Récap de la semaine : les « fake news » de TVA, la fin de la neutralité du Net et la défaite d’un pédophile

Pour avoir l'air d'être informé, même si vous vivez sous une roche.

Je suis de retour de vacances, mais comme j’ai un grave problème mental, j’ai quand même continué à suivre l’actualité de l’autre bout du monde. Parce qu’il n’y a rien pour vraiment décrocher comme prendre une pause de son temple zen au Japon pour lire sur Jean-François Lisée qui s’obstine sur des motions de Bonjour/hi.

Tout ça pour dire que je suis de retour pour vous expliquer les trois nouvelles de la semaine, pour que vous ayez l’air de gens informés.

  1. Les républicains perdent l’Alabama

Je sais, ça peut paraître bizarre de s’intéresser à cette élection. On s’intéresse même pas à notre propre sénat, et tout ce qu’on connaît de l’Alabama, c’est la toune de Lynyrd Skynyrd et le film avec Reese Witherspoon du même nom. Alors pourquoi ça devrait nous intéresser, cette élection?La première raison, c’est que c’était une élection très particulière. D’un côté, on avait Doug Jones, candidat démocrate, connu notamment pour avoir fait condamner des membres du Ku Klux Klan ayant assassiné quatre fillettes noires dans les années 60. De l’autre, Roy Moore, candidat républicain ouvertement homophobe et raciste, et accusé d’agression sexuelle envers des mineures. Normalement, le bon choix devrait être clair. Mais comme on est en 2017 et qu’on vit en enfer, ça n’était pas aussi simple. Jones a fini par gagner, mais avec 1,5 % d’avance seulement.

Mais cette victoire, c’est la seconde raison pour laquelle on doit s’intéresser à cette élection. C’est une victoire inattendue, parce que l’Alabama n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 25 ans. Et surtout, c’est une mauvaise nouvelle pour Trump. Avec cette défaite républicaine, ils ne se retrouvent qu’avec 51 sénateurs sur un total de 100. Encore un, et ils n’ont plus la majorité. En plus, les électeurs noirs, qui votent habituellement assez peu, se sont mobilisés pour cette élection. C’est comme si les Noirs aimaient mieux les gens qui mettent le KKK en prison que ceux qui sont racistes et pédophiles. Incroyable, non?

    1. TVA et les fausses nouvelles?

  1. TVA a diffusé mardi dernier un reportage qui dénonçait que deux mosquées de Côte-des-Neiges auraient exigé que les signaleuses féminines travaillant devant leurs locaux soient déplacées. Évidemment, tout le monde, de la Meute à Gabriel Nadeau-Dubois, a été offusqué (vous ne verrez pas souvent Gabriel Nadeau-Dubois et la Meute à l’unisson).

… Sauf que, il s’avère que TVA n’avait pas vraiment vérifié ses informations. Il n’y a rien dans le contrat qui stipule qu’il ne peut pas y avoir de femmes devant la mosquée, et le président d’une des mosquées a en plus fait une sortie pour dire qu’au contraire les femmes sont les bienvenues et que personne n’a fait de telle demande. En fait, la Commission de la construction du Québec a même fait enquête hier, et a déclaré ne pas pouvoir conclure que les autorités de la mosquée ont formulé cette demande de façon formelle ou informelle. Oups.

TVA a fait une mise au point hier en fin de soirée, en disant qu’il s’agissait d’un imbroglio. Un imbroglio du genre : « ’On a dit de quoi qui est ben accrocheur mais qui était pas vrai. Oupsie. »’
Mais il se trouve que la Meute, ils portent bien leur nom. Tsé un chien, quand tu fais semblant de lui lancer une balle et qu’il part à courir, il s’en fout ben que la balle existe ou pas. Il chasse.

Ben la Meute a fait la même chose. Peu importe que l’information ait été démentie, ils ont décidé de manifester devant la mosquée, avant d’annuler leur manifestation à la dernière minute (bien après que la nouvelle ait été établie comme erronée).

Et ça, c’est sans compter les nombreuses menaces que les membres des mosquées auraient reçues. Mais bon, on peut pas dire que ça vient de membres de la Meute. On ne publie pas d’informations non vérifiées, nous.

  1. La FCC met fin à la neutralité du web

Je sais, je sais, encore une nouvelle américaine. Mais celle-là risque de nous affecter de la façon la plus importante et la plus fondamentale qui soit : l’abandon du principe de neutralité du web pourrait affecter le temps qu’on passe à niaiser sur Internet.

L’équivalent américain du CRTC a voté pour l’abandon du principe de neutralité du web hier. Ce que ça veut dire, concrètement, c’est que les fournisseurs Internet ne seront plus obligés de traiter tous les sites également. Par exemple, un fournisseur pourrait faire payer ses clients pour un forfait « ’réseaux sociaux »’, qui ferait que les sites comme Facebook ne seraient pas ralentis, et un autre forfait streaming pour pas que ta série Netflix ait l’air d’un PowerPoint. Ou encore, les fournisseurs pourraient favoriser les services qui leur appartiennent au détriment de ceux des concurrents. Pour imager, c’est comme si au Québec, le seul site de streaming qui serait rapide pour les clients de Vidéotron était Club Illico. C’est-tu le monde qu’on veut ça?

C’est sûr, on peut se rassurer en se disant que Justin Trudeau a promis que lui, il maintiendrait la neutralité du web. Sauf qu’il a aussi promis qu’on changerait de mode de scrutin, et à moins que pour lui changer de mode de scrutin ça veuille dire « ’asteure vous votez pour les libéraux au lieu des conservateurs »’, on dirait que sa parole vaut pas grand-chose.
Et même s’il tient parole, ça va nous affecter quand même. Parce que ça va nuire aux start-ups, qui n’auront probablement pas les mêmes passe-droits que les grosses multinationales qui vont pouvoir payer des milliards pour obtenir ces mêmes privilèges.

Sans compter que les sites risquent de changer leur modèle d’affaires pour se rendre rentables aux États-Unis. Si YouTube doit payer des milliards pour pas que ses vidéos jouent en 4 pixels, attendez-vous à voir pas mal de pubs impossibles à sauter dans vos vidéos à l’avenir.

Mais bon, prions quand même pour qu’une décision similaire ne soit jamais prise au Canada. Comment je faire pour convaincre ma blonde qu’on a vraiment besoin du forfait «Pornographie à volonté» mais que c’est pour le travail?

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