Réalité Virtuelle : franchir le fossé entre science fiction et technologie

« Enter The Duat », c'est un pas de plus vers le futur.

Bien qu’elle ait longtemps été exclusive aux films de science fiction, j’ai toujours cru que la réalité virtuelle était inévitable. 

On la voit apparaître en public depuis quelques années. Sony commence déjà à l’intégrer à sa plateforme de jeux vidéo. Le concept se démocratise tout doucement, malgré sa lourdeur technologique, financière et idéologique. C’est pas évident de convaincre quelqu’un qui chiale contre la malédiction des iPhones et des réseaux sociaux de se mettre ça dans la face:

Pourtant, ça fait longtemps que c’est possible de vivre irresponsablement dans la peau d’un autre. Il y avait les jeux de rôles pour ça, dans les années 70. Puis, les jeux vidéos on rendu le concept plus tangible avec l’avènement du Xbox et de la Playstation. Tout le monde de mon âge a déjà roulé sur un quidam à Grand Theft Auto, juste pour voir ce qui allait se passer. 

Le défi n’est plus d’inventer une réalité virtuelle, mais bien de la faire tenir autour de nous. 

Être en Égypte et à Repentigny en même temps

C’est aux Galeries Rive Nord à Repentigny que j’ai eu mon baptême du feu, juste à côté d’un salon d’esthétique où des madames se faisaient faire les ongles. Y’a pas plus réel comme décor, pour quelqu’un qui s’apprête à plonger dans l’inconnu.

Ce kiosque appartient à la compagnie Phenomena, qui fait présentement la promotion d’une expérience qui s’appelle Enter the Duat, une odyssée dans l’Égypte ancienne où le participant est choisi par le dieu du soleil Ra, pour combattre l’esprit maléfique Apep, qui a plongé le monde dans une nuit sans fin. 

Ça ressemble à un jeu vidéo dit comme ça, mais c’est plus compliqué que ça. 

«Souvent, les participants se téléportent en utilisant des manettes. On avait pas envie de faire ça. On voulait que le déplacement fasse partie intégrante du processus.»

Un jeu vidéo, c’est une compétition. Entre deux utilisateur ou entre un utilisateur et une intelligence artificielle. Dans Enter the Duat, on est guidé par Bennu, un oiseau lumineux qui donne constamment des indications, donc c’est pas vraiment compétitif. Mais c’est dépaysant à fond. 

Beaucoup de gens ont déjà essayé la réalité virtuelle, mais pas nécessairement comme ça. Le rapport entre le corps et l’espace virtuel jouera des tours à votre cerveau. 

Sans manette, avec comme objectif principal de se déplacer et d’interagir avec l’environnement, l’écart entre les mots «réalité» et «virtuelle» diminue.

«Le déplacement est un enjeu majeur dans le domaine de la réalité virtuelle», m’explique le producteur exécutif de l’expérience et grand patron de Phenomena. «Souvent, les participants se téléportent en utilisant des manettes. On avait pas envie de faire ça. On voulait que le déplacement fasse partie intégrante du processus. On a utilisé des tapis-roulants fabriqués par une compagnie Montréalaise qui s’appelle Aperium. C’est à la base de l’équipement militaire.»

À la fin, j’y étais tellement absorbé, que je devais toucher le tapis roulant afin de me rappeler que je pouvais sauter dans le vide sans qu’il ne m’arrive rien de grave.

L’absence de manettes et la technologie de hand tracking utilisée par l’expérience est toute aussi spectaculaire. Non seulement on se sert de ses mains pour lancer des sorts, mais ça vibre comme si des cascades d’énergie sortaient de nos avant-bras. L’univers d’Enter the Duat est coloré comme un dessin animé, mais on s’y perd. 

L’expérience dure environ 12 minutes. Ça m’a paru plus court. Pour certaines personnes, ça semble plus long. Personne n’a l’impression d’être dans l’univers d’Enter the Duat pour 12 minutes exactement. À la fin, j’y étais tellement absorbé, que je devais toucher le tapis roulant afin de me rappeler que je pouvais sauter dans le vide sans qu’il ne m’arrive rien de grave.

Enter the Duat, c’est le début

L’expérience Enter the Duat durera éventuellement 60 minutes. Il y a un an, ce n’était qu’une idée. La conception du projet n’a débuté qu’en mars 2018 seulement.

«On a commencé l’idéation en début 2018. On a passé environ 3 mois à rechercher et écrire. Je suis retourné à la bibliothèque pour la première fois en 10 ans pour aller chercher des livres. Il y a tellement de trucs sur l’Égypte ancienne sur internet qui sont juste faux. Il faut faire attention. J’ai parlé avec des égyptologues qui m’ont recommandé certains livres à étudier, question de m’en inspirer,» raconte le directeur créatif Bassil Silim-Jones  (le frère de l’autre).  «On a fait la production pendant l’été 2018 et terminé en octobre. Mais je ne suis pas seulement plongé dans les livres. Je suis aussi allé sur place. Enter the Duat sera d’ailleurs au Grand Musée Égyptien du Caire en 2020. »

C’est clair, l’équipe a de grandes ambitions, mais ça vit où un divertissement de la sorte? J’veux dire, à part au Grand Musée Égyptien du Caire? C’est un peu lourd pour un salon, non? Comment est-ce que monsieur et madame tout-le-monde pourront se familiariser avec une nouvelle technologie si radicalement différente?

«Dans des centres commerciaux, des centres de divertissements, des parcs d’attraction comme à La Ronde, par exemple. Dans des musées aussi, car il y a un angle éducatif,» me dit Charles Miran, co-producteur exécutif. 

– Si je comprends bien, votre marché n’est pas celui du jeu vidéo ou du cinéma, c’est tout?

– C’est le divertissement en général, oui.

C’est difficile d’expliquer Enter the Duat. Awane Jones décrit l’exercice comme la chambre blanche dans laquelle on arrive, lorsqu’on se branche dans la matrice. C’est un endroit virtuel où on interagit dans le temps et l’espace. Beaucoup d’expériences de réalité virtuelle jusqu’ici sont organisées autour d’un but, de l’idée de faire quelque chose. Dans Enter the Duat, l’idée c’est d’être ailleurs. Et ça, c’est un pas de géant vers un futur sans limites. 

Si l’envie vous prend de l’essayer. Enter the Duat sera aux Galeries Rive Nord jusqu’en mars et au Vieux Port cet été. Ça vaut le détour!

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