Quoi faire quand on est endetté jusqu’aux yeux

Comme 50 Cent, Oscar Wilde, Rembrandt et Burt Reynolds l’ont été.

Les agences de recouvrement ne sont ni affables ni éthiques. Elles vous retrouveront même sous un autre nom et sur un autre continent. Elles menaceront votre mère au téléphone qui leur répétera avec la patience d’une mère que vous n’habitez plus là depuis longtemps, qu’elle se sacre de vos dettes, qu’elle, sa job est faite.

Car le cash, c’est stressant. Et son absence, encore plus. Que faire quand on ne voit plus le bout des intérêts? L’insolvabilité n’est ni rare ni mortelle. Relaxez, vous n’êtes pas votre argent. Si toutefois les dettes vous étouffent, voici quelques options qui vous éviteront la visite d’un huissier.

Dans la marge de crédit jusqu’au cou

On apprenait récemment que le nombre de faillites personnelles est en hausse au Canada, après une décennie relativement stable. Et le ratio d’endettement des Canadiens atteint des sommets.

OK, une grande partie de ces dettes, ce sont des prêts hypothécaires, affectueusement surnommés les «bonnes dettes». N’empêche que ça laisse moins d’argent dans un compte de banque à la fin du mois.

Relaxez, vous n’êtes pas votre argent.

Et outre un compte de banque à sec, certains drapeaux rouges indiquent que vous êtes pas loin du dérapage financier : factures payées en retard, emprunts répétés à des proches, harcèlement de créanciers, paiements minimaux de cartes de crédit, utilisation du crédit pour rembourser du crédit…

«Si vous vous reconnaissez dans ces énoncés, n’attendez plus», avertit l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) du Sud-Ouest de Montréal, un OBNL qui conseille les consommateurs depuis plus de 30 ans.

La solution Marie Kondo: consolider ses dettes

Si votre dossier de crédit est encore en bon état, vous pouvez demander à la banque de vous prêter de l’argent à un taux d’intérêt avantageux pour rembourser vos dettes.

Easy peasy? Pas tant que ça. Ça va vous demander de vous pointer à votre banque avec un air de chien piteux et de dire «oui, c’est moi qui ai fait ce dégât-là». Et la banque est pas obligée d’accepter.

En somme, ça met le frein sur les intérêts qui vous donnent des sueurs froides en s’accumulant à grande vitesse, et ça structure votre plan de remboursement, car c’est la banque qui s’occupe de redistribuer cet argent à vos créanciers.

Oui, ça reste une dette. Et on sait tous qu’une dette c’t’une dette. Mais disons que ça permet de donner un grand coup de balai et de mettre de l’ordre dans vos finances. On est en 2019 et c’est l’année de l’optimisation.

«La consolidation est une arme à double tranchant», selon Isabelle Thibeault, conseillère en insolvabilité à l’ACEF du Sud-Ouest. «Vu qu’elle ne limite pas l’accès au crédit, il n’est pas rare que l’on voie des dossiers avec une consolidation en 2004, une autre en 2008… À la troisième, d’habitude, ça explose», met en garde la spécialiste.

Je saisis mes propres revenus

Oui, c’est possible d’être votre propre huissier avant qu’un vrai huissier cogne à votre porte.

Si la banque refuse d’être votre Marie Kondo, c’est possible d’aller au palais de justice et d’entamer une saisie judiciaire volontaire. C’est une procédure légale qui protège vos biens et une partie de vos revenus des créanciers.

C’est possible d’être votre propre huissier avant qu’un vrai huissier cogne à votre porte.

Vous verrez toutefois près d’un tiers de vos revenus avant impôts disparaître et aller au remboursement de la totalité de vos dettes. Des intérêts de 5% continuent de s’accumuler sur vos créances pendant le processus.

«C’est une très vieille loi qui date d’une époque où la possibilité d’une faillite personnelle n’existait peut-être pas. Elle est rarement avantageuse, parce que les gens qui font un dépôt volontaire voient les intérêts qui continuent de s’accumuler, et ça semble interminable», souligne Guylaine Houle, syndique autorisée en insolvabilité chez Pierre Roy & Associés.

Last night a syndic saved my life

Si ça fonctionne pas au palais de justice, les syndics de faillite peuvent vous aider… à ne pas déclarer faillite.

C’est effectivement possible de négocier un remboursement avec vos créanciers et éviter de vous faire saisir votre Honda Civic. On appelle ça une proposition de consommateur et «c’est une espèce de contrat que l’on offre à nos créanciers où l’on propose de rembourser un montant fixe, généralement réduit, en un maximum de 60 mensualités, au travers d’un syndic», détaille Guylaine Houle.

À partir du moment où la proposition est déposée, les intérêts et les pénalités sur les dettes cessent de s’accumuler. Le montant à acquitter est généralement inférieur à la dette réelle et se paie à 0% d’intérêt. *Soupir de soulagement*

Par contre, ça coûte pas gratis et vous devrez payer le syndic pendant toute la durée du remboursement.

Si vous pensez consulter un syndic, magasinez : ils représentent à la fois vos intérêts et ceux des créanciers et n’ont pas tous les mêmes priorités.

Sans compter que votre dossier de crédit va en prendre pour son rhume pendant un bon bout de temps. L’impact de ce type de solution pour votre crédit est presque équivalent à une faillite.

Ça se peut d’ailleurs que le syndic vous conseille de déclarer faillite et de gonfler les statistiques de la Banque du Canada.

Mais si vous pensez consulter un syndic, magasinez : ils représentent à la fois vos intérêts et ceux des créanciers et n’ont pas tous les mêmes priorités. Ou passez à l’ACEF de votre région pour accéder à de l’information impartiale afin d’éviter de vous retrouver sur un plateau de TVA à répondre aux questions malaisantes d’une dame en tailleur fuchsia.

Et si c’est le cas, ce n’est pas plus grave. Comme dit Isabelle Thibeault, «tu n’es pas ton argent, tu n’es pas tes dettes». Praise.

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