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Oser gravir le Mont-Blanc par la voie des Trois Monts, c’était comme me lancer dans le vide.
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Après avoir traversé le Québec en solitaire à vélo, à pied et à bord de mon bateau à rames océanique, j’avais réussi à toucher quelque chose de nouveau, soit cette petite partie de moi qui refusait l’abandon, qui avait le droit de croire en tous les possibles.
Longtemps, j’ai cru que le sport et le plein air étaient réservés à ceux qui avancent vite, qui franchissent les lignes d’arrivée en premier, qui sont taillés physiquement pour la performance. Puis, j’ai réalisé que la performance ne se mesure pas avec un chrono.
Une fois passé ces a priori, l’ascension du Mont-Blanc m’est apparue comme une évidence, une suite logique. Une nouvelle expédition qui m’amènerait, encore une fois, à aiguiser mes capacités d’adaptation et à nourrir ma conviction voulant que le monde du sport et de l’aventure appartient à tous ceux qui osent y poser le pied.
Gravir le « toit de l’Europe » revêtait une signification particulière pour moi. J’allais suivre les traces de celles qui avaient osé, bien avant moi, défier l’altitude et les attentes.
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29 juin 2025 – 4h am
Je suis en pleine ascension du Mont-Blanc, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Le froid me brûle la peau, j’ai le souffle court et je suis complètement déshydratée. En cordée avec mon guide, le silence des montagnes amplifie le doute et la peur, mais aussi le courage. Je me demande si je serai capable d’atteindre le premier sommet, le mont du Tacul, puis le deuxième, le mont Maudit et, enfin, le dernier, le mont Blanc.
Je sais que l’histoire de l’alpinisme s’est majoritairement écrite au masculin. On parlait de conquêtes, de premières ascensions, de courage viril face à la montagne. Pourtant, dès le XIXe siècle, des femmes se sont frayé un chemin, malgré les jugements et moqueries.
En 1808, Marie Paradis devient la première femme à atteindre le sommet du mont Blanc. On a longtemps dit qu’elle y avait été « tirée » par ses compagnons, comme si l’idée qu’une femme puisse y parvenir par elle-même était impensable.
Un demi-siècle plus tard, c’est Henriette d’Angeville qui complète seule la même ascension afin de pleinement revendiquer son exploit. Elle portait d’ailleurs une robe et un corset sous son manteau d’alpiniste, symbole d’une époque qui ne croyait pas qu’une femme puisse être là-haut par choix et par passion.
Depuis, plusieurs autres leur ont emboîté le pas. Des femmes comme Lydia Bradey, première à gravir l’Everest sans oxygène, ou Catherine Destivelle, figure incontournable de la grimpe libre et de l’alpinisme. Toutes ont repoussé les frontières du possible, tant pour les femmes que pour l’aventure humaine.
En posant mes crampons sur la neige du Mont-Blanc, je pense à elles et à toutes celles qui ont osé lever les yeux vers des sommets qu’on leur disait interdits. À toutes celles qui, dans le plein air, en mer, sur les sentiers ou en montagne, ont su prendre leur place, sans avoir besoin de crier qu’elles la méritent.
Bien sûr, je sais que les femmes ne font pas nécessairement des activités de plein air pour prouver qu’elles sont fortes. Elles le font simplement, silencieusement, depuis toujours.
Elles incarnent une force différente, intuitive, connectée à la nature plus qu’à la grande conquête. Elles ne montent peut-être pas pour vaincre la montagne, mais pour s’y connecter. Pour sentir que la beauté du monde appartient à toutes celles qui osent et qui rêvent.
Après le sommet
Je me souviendrai longtemps de cette ascension d’une durée de 15 heures, des couleurs spectaculaires du lever du soleil, des crevasses immenses, des séracs qui menacent de tomber à tout moment et des pentes si abruptes que mes crampons peinaient à s’y agripper.
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Mais au-delà de la montagne, c’est l’ampleur du chemin parcouru qui résonne toujours en moi. Du moment où j’ai posé seule les pieds à l’aéroport jusqu’à celui où je suis revenue au Québec, j’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité d’avancer avec elle. Les rencontres que j’ai faites en chemin m’ont aussi beaucoup appris ; ces quelques femmes dont j’ai croisé le regard, comme un rappel silencieux que nous aussi, nous avons notre place ici, entre ce que les femmes ont déjà conquis et tout ce qu’il reste encore à bâtir.