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Qui devrait se charger de l’éducation financière des enfants ?

Petit indice : charité bien ordonnée commence par soi-même.

12 mars 2026
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Qu’ils pianotent sur une caisse enregistreuse jouet ou qu’ils jouent leurs premières parties de Monopoly, les enfants apprennent très tôt à manipuler de l’argent, sans nécessairement en connaître la valeur. Si l’éducation financière des enfants est une responsabilité que se partagent les parents, les écoles et même les institutions financières, leurs apports doivent être complémentaires.

C’est d’ailleurs en observant leurs parents que les enfants développent de bons — ou de mauvais — comportements en matière de finances personnelles, fait valoir Daniel Côté, conseiller en sécurité financière et fondateur de l’Atelier financier.

« La meilleure façon de transmettre des connaissances à ses enfants, c’est d’adopter de bons comportements, plaide-t-il. Les enfants ont tendance à imiter, plus qu’à nous écouter ! »

Youcef Ghellache, cofondateur et PDG de Educfinance, est aussi de cet avis. « Que ce soit en faisant le budget ou la liste d’épicerie, expliquer aux enfants le processus lui permet de comprendre comment on fait, comment on gère un budget et les dépenses », illustre-t-il.

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« Le plus important, c’est d’expliquer aux enfants que l’argent est un outil qui nous permet de faire des choix dans la vie », renchérit-il.

Pour le formateur et conférencier, plus les enfants apprennent tôt les bases de la finance, plus ils seront responsables plus tard. « C’est comme apprendre une langue : plus tu l’apprends jeune, plus c’est facile », illustre-t-il, précisant que la complexité des sujets peut augmenter au fil que l’enfant grandit.

Ses propos rejoignent les conclusions d’une enquête internationale réalisée par l’OCDE en 2018 révélant que les enfants qui parlaient tôt d’argent avec leurs parents à la maison, même occasionnellement, détenaient une littératie financière supérieure. Le Canada était à l’époque le second pays au monde, avec la Finlande, où les enfants étaient le mieux éduqués financièrement.

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« En commençant à avoir des discussions à propos des finances personnelles avec vos enfants tôt, vous contribuerez à renforcer leur littératie financière et à les préparer à gérer leurs finances de manière responsable », fait aussi valoir l’Agence de la consommation en matière financière du Canada.

Mais comment y parvenir si on ne sait pas par où commencer ? « Il existe beaucoup de ressources, répond Youcef Ghellache. Beaucoup de livres expliquent la finance personnelle et c’est possible de partir de là. La première étape, c’est quand le parent prend le temps de s’éduquer lui-même. »

Apprendre par l’exemple

Jessica Dufour l’a compris. Déçue de ne pas avoir reçu d’éducation financière de la part de ses propres parents, celle-ci a pris les choses en main quand ses enfants étaient âgés de dix et huit ans.

La mère monoparentale a entrepris de leur verser une « paie » hebdomadaire de 5 $ en échange d’une participation aux tâches ménagères, comme partir une brassée de lavage, passer le balai ou sortir les poubelles.

Un an plus tard, Jessica a bonifié la paie de ses enfants de 25 sous par jour. Une occasion d’aborder l’inflation et la hausse du coût de la vie. La discussion est revenue à l’ordre du jour cette année quand sa fille, aujourd’hui âgée de douze ans, a réclamé une augmentation de salaire.

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« On a pris le temps d’en parler en famille et d’expliquer comment tout fonctionne. Malheureusement, “l’employeur” avait trop de coûts d’opération cette année pour se permettre une augmentation, raconte Jessica. J’ai donc proposé qu’on en reparle dans un trimestre — trois mois — afin d’évaluer selon la performance. »

Jessica utilise aussi d’autres trucs pour expliquer les finances personnelles à ses enfants. Elle leur explique son budget mensuel — un tableau Excel avec des lignes et des chiffres, en vert ou en rouge.

Dans un petit coffre-fort de plastique à combinaison, les enfants déposent 20 % de leur paie à titre d’épargne. Cet argent est ensuite compté et déposé à la banque.

Et l’école ?

Comme Jessica, certains parents n’ont pas ou très peu de littératie financière. Ceux-ci pourraient se retrouver bien démunis au moment d’enseigner à leur enfant les bases de la finance personnelle.

Leur réflexe est peut-être de se fier sur l’école pour combler cette lacune. Or, cette notion est généralement abordée en fin de parcours et de manière relativement superficielle.

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« Le seul cours se donne en secondaire 5 », déplore Youcef Ghellache.

Un sondage réalisé en 2023 par Welcome Spaces auprès de 1 000 Québécois âgés de 18 à 44 ans a révélé que 80 % d’entre eux jugeaient que l’éducation financière reçue à l’école était peu satisfaisante ou carrément insatisfaisante. Une proportion équivalente appuyait l’idée que davantage de notions devraient se retrouver dans le parcours scolaire des élèves afin de mieux les préparer à la vraie vie.

« À l’école, ils vont expliquer ce qu’est un budget, comment se servir d’une carte de crédit, mais n’en disent que très peu sur la gestion des finances personnelles », indique Daniel Côté.

Néanmoins, les écoles peuvent compter sur différents partenaires du milieu de la finance pour leur fournir des outils éducatifs.

Depuis sa création en 1907, des millions d’élèves ont découvert l’épargne grâce au programme de la Caisse scolaire du Mouvement Desjardins.

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Même si on en entend moins parler, l’initiative existe encore : quelque 1 300 écoles primaires de la province sont toujours desservies, ce qui permet à 87 000 élèves d’effectuer des dépôts, aussi modestes soient-ils, ou de recevoir des virements dans leur compte, mentionne Myriam Demers, directrice principale, Coopération, au Mouvement Desjardins.

« On garde toujours le même objectif, qui est d’introduire des notions d’épargne et de saine gestion financière chez les enfants, indique-t-elle. Chez Desjardins, on considère que l’éducation financière des enfants est une responsabilité partagée entre les parents, l’école, le gouvernement et les institutions financières. »

La Caisse scolaire met gratuitement à la disposition des parents et des enseignants de nombreux contenus éducatifs pour les soutenir dans cet apprentissage.

Autrement, les professeurs peuvent recourir aux outils du FinÉcoLab, développés par le CIRANO, un centre interuniversitaire de recherche.

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D’autres programmes, mis en place pour les élèves du secondaire, permettent à ceux-ci de s’initier aux finances et aux investissements boursiers. C’est le cas, par exemple, de Boursify, une simulation boursière qui enseigne aux jeunes le fonctionnement des marchés.

En somme, même si l’éducation financière des jeunes se fait sur le tas, ou grâce à quelques conseils reçus ici et là, elle débute souvent plus tôt qu’on ne le pense, soit à la table de cuisine. Et si on n’apprend pas aux enfants que l’usage de chaque dollar doit être un choix judicieux, quelqu’un d’autre — une app, un influenceur louche ou une compagnie émettrice de crédit facile — s’en chargera à votre place.

Quelques outils pour démarrer l’éducation financière de vos enfants

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