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Quand papa travaille loin, maman tient le fort
Des mères monoparentales à temps partiel nous racontent leur quotidien.
Être mère monoparentale avec un chum, ça ressemble à quoi? Pour les femmes dont le conjoint travaille loin de la maison plusieurs semaines par mois, c’est un mode de vie qui comporte son lot d’avantages, mais aussi de sacrifices.
URBANIA a discuté avec trois mères qui vivent au rythme des départs et des retours de leur conjoint. On aurait aussi aimé avoir le point de vue des pères, mais aucun n’a répondu à notre appel.
La vie de mère monoparentale à temps partiel, Marjorie la connaît bien. Depuis plus de douze ans, son époux bourlingue à travers le continent pour son travail, partant deux, trois, voire quatre semaines à la fois. Pendant ce temps, elle s’occupe de leurs trois fils et de la fille aînée de son conjoint, qu’elle connaît presque depuis sa naissance.
Après la fermeture de l’usine qui l’employait, le conjoint de Marie-Ève B. a pris le chemin du Nord-du-Québec pour gagner sa vie. Depuis, il y passe 14 jours d’affilée avant de revenir à la maison pour deux semaines. Un mode de vie courant dans bien des familles de l’Abitibi-Témiscamingue.
« Il a pris ce qui passait à ce moment-là, et on ne se cachera pas que c’est quand même payant », reconnaît la mère d’une fillette de huit ans, qui n’a jamais connu d’autre mode de vie familial.
Le chum de Marie-Ève D., pour sa part, gagne sa vie comme musicien. Il part régulièrement en tournée au Québec et ailleurs au Canada, en plus de se produire à l’étranger quatre ou cinq fois par année, parfois pendant un mois entier.
En couple depuis une douzaine d’années, Marie-Ève D. s’accommodait plutôt bien de cette situation à l’époque où elle ne s’occupait que d’elle et son chien. « Quand j’étais jeune, mon père était militaire, alors j’étais habituée que ma mère nous gère toute seule », illustre-t-elle.
Mais l’arrivée de leur fils, il y a trois ans, a changé la donne. D’autant plus que Marie-Ève D. travaille elle-même les soirs et les fins de semaine.
Papa est parti, maman est de garde
Quand un conjoint part travailler loin de la maison, celui qui reste devient le parent par défaut. Autrement dit, c’est sur ses épaules que repose l’essentiel de la gestion familiale, des lunchs aux rendez-vous médicaux, ainsi que les imprévus.
« Le voyagement à la garderie ou à l’école, les rendez-vous chez le dentiste et tout le reste tombe sur toi », note Marjorie. « Encore aujourd’hui, si l’école appelle parce qu’il s’est passé quelque chose, c’est moi qu’on appelle. »
Cette responsabilité lui a déjà coûté des emplois, malgré la compréhension dont ont fait preuve la plupart de ses employeurs. Elle l’a aussi amenée à renoncer à certaines activités. « Il y a même des activités que je n’ai pas osé faire, parce que s’il m’arrivait quelque chose, qui s’occuperait des enfants? »
« Ce n’est pas toujours évident », concède Marie-Ève B.
« Parfois, il revient plus tard que prévu parce que son avion a été retardé. Alors, tant qu’il n’est pas physiquement à la maison, je dois m’organiser. »
Pour que son conjoint fasse sa part lorsqu’il est de retour au bercail, Marie-Ève B. a établi des règles claires. « Je lui ai demandé le strict minimum. M’aider avec le souper, partir une brassée quand il y a beaucoup de linge qui traîne. Je lui ai dit que son aide nous permet de passer plus de temps ensemble. » Pour le reste, elle a engagé une femme de ménage.
De son côté, le conjoint de Marie-Ève D. tente de compenser ses absences en préparant des repas à l’avance et s’occupe de diverses tâches domestiques lorsqu’il est à la maison. « Quand il est là, il prend le lead. Il est très présent et impliqué. Je ne peux pas me plaindre, j’ai un excellent partenaire », s’exclame-t-elle.
Même lorsque les pères sont de retour, les mères demeurent souvent responsables de la discipline et de la routine. Résultat : pendant que papa profite de ses congés, maman hérite du rôle du parent « moins le fun ».
« Quand mon conjoint est à la maison, il est en congé. Alors oui, il organise des activités, il est détendu. À un moment donné, je voulais aussi avoir de beaux moments et ne pas être la seule qui mettait son pied à terre », raconte Marjorie.
Le retour de papa, un autre bouleversement
Les trois mères s’entendent : chaque départ et chaque retour de leur conjoint exigent une période d’adaptation, pour les enfants comme pour elles.
« Mon énergie n’est jamais pareille d’une fois à l’autre parce que mon fils est à des phases différentes », souligne Marie-Ève D. « Ça arrive qu’on doive me ramasser à la petite cuillère quand il revient. »
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Marie-Ève B. reconnaît pour sa part qu’elle aurait du mal à s’habituer à la présence permanente de son conjoint.
« C’est quand même demandant. Quand on est seules, ma fille et moi, on a nos habitudes. Quand mon chum revient, ça prend une journée ou deux à se replacer, à réaliser sa présence dans la maison, et rapidement, il faut se préparer à son départ », poursuit-elle.
Chez Marjorie, les absences répétées de son conjoint ont fini par laisser des traces dans sa relation avec ses enfants qui sont moins proches de lui qu’elle ne le souhaiterait. « C’est quelque chose qui s’est installé doucement, sans qu’on s’en rende compte », confie-t-elle.
Son conjoint pourrait-il un jour regretter d’avoir manqué de précieux moments en famille? « C’est possible », répond-elle simplement.
L’amour à horaire variable
Malgré les défis, les trois familles ont trouvé leur équilibre. Mais pour le préserver, il faut y mettre du sien.
« Ça prend beaucoup de communication, de débrouillardise et de lâcher-prise. Il faut que nos attentes soient claires », explique Marie-Ève B.
Quand les moments en famille sont comptés, les invitations passent parfois au second plan. « Certaines personnes de notre entourage ne comprennent pas qu’on ne soit pas disponibles pour des soupers les fins de semaine. Ça peut arriver qu’on ait besoin de rester chez nous pour se retrouver », ajoute-t-elle.
Des ambitions en veilleuse
Marie-Ève D. est ravie que son amoureux puisse vivre de son art. Mais pour que l’organisation de sa famille fonctionne, elle a dû mettre ses propres ambitions en veille. « Moi aussi, j’aimerais vivre de mon art », ajoute la jeune mère. « Mais je suis consciente que si on était tous les deux travailleurs autonomes, ça nuirait à nos projets communs. Alors, j’ai fait le choix stratégique d’avoir un emploi pour soutenir son rêve. »
Le couple a d’ailleurs commencé à envisager une éventuelle inversion des rôles, par souci d’équité. « Je lui ai dit récemment que j’étais heureuse qu’il vive son rêve, mais que c’est un contre-coup sur moi. Il s’est montré compréhensif, et on sait qu’un jour, nos projets communs vont nous donner les moyens d’y arriver. »
En attendant, c’est elle qui tient le fort pendant que son chum parcourt le monde.
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