Racontez-nous vos « Histoires de corps »

Six personnes témoignent de la relations qu'ils entretiennent avec leur corps.

Depuis quelques temps, l’équipe de Bien avec mon corps – un organisme qui travaille fort pour qu’on se sente mieux dans notre corps – recueille des témoignages de gens de différents horizons qui se sont penchés sur la relation qu’ils entretiennent avec leur enveloppe corporelle. Ils ont gentiment accepté qu’on partage ici leur histoire. Matière à réflexion, matière à discussion.

« L’été dernier, on m’a diagnostiqué un cancer de la glande thyroïde. J’ai été opérée, et tout s’est bien passé. Depuis, j’ai perdu beaucoup de poids. Je suis toujours en ajustement de mes niveaux de T3 et T4, j’oscille entre l’hypo et l’hyperthyroïdie et j’ai vécu de grosses baisses d’appétit en raison, entre autres, du choc psychologique. Le cancer en tant que tel a un bon pronostic et revient rarement, mais je vais devoir prendre des médicaments toute ma vie. Presque chaque fois que je croise des gens que je n’ai pas vus depuis longtemps, on me complimente sur mon apparence et mon poids. On me félicite parce que j’ai soi-disant pris du muscle, alors que je n’ai strictement rien fait depuis mon opération. C’est vraiment difficile. Dans ma tête, chaque fois qu’on me dit ça, je pense : “Bordel, je suis malade !”

J’ai toujours eu une relation difficile avec mon corps. Au secondaire, j’ai souffert de boulimie, et je venais à peine d’apprendre à m’accepter quand j’ai appris mon diagnostic. Aujourd’hui, je le perçois d’une manière complètement différente et je dois me le réapproprier. Redécouvrir qui je suis, après tout ce que j’ai traversé, et apprendre à m’aimer de nouveau.

Si je pouvais voyager dans le temps et me donner un conseil, je me dirais : “C’est juste un corps. Tu es plus que ça. Tu n’as pas besoin de te rendre malade pour le changer” ».

Delphine, 22 ans

«Quand je pense à ma relation avec mon corps, je ne peux m’imaginer autre chose qu’une cage qui m’a empêchée de déployer mes ailes et d’être libre pendant trop longtemps. D’aussi loin que je me souvienne, ayant été l’enfant rond du groupe et de la fratrie, j’ai toujours été complexé par mon poids. J’ai rapidement appris à détester mon corps et à vouloir le changer pour entrer dans la norme esthétique. À vouloir «fitter» pour être aimé. Ayant subi plusieurs chirurgies esthétiques très tôt dans ma vie, j’ai fini par toucher le fond. Mon dédain de mon apparence avait pris le dessus sur moi. Mes rêves professionnels étaient sur la glace, ma vie amoureuse et sexuelle anémique, mes relations sociales envenimées par mon manque d’estime de moi… J’avais jeté l’éponge.

Cependant, à la fin de ma vingtaine, j’ai fait la rencontre de la Dre Stéphanie Léonard, l’instigatrice de Bien Avec Mon Corps. Elle m’a fait comprendre que j’étais malade et que cette maladie, et la distorsion de mon image corporelle qui en découlait, s’appelait l’hyperphagie. Enfin, on avait trouvé la clé de cette cage qui me gardait isolé du bonheur depuis si longtemps! Il ne me restait qu’à l’ouvrir et à sauter, ce qui semblait simple, mais qui s’est avéré être la chose la plus terrifiante que j’ai vécue. Durant plusieurs années, j’ai consulté (psychologue et thérapie chez ANEB) et appris à comprendre ce que je vivais, pourquoi je le vivais et surtout, à me pardonner.

Le pardon. C’était donc ça, le nom de cette clé que je cherchais depuis toujours.

J’ai appris à accepter ce corps que j’ai tant malmené, à honorer son histoire unique et, surtout, à le remercier de m’avoir permis de me rendre si loin avec lui. Rien n’est acquis. Bien que j’aie fait beaucoup de chemin, mon image corporelle, en plein apogée des réseaux sociaux, est constamment mise à l’épreuve. Et oui, parfois, je m’égare. Mon trouble alimentaire, dont je me considère aujourd’hui en rémission, revient parfois me hanter quand je suis vulnérable. Maintenant, j’ai les outils pour comprendre et traverser ce nuage gris avec la tête haute.

Maintenant que je me suis échappé de cette cage, je respire à pleins poumons, je réalise mon plein potentiel, j’aime et je suis aimé et, surtout, je carbure à la positivité et aux rêves. J’ai développé de l’empathie envers moi-même et les autres et j’ai appris à être indulgent et reconnaissant envers la vie. Je suis fier de ce que j’ai accompli et même si je suis conscient que toute ma vie se trouveront certains nids de poule sur ma route, je sais maintenant garder les mains sur le volant.»

Jordan Dupuis, 36 ans

Animateur et chroniqueur

« J’ai tout juste 20 ans et je suis fière de dire que j’aime et que j’accepte mon corps depuis un peu plus d’un an. 

Je me souviens que dès l’enfance, jusqu’à mon entrée dans le monde adulte, j’ai été déçue par mon corps. J’ai toujours été légèrement en surpoids, mais vraiment pas tant que ça. J’ai toujours été complexée par mes poils. J’ai toujours détesté mon ventre et tous les endroits un peu mous sur mon corps.

Ma libération de ce mal-être a commencé petit à petit. Le déclencheur fut mon introduction aux mouvements féministes et body positive. J’ai commencé à me raser moins souvent quand ce n’était pas l’été: les jambes, les aisselles, le pubis. Juste cette petite étape-là, aussi insignifiante qu’elle puisse paraître, m’a tellement fait du bien! C’est comme si je commençais à être capable d’envoyer chier toute cette culture qui m’imposait des normes qui ne me rendaient pas bien avec moi-même. Puis, j’ai commencé à laisser de côté le soutien-gorge, jusqu’à ne presque plus en porter. Je me rasais moins pendant l’été et j’exhibais fièrement des jambes poilues en portant des robes cute.

Malgré cette libération du poil et des seins, il me restait un grand inconfort à apprivoiser: la petite couche de gras qui recouvrait tout mon corps. Ce bout-là a été pas mal plus long. J’ai introduit le sport et les aliments moins transformés dans ma vie. Mon but n’était pas de perdre du poids, mais d’être en meilleure santé et de me sentir mieux. Tranquillement, j’ai apprivoisé mon corps. J’étais capable de porter des vêtements un peu plus serrés et d’aller à la plage avec des ami(e)s sans ressentir le besoin couvrir mon ventre. Et un peu plus tard, je suis devenue vegan et plus active sexuellement. Me découvrir sexuellement, je crois que c’est l’étape qui m’a le plus aidée à m’aimer. 

J’ai de la difficulté à comprendre entièrement ce qui s’est passé, mais j’attribue cela à la croissance personnelle. Maintenant, quand je me regarde nue dans le miroir, je vois mon p’tit bedon, pis je l’aime. Quand je suis assise, je vois mon petit bourrelet de bas de ventre et je ne ressens pas le besoin de le cacher. Quand je suis nue devant quelqu’un, je suis fière de montrer mon corps. Je suis tellement contente de me sentir mieux avec moi-même. Je m’aime. Je suis belle. Même que je suis très belle. Certaines journées sont plus difficiles que d’autres, mais en général, je peux dire que je m’aime quand même beaucoup. »

Catherine, 20 ans

«Toute ma vie, j’ai été cette fille un peu plus potelée. Il y en avait une dans chaque classe, dans chaque école. Cette fille qui courait toujours moins vite en éducation physique, qui ne recevait que les prix de participation. Être cette fille-là, c’est parfois pénible. J’ai grandi en étant cette fille et je le suis encore. J’ai toujours détesté ce que je voyais dans le miroir. Toutes ces années à être mal dans ma peau, à avoir honte en sortant de chez moi, à avoir envie d’être quelqu’un d’autre. À mettre du linge que je n’aimais pas sur un corps que je n’aimais pas. J’ai longtemps détesté tout de moi.

Mais récemment, j’ai décidé d’être moi. Finalement, à 16 ans, j’ai choisi d’être heureuse. Je m’habille et je me coiffe comme j’aime. Avant, je me disais que je devais être comme tout le monde, côté style, puisque comme j’étais déjà grosse, je ne pouvais pas me permettre d’avoir un look différent. J’avais tellement tort. Si j’avais su qu’être heureuse était un sentiment aussi génial, j’aurais été moi-même plus tôt. Aujourd’hui, je suis fière de dire que je m’aime et que je me trouve magnifique malgré tout. Je sais que c’est difficile, mais avec de la persévérance et de la force, tout le monde peut s’aimer. Les filles, vous n’avez AUCUNE raison de vous détester, vous êtes toutes magnifiques à votre façon. Ne soyez jamais gênées d’être qui vous êtes. Aimez-vous, ça fait du bien à l’âme. »

Rébéka, 16 ans

«Chaque fois que je vois un des membres de ma famille proche, il trouve une quelconque façon de me dire que je suis grosse. Avant, ça m’affectait beaucoup. Ça venait me chercher en dedans, ça m’enrageait, ça m’attristait, ça me poussait à me questionner.

Mais il y a quelques mois, je crois que c’était sur le blogue Dix Octobre, j’ai lu un article qui expliquait que le mot grosse est simplement un adjectif pour décrire un type de corps. Que la connotation négative que beaucoup de gens y attribuent, en fait, n’est rien de plus que ça; une connotation. Prendre conscience de ça m’a enlevé un poids de sur les épaules; un poids que je ne pensais même pas avoir.

Depuis, quand ce membre de ma famille me dit que je suis grosse, je souris et passe à autre chose. Parce que pour moi, c’est juste rendu un adjectif qui me décrit, tout simplement. Ce n’est plus une insulte.»

Bianca, 25 ans

«Toute mon adolescence, je me trouvais différent des autres garçons et j’avais honte de mon corps. Ce problème de confiance m’a suivi jusque dans la vingtaine. Les réseaux sociaux ne rendent pas la tâche plus facile. Il est difficile d’arriver à s’aimer devant autant d’images de gars musclés et de commentaires négatifs sur les corps différents.

Il y a un an, je n’aurais jamais montré mon corps comme je le fais aujourd’hui. Dans la dernière année, j’ai appris à m’accepter tel que je suis et à m’assumer. Je veux être libre. Je ne passerai certainement pas toute ma vie à me cacher pour faire plaisir aux autres.

Ce manque d’estime touche beaucoup plus de garçons que vous le pensez. On devrait tous être fiers de notre corps, peu importe comment il est. C’est avec lui qu’on fait notre route. On doit être généreux et indulgent avec lui. C’est correct de ne pas être parfait. Il faut se laisser du temps. Le chemin est différent pour tout le monde.

Encore aujourd’hui, c’est un défi quotidien de m’aimer tel que je suis. Si on évaluait tous la portée de nos commentaires sur les réseaux sociaux, tout le monde serait bien mieux dans leur peau. C’est tous ensemble que nous pouvons changer les choses.»

Karl Hardy, 28 ans

Animateur, chroniqueur culturel et rédacteur (VRAK | ENVEDETTE)

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