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Quand vous serez partis, ils vivront encore

Quelle ingratitude que d’être jeune, de faire partie de cette belle jeunesse, cette jeunesse qui ne peut jamais gagner. Leur faisons-nous la vie dure parce que nous envions cette fougue, cette innocence, cet espoir qui les habite, ces corps qui ont encore la force de marcher à chaque jour et de crier en choeur leur indignation?

Jean-Jacques Goldman se plaignait dernièrement que les jeunes de France n’avait pas le dévouement et la force de leurs aînés. Des articles de journaux d’affaires sortent à tous les ans, ces portraits peu flatteurs sur cette génération Y, individualistes qui ne pensent qu’à leurs vacances, qu’à leur qualité de vie et à la flexibilité de leur horaire, loin des sacrifices et du temps supplémentaire.

Ensuite on les accuse de se rassembler, de se mobiliser, de manifester. Ces jeunes qu’on aime pointer du doigt pour mieux les traiter d’enfants-rois, de bébé gâtés, de naïfs qui n’ont jamais payé d’impôts, eux, osent sortir et crier, et on regrette le temps où on pouvait les traiter d’inconscients qui ont le cul collé à leur sofa, le nez rivés sur leur portable ou leur jeux vidéos.

Et bien peut-être qu’on les aime mieux lorsqu’ils se taisent, hypnotisé par leurs écrans.

Lame à double tranchant, qu’être jeune.

Vaut mieux être beau, propret et gagner la Voix, que d’user ses semelles dans les rues sales et mal entretenues de Montréal pour avoir l’approbation des plus vieux.

Alors que plusieurs se rappelleront de l’austérité pour ses marches, ses manifs et ses histoires de bombe en pleine face ou de mystérieuse flèche lancée, d’autres se rappelleront l’impuissance de voir le Québec qu’ils connaissaient leur filer entre les doigts, dans l’impuissance ne sachant plus quoi faire pour stopper l’hémorragie, qui vient d’en haut, d’en bas, du fédéral, du provincial, du municipal, alouette.

Qu’on déchiquète un registre d’armes à feu, qu’on coupe en éducation ou en santé ou qu’on se demande ce qu’une manifestante pouvait bien faire dans une manifestation, le problème est le même :

Mais qui pense encore à nous?

La dette et le déficit ont pris la place des être humains. Et vive la dictature de l’économie.

Lorsque même marcher par milliers n’a plus d’impact, lorsqu’on n’a plus de parti politique vers qui se diriger, que reste-t-il comme pouvoir pour s’opposer?

Ces jeunes qui marchent, ils marchent peut-être pour rien, mais ils marchent pour nous tous.

Mais qu’avons-nous à nous mettre à genoux devant ces trois médecins, qui sont non seulement arrogants mais clairement pris du complexe de Dieu? Jusqu’où laisserons-nous les failles du système graisser la patte d’un ministre de l’éducation qui part avec une prime de départ faramineuse? Quand stopperons-nous Philippe Couillard de rire dans sa barbe, lui qui aime mieux aller piger dans les poches des moins nantis que de s’attaquer aux paradis fiscaux, ces paradis dont il a profité dans le passé ? Et jusqu’où laisserons-nous le docteur Barrette rire aux éclats dans les émissions de variétés et faire des pok pok pok en plein débat sur l’avortement pour ensuite se retourner et donner un grand coup de machette dans notre système de santé, à grands renforts de changements qui donneront le goût aux médecins de travailler n’importe où sauf ici?

“Je ne sais plus quoi faire, Kim” me disent mes amis, à qui je n’en peux PLUS de parler d’actualité sans tomber dans le découragement et le cynisme.

Je sais pas pas ce que je vais faire, chers “messieurs bien-pensants au-dessus de moi qui gère ma belle société que j’aime tant”. Mais j’écrirai. J’essaierai d’immortaliser sur le papier, dans le temps, d’archiver quelque part que cette société que vous démantelez, à grands coups de hache dans ses fondations qu’elle a pris des années à construire, malgré la colère, malgré le consensus des économistes qui prédisent la catastrophe, malgré que ce sont les plus pauvres qui vont encore payer et qu’on se dirige tout droit vers une société avec une éducation et un système de santé à deux vitesses, j’écrirai. Et certains marcheront. Jusqu’à ce que le temps nous donne raison.

Alors que vous vous roulerez dans vos fortunes et que grâce à votre éducation vous pourrez auto-soigner vos corps malades qui souffrent déjà d’enbonpoint, quand vous vous étoufferez dans votre argent et vos soins privés jusqu’à votre dernier souffle dans vos châteaux qui planent sur cette société dont vous êtes en train de couper les racines et le souffle, et bien, ces jeunes dont vous vous moquez de l’élan et que vous battez à grands coups de matraques, ils seront encore là. Et ils se rappelleront. Espérons qu’ils feront les choses différemment.

Jacques Parizeau a déjà dit “Pour être un bourgeois à 50, faut avoir été communiste à 19 ans”. Il ne reste qu’à espérer que lorsque ces jeunes qui marchent aujourd’hui seront bourgeois, eux au moins, auront le cœur à la bonne place.

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