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Quoi dire à ses proches pendant les Fêtes après des mois sur la PCRE
Hourra! On dirait bien que, malgré les nouveaux cas de COVID qui atteignent des sommets, la magie du temps des Fêtes vous permettra de voir vos proches à Noël (au moins quelques-uns, en tout cas).
Ça pose un petit baume sur nos cœurs éprouvés, mais ça vient aussi avec son lot de défis. Les conversations avec des mononcles et matantes qui ne vous ont pas vu la bette depuis janvier 2020 font partie de ces défis. Quand on vous demandera ce qui s’est passé de bon avec votre carrière cette année, malheureusement, prétexter que votre connexion internet a de la misère n’est plus une option pour échapper au malaise.
Ne reste-t-il qu’à vous inventer une allergie soudaine à la sauce aux canneberges pour vous sauver dans les toilettes pour le reste de la soirée? Ne vous inquiétez pas, on a pensé à vous.
Au terme de la lecture de ce guide, vous serez prêt.e à répondre à tout commentaire ordinaire sur la fameuse Prestation canadienne de la relance économique (PCRE). Il se peut même que vous appreniez quelque chose à vos proches, tant qu’à y être.
La fameuse « pénurie de main-d’œuvre »
Les chances sont élevées, cette année, qu’on vous serve le greatest hit des opinions vite faites à propos de la PCRE : « Y’était temps que ça finisse, pour forcer le monde à travailler. » C’est dur de blâmer vos proches d’être mal informé.e.s : l’idée que l’aide gouvernementale est la cause de la pénurie de main-d’œuvre a fait le tour des médias, portée par des propriétaires de PME désemparé.e.s.
Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est que la pénurie de main-d’œuvre était déjà amorcée bien avant la COVID.
Maintenant que la PCRE a pris fin le 23 octobre dernier, on se rend bien compte que ça n’a pas eu l’effet escompté. La pénurie de main-d’œuvre qui touche particulièrement les secteurs de la restauration, de la vente au détail et de l’hôtellerie ne s’est pas miraculeusement résorbée.
« Ben là, comment ça debord? », vous demandera-t-on sûrement.
Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est que la pénurie de main-d’œuvre était déjà amorcée bien avant la COVID et elle est principalement nourrie par le vieillissement de la population. Dans un Québec où ça se peut que le chien du ministre Jolin-Barrette ait mangé vos documents d’immigration, il n’y a pas assez de relève pour répondre au départ à la retraite des baby-boomers. C’est donc pas mal plus la faute de vos mononcles que la vôtre (ne leur dites pas ça, mais ça peut vous faire un peu plaisir d’y penser).
Les secteurs où la pénurie est la plus criante sont aussi à prendre en considération. Licencié.e.s pendant le confinement, beaucoup d’employé.e.s, par exemple de restaurants, en ont profité pour se réorienter vers des emplois mieux payés aux conditions plus clémentes. Quiconque voudrait les blâmer n’aura qu’à essayer d’aller passer un shift de 10 heures dans un resto sans développer une dépendance à la cocaïne.
« Mais là, c’est quoi la solution, si t’es si smatte? », enchaînera-t-on, maintenant pendu.e à vos lèvres savantes.
La solution est pourtant simple. Dans un marché capitaliste, tout est régi par l’offre et la demande. Par exemple, si la demande pour les trous de beigne est immense, mais que les beigneries du pays n’arrivent pas à fournir, l’offre est basse, donc les prix montent.
C’est logique.
C’est toujours plaisant de passer une journée en bobettes à écouter la télé, mais on fait le tour assez rapidement.
Donc, quand il y a pénurie de main-d’œuvre, le coût de celle-ci augmente (on parle ici de hausse de salaire, oui oui). C’est toujours logique, mais ce n’est pas ça qu’on observe.
Ah sacré capitalisme, on dirait que tu suis les règles juste quand ça te tente, fieffé coquin!
Se pogne-t-on vraiment le beigne?
Il se peut aussi que par chez vous, on soit moins ému.e par le sort des PME. On pourrait donc vous dire : « Les gens sur la PCRE, c’est des paresseux qui ne veulent pas travailler. » Plusieurs contre-arguments s’offrent alors à vous selon votre humeur du moment.
D’abord, rappelez-vous ce que vous avez fait pendant que vous receviez la PCRE. C’est toujours plaisant de passer une journée en bobettes à écouter la télé, mais on fait le tour assez rapidement. Les chances sont grandes que vous en ayez plutôt profité pour commencer un nouveau projet, retourner aux études ou faire du travail sur vous. Ce sont toutes des choses qui sont difficiles à mettre en place quand on est épuisé.e de sa semaine de 40 heures.
Il existe plein de formes de travail, et même celles qui ne sont pas rémunérées restent quand même à l’opposé du « pognage de beigne ».
Aussi, si une prestation du gouvernement pensée pour subvenir au minimum de vos besoins pendant une crise est plus attrayante que de travailler, il y a clairement un problème avec votre travail. Le fait que la PCU et la PCRE ont mieux payé qu’un emploi au salaire minimum est la preuve que les salaires sont criminellement bas : ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les mathématiques.
Pourquoi votre cousine est-elle en colère contre la PCRE? Posez-lui la question.
Finalement, si vos proches sont offusqué.e.s d’avoir payé la PCRE avec l’argent de leurs taxes, rappelez-leur que les impôts vous attendent avec une brique et un fanal au printemps prochain. Vous pouvez aussi leur montrer combien d’impôts Jacques Villeneuve a payés dans sa vie pour changer la colère de place.
« Moi, j’ai travaillé pareil. »
S’il faut se rappeler une seule chose en chemin vers les célébrations du temps des Fêtes, c’est que personne ne l’a eu particulièrement facile depuis les deux dernières années. Faire preuve d’un peu d’empathie pourrait transformer une conversation désagréable en beau moment d’harmonie avec votre famille et vos ami.e.s.
Pourquoi votre cousine est-elle en colère contre la PCRE? Posez-lui la question. Il se peut qu’elle soit mécontente d’avoir dû continuer de travailler dans un emploi essentiel pendant que d’autres avaient droit à la PCRE. C’est quand même compréhensible d’être amère dans ce cas. On peut aussi se demander pourquoi des métiers « essentiels », sans qui la société s’effondre, ne sont pas mieux payés? C’est assurément la faute de quelqu’un, mais ce n’est pas la vôtre.
On a parfois cette fâcheuse tendance à en vouloir aux personnes qui reçoivent de maigres privilèges sans penser à qui a le pouvoir d’octroyer ces privilèges. Cela vaut aussi pour tous les commentaires du genre « dans mon temps, on allait à la shop dans 10 pieds de neige pour trois dollars de l’heure, pis on chialait pas! »
Pourquoi voudrait-on faire subir aux autres ce qu’on a subi? Notre but en tant que société n’est-il pas de nous rendre la vie de plus en plus facile? C’est une bonne manière de finir sur un argument positif et rassembleur.
Aussi informé.e que baveux.se, vous voilà maintenant prêt.e à résister à toute conversation malaisante et, peut-être même, à radicaliser vos matantes autour de la bûche.
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