime.

En tant qu’humain, si j’enlève le fait que je suis un ex-délinquant, si quelqu’un assassine ma mère, je vais lui en vouloir. D’un autre côté, avec le cheminement que j’ai eu, je ne pense pas qu’en vouloir à quelqu’un toute sa vie parce qu’on a été blessé est nécessairement la bonne option. On se fait mal avec toute cette haine qu’on cultive.

Pardonner, ça ne veut pas dire « j’oublie ce qui s’est passé », c’est plus d’apprendre à vivre avec une blessure qu’on a subie. Il faut que les gens apprennent à se libérer de leur souffrance, pour prendre soin de soi.

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