Profession : producteur de porn québécoise

En 10 ans, Nicola Lafleur a dirigé plus de 150 films et 600 scènes pour Pegas Productions. Il a largement contribué au développement de la porn de chez-nous avec des classiques comme Masseur-fourreur, Aspirantes au bâton ou Ardente et bandante.

Après un passage dans l’émission Sexplora, le producteur s’est confié à URBANIA sur son métier et la difficulté de trouver un acteur “capable de gérer son érection et son éjaculation comme il faut”.

Plongez au coeur d’un tournage d’un film porno en 360° en visonnant le making-of ICI.

Qu’est-ce qui, selon toi, fait la spécificité de la porn québécoise?

Je pense que ce qui nous différencie des autres, c’est que les filles ne sont pas toutes pareilles. Surtout, ce ne sont pas des professionnelles. Les filles sont authentiques. Ce ne sont pas des filles qui tournent deux scènes par jour, tous les jours de la semaine. Elles font vraiment ça pour le kick, pour le fun. On sent vraiment qu’elles s’éclatent en les voyant. Elles ont du plaisir et on s’arrange pour que ça ne change pas.

Comment fait-on pour lutter avec les plateformes comme YouPorn ou Xhamster qui offrent du contenu gratuit?

Il faut créer plus de partenariats. Il y a quelques années, c’était clairement nos adversaires. Mais au fil du temps, ce sont devenus des partenaires. Le modèle a changé aujourd’hui. On utilise ces plateformes pour avoir de la visibilité, une vitrine pour proposer nos produits.

Les parodies XXX de blockbusters comme Star Wars et Batman vs Superman marchent plutôt bien. Est-ce un filon qu’on peut aussi exploiter au Québec?

Oui, mais les lois concernant la protection des droits d’auteur ne sont pas les mêmes au Canada et aux États-Unis. C’est plus compliqué chez nous de faire une parodie sans risquer un procès. On a une certaine marge de manœuvre, mais on marche toujours sur des œufs dans ce domaine.

Tu as lancé en 2014 une “journée de formation intensive au travail d’acteur pornographique”. Est-ce toujours aussi compliqué de recruter des acteurs?

Il faut trouver un moyen efficace de faire la sélection. C’est un processus très long qui demande beaucoup d’efforts et d’argent. On est toujours en train d’améliorer notre méthode pour être le plus efficace dans nos recrutements d’acteurs. C’est l’un des plus gros défis qu’on a rencontrés ces 10 dernières années.

Que faut-il pour faire un bon acteur porno?

On a défini 60 critères pour ce qui nous concerne. Il y a des aspects physiques, mais aussi des considérations professionnelles. Ce qu’on voit à l’écran, c’est une chose, mais il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas dans le vidéo, et qui est également très important. Il faut un certain professionnalisme, la personne doit être fiable, arriver à l’heure sur les plateaux, être agréable et respectueuse.

Concernant le physique, il ne suffit pas d’être beau à l’écran. Il faut aussi et surtout être capable de gérer son érection et son éjaculation comme il faut. C’est la pierre angulaire de tout. Si ce critère n’est pas rempli, tout le reste tombe comme un château de cartes. Des fois, les filles se plaignent en nous disant que les acteurs ne sont pas les plus beaux, et je leur réponds toujours que ça ne servirait à rien d’avoir Brad Pitt sur le plateau, s’il n’est pas capable de bander!

Il est donc plus difficile de trouver un acteur qu’une actrice…

Absolument, même s’il y a beaucoup plus de candidatures chez les hommes.

Il peut quand même y avoir des problèmes avec des actrices. Samantha Ardente et Candy Kiss ont notamment des soucis avec leur employeur. C’est difficile aujourd’hui, pour une actrice, d’avoir un travail normal à côté de la porn?

Pour la majorité des filles, à part le raz-de-marée ou le petit tremblement de terre que ça peut provoquer dans son entourage, elles peuvent continuer à travailler à côté. Mais il y a des secteurs d’activité plus sensibles que d’autres, comme l’éducation. Candy Kiss travaillait dans un centre de la petite enfance, et Samantha travaillait dans une école secondaire. C’est forcément plus délicat de faire de la porn à côté. En même temps, dans les deux cas, le public leur a donné raison. Candy Kiss a même réussi à conserver son emploi. Je pense que c’est une avancée pour les femmes qui veulent faire de la porn.

Est-ce qu’une actrice peut aujourd’hui vivre uniquement de la porn?

C’est possible, ça dépend de son talent et de sa popularité. Après, je ne pense pas qu’on peut vivre de ça durablement au Québec. Il faut s’exporter aux États-Unis ou en Europe, ou il faut élargir son domaine d’activité au-delà de la porn.

La durée moyenne d’une carrière pour une actrice est souvent plus courte que pour un acteur…

Oui, et de plus en plus! Ce n’était pas forcément le cas avant parce que les actrices faisaient de vraies carrières dans la porn. Il y a 15 ans, il y avait moins d’actrices et elles s’engageaient pour plus longtemps. Il y avait un vrai “pornstar system” et le public aimait ça. Mais avec l’évolution des plateformes de diffusion, les mentalités ont changé. Les gens demandent toujours plus de nouveautés. Ils ne veulent plus voir la même actrice pendant 10 ou 15 ans. Et c’est très rare d’entendre une fille dire aujourd’hui qu’elle veut faire carrière dans la porn. Elles voient plutôt ça comme une expérience à vivre, elles font juste 4-5 films un peu comme si elles partaient avec un sac à dos 3-4 mois en Amérique latine.

En ce qui te concerne, est-ce que travailler dans la porn a eu un impact sur ta vie sociale?

Je peux pas dire que j’ai perdu des gens dans mon entourage, ou que j’ai été jugé négativement par rapport à ça. Il y a juste certaines personnes, du côté de la famille notamment, avec qui le sujet est plus délicat. J’ai pas des grosses discussions détaillées avec ma mère sur ce que je fais. Mais je suis à l’aise avec ça.

Et ta vie amoureuse? Es-tu blasé des choses du sexe à force d’être sur des tournages?

Ça a forcément un impact. Même si je suis à l’aise de travailler dans ce milieu-là, mes partenaires ne vont pas l’être forcément. C’est le genre de problème qui peut te limiter dans tes relations. Après est-ce qu’on devient blasé avec le temps? Je dirais que ça pousse à avoir des goûts un peu plus raffinés. Mais au bout du compte, on ne se blase pas de la sexualité.

Notre ami PY Lord s’est récemment rendu sur un plateau de tournage à la rencontre de Nicola Lafleur. Une vidéo 360 en réalité virtuelle produite en collaboration avec Unlimited et DPT.

Pour visionner sa visite, c’est ICI.

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