Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter ce film ?

J’ai longtemps hésité avant de remettre cet article. C’est vrai, quoi, 10 millions de personnes sont d’accord pour dire que j’ai tort. Encore plus que les électeurs du Front National, c’est vous dire.

J’ai longtemps hésité avant de remettre cet article. C’est vrai, quoi, 10 millions de personnes sont d’accord pour dire que j’ai tort. Encore plus que les électeurs du Front National, c’est vous dire.

Allez, je me lance: j’ai trouvé Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? honteusement nul.

Je résume l’intrigue pour ceux qui y auraient miraculeusement échappé : les Verneuil (Christian Clavier et Chantal Lauby), de «bons» Français, provinciaux et –  wait for it – Gaullistes (si si, il en reste encore dans une réserve du côte de Chinon, paraît-il) ont marié trois de leurs filles à un juif, un arabe et un asiatique. Heureusement, leur 4e fille va épouser un catholique… Mais il est Noir!

Je peux comprendre que le pitch ait pu faire bander un producteur. Bon, disons, un très vieux producteur sous Viagra. Vous l’aurez compris,  le propos du film est de lutter contre le racisme, « parce qu’on l’est tous, finalement », comme dit l’un des personnages du film. Et surtout, de dépasser les clichés.

Seulement voilà, ce film ne les dépasse jamais. Ok, l’arabe est avocat (et non pas délinquant, ha ha ha). Le juif est au chômage (donc mauvais en affaires, ho ho ho). Et le chinois est… Bon, le chinois est banquier, parce que c’est connu, les chinois ont inventé le boulier (hi hi hi).

Le leitmotiv de la première moitié du film, c’est l’obsession de tous les personnages de ne pas parler  des sujets qui fâchent : Israël et la Palestine, l’intégrisme, le terrorisme islamiste, le succès « suspect » des chinois dans le commerce…

Or, paradoxalement, même pendant les engueulades à table (ils passent leur temps à bouffer, on est en France), ces sujets ne sont pas vraiment abordés.

En fait, toute source de conflit est évacuée encore plus vite qu’un diplomate américain en Lybie.

Quelques exemples ?

– Le juif et le musulman ne mangent pas de porc, mais ils rivalisent de « Je ne mange pas halal »  et de « moi c’est pareil je ne mange pas casher ».
– Lors du mariage musulman, aucune femme, pas même une vieille tata du bled, n’est voilée.
– Après la brit mila – la circoncision juive – la fille Verneuil précise bien que cela ne veut en aucun cas dire que son fils est/sera juif. Ah bon. Alors pourquoi le circoncir? « Pour des raisons médicales », précise-t-elle. D’ailleurs, la demoiselle Verneuil précise bien qu’elle ne s’est pas convertie.

Eh oui, car dans Qu’est-ce qu’on a fait…, personne ne se convertit à la religion de son conjoint. Cela est bien spécifié lors de dialogues d’exposition dignes d’un bon vieux Julie Lescaut. Bref, chacun reste à sa place.

Étant moi-même issu d’une famille – pour le coup très française – où l’on trouve pas mal de « sandwichs mixtes », je peux vous dire que la question de la conversion n’est jamais balayé d’un revers de queue. Il y a moyen d’en faire de vrais moments de comédie :  Mauvaise foi de Rochdy Zem, évoquait ce sujet, semi-autobiographique. La Vérité si je mens l’abordait aussi, à travers le personnage de Richard Anconina, un « gentil »  découvrant les traditions sépharades en tombant amoureux d’une juive.

Rien de tel dans Qu’est-ce qu’on a fait…, où l’on apprend rien, absolument rien sur les autres religions du livre.  Rien, hormis peut-être la coutume juive d’enterrer le prépuce dans un jardin, dans une scène où – Spoiler Alert, attention, c’est l’apex humoristique du film – le chien des Verneuil le fait disparaître de manière non conventionnelle. Et où Monsieur Verneuil enterre à sa place un morceau de jambon (notez l’inanité du gag, puisque on imagine mal le gendre aller creuser pour vérifier)…

Mais il y a mieux. Les gendres, dans ce que le scénariste a imaginé comme signe ultime d’intégration, vont jusqu’à chanter à la Messe de Noël! Accompagner des catholiques à l’Eglise, OK, mais chanter des chants à la gloire d’un Dieu auquel on ne croit pas?! Et pourquoi pas bouffer l’hostie, pendant qu’on y est?

Et je ne parle pas d’autres approximations théologiques, notamment lors d’une scène devant la Crèche de la Nativité : Jésus y est qualifié de prophète pour les Musulmans, ce qui est exact (au même titre que Moïse), mais également… pour les Juifs, ce qu’il n’est absolument pas, puisqu’il est juste un personnage historique.

Enfin, pour la fine bouche (ou devrais-je dire, bouchée à la crevette, hi hi hi, tlès dlôle, tlès dlôle, vous vouloil sauce suclée?), venons-en au personnage de Frédéric Chau, qui est « juste » chinois. Quant à savoir s’il est bouddhiste ou autre chose…  Un indice peut-être, lorsqu’il s’exclame « y’a pas marqué tibetain, sur mon front! », parce qu’il s’est défendu lors d’une bagarre… Considère-t-il que les Tibetains sont des lâches? Des victimes de l’oppression de la RPC?

Ou peut-être est-il issu d’une famille chinoise du Vietnam? De Malaisie? Ou Du Laos? D’ailleurs, est-il seulement d’ethnie Han?

Oh, vous avez raison, on s’en fout ! Il est noich’, bordel!

Mais il y a pire que tout cela dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? : le scénario lui-même.

La seconde partie du film, la préparation du mariage, intervient alors que les Verneuil savent déjà que le personnage joué par Noom Diawara est noir. Pourtant, contre toute logique, filles et maris se liguent pour empêcher l’union « Parce que ce serait trop pour les parents ». Ah bon? Parce qu’on ne peut pas dire qu’ils aient l’air de le supporter si mal, les parents… Au détour d’une scène,  on apprend d’un seul coup que le Père Verneuil vend sa maison pour faire le tour du monde, alors que sa femme s’éclate en dansant le Zoumba – danse africaine s’il en est – avec la mère de son futur gendre. Bref, ils ont l’air d’aller super bien.

Dans ces conditions, je pose la question : OÙ EST LE PUTAIN DE PROBLÈME?  Les retraités pétés de thune n’ont pas le droit de changer de vie, c’est ça?

Effroyable aussi, la scène où les trois gendres, enfin ligués, jouent les Paparazzi et photographient celle qu’ils pensent être la maîtresse du futur marié alors que… c’est sa sœur!

HA HA HA, MAIS C’EST DU JAMAIS VU!

Et en plus, le spectateur le sait avant les personnages! Et la future mariée, confrontée aux photos, en veut-elle pour autant à ses soeurs? Non, même pas!

Et lorsque la même décide d’annuler son mariage (cf supra, « Parce que ce serait trop pour les parents » ) son futur mari tente-t-il de la rattraper? NON!

MAIS MERDE! TU L’AS DEMANDÉE EN MARIAGE OUI OU MERDE ? IL TE PLAIT PLUS, SON PETIT CUL EN CULOTTE DE COTON?! (Ce n’est pas moi qui ai filmé cette scène racoleuse, j’ai le droit d’être vulgaire.) Non, laissons plutôt Clavier – malgré son obésité morbide – et le père africain stopper le train qui ramène la jeune femme à Paris, en feignant un malaise (gag totalement novateur, puisqu’il remonte probablement à un film muet Keystone de 1921).

Ah oui, parce que les deux gars, ils sont devenus amis en allant à la pêche.

BON DIEU (celui que tu veux), A LA PÊCHE?! EN 2014?

Je pose la question: ce film a-t-il été écrit dans les années 70? Parce que c’est l’impression qu’il donne. Et encore, Rabbi Jacob en disait nettement plus sur la société française de l’époque. Plus près de nous, Neuilly-Sa-Mère, malgré ses défauts, explorait une vraie opposition entre deux banlieues, la riche et la pauvre et Intouchables faisait se rencontrer deux mondes – avec un scénario original et une réalisation digne de ce nom.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu? lui, oppose des personnages qui finalement RIEN n’oppose. Tous bourgeois, même le personnage de l’artiste dépressive, tous bien installés, même le personnage du comédien, tous fondamentalement ouverts aux autres, même les vilains Gaullistes de province. Et pas la peine de me dire « c’est normal, c’est pour de rire ».

Alors, raciste, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu?, comme le disent certains ? Non.

Réac’, daté, franchouillard et mal foutu ? Assurément.

En phase avec la société française, qui a besoin d’oublier la haine grandissante entre les individus et entre les communautés ? Malheureusement.

Mais ce n’est pas parce que dix millions de personnes ont ri à un téléfilm de TF1 amélioré que les extrêmes ne l’emporteront pas.

Et là, ce ne sera plus une comédie.

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