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Profession: gardienne des morts
Mettre de la vie dans la mort en rendant les cimetières plus jolis et plus agréables.
Les cimetières n’ont pas toujours bonne presse. On les dit glauques, macabres. Ils sont le décor parfait des films d’horreur. Sans compter qu’ils évoquent souvent des moments tristes, voire dramatiques.
Mais pour Julie Robitaille, coordonnatrice de la Compagnie du Cimetière Saint-Charles, les cimetières gagnent à être découverts et valorisés.
La Compagnie Saint-Charles est responsable de 15 sites de sépulture dans la ville de Québec, incluant le cimetière Saint-Charles, le plus grand de Québec et celui de Sillery, où repose René Lévesque.
Gardienne des défunts, c’est ainsi qu’elle décrit son emploi. «On comprend l’évolution d’une ville par ses cimetières. On voit l’évolution des rites, de la religion. On y retrouve les premières générations des grandes familles.»
«Chaque famille a son histoire. Tous les monuments ont leur histoire», dit-elle.
Valoriser le patrimoine
Avec les années, son équipe a développé des circuits patrimoniaux, avec une application mobile et des montages vidéos. Les visiteurs peuvent aussi admirer les monuments de grandes figures historiques qui ont marqué l’histoire du Québec.
Le souhait de Julie Robitaille, c’est que les familles puissent immortaliser leurs proches grâce à des montages, des photos qui seraient accessibles avec la géolocalisation, et qui pourraient permettre aux jeunes générations de découvrir leurs ancêtres.
Le cimetière du Père-Lachaise à Paris et la Ville des Morts à La Nouvelle-Orléans attirent des milliers de touristes chaque année
Avec ces initiatives, la Compagnie s’inscrit dans les circuits touristiques des cimetières. Car ce n’est pas tout le monde qui se sent refroidi par les lieux de dernier repos. De nombreux touristes visitent chaque année les cimetières des grandes villes. Le cimetière du Père-Lachaise à Paris et la Ville des Morts à La Nouvelle-Orléans attirent des milliers de touristes chaque année.
Les activités dans ces lieux deviennent plus prisées. À Montréal, le cimetière du Belvédère organisait des promenades en raquettes aux flambeaux. À Québec, la Compagnie a instauré des visites en calèche.
Des lieux plus beaux
D’où le souci d’embellir ces lieux au maximum. «C’est un endroit où les gens reviennent. Ils sentent le besoin de parler aux défunts. On ne veut pas que ce soit morose», explique Julie Robitaille.
«Avant, c’était très pratico-pratique. Aujourd’hui, on a le souci que ce soit esthétique.»
Avec une équipe d’horticulteurs, la Compagnie travaille à rendre ces lieux plus agréables pour l’œil et l’esprit. Étant une organisation à but non lucratif, l’équipe fait preuve de créativité dans ses aménagements. «On déplace de jeunes arbres. On installe des bancs. Avant, c’était très pratico-pratique. Aujourd’hui, on a le souci que ce soit esthétique.»
La Compagnie ne peut cependant pas entretenir tous les monuments comme elle le désire. Ce sont les familles qui sont, ultimement, chargées de l’entretien des monuments. Et malheureusement, certaines sections des cimetières sont laissées à l’abandon. La Compagnie s’assure simplement que les inscriptions restent visibles, mais elle ne peut redresser une pierre tombale tombée si la famille ne le souhaite pas.
Des projets ponctuels existent toutefois pour la revalorisation de certains monuments, comme ceux des premiers ministres. Encore là, les familles doivent donner leur accord.
«On a déjà organisé un feu d’artifice lors d’un enterrement »
Car c’est vraiment le mot d’ordre: accompagner les familles dans leurs souhaits et désirs. La Compagnie a souvent adapté des rites funéraires selon la volonté des défunts et de leurs proches. «On a déjà organisé un feu d’artifice lors d’un enterrement», raconte-t-elle.
Avec une société de plus en plus diversifiée, les rites s’adaptent. Parfois solennels, parfois festifs, ils varient selon les cultures. Et parfois, c’est l’environnement qui décide de ce qu’il adviendra de nos rituels.
«Les nouveaux rituels arrivent par obligation. Au Canada, on a le luxe de l’espace. Nous n’avons pas encore de gros changements dans nos rituels. Cependant, étant un pays nordique, de plus en plus de gens optent pour un emplacement intérieur. Et les gens n’achètent plus vraiment de lots familiaux.»
Avec son emploi, Julie Robitaille assiste à la transformation de nos sociétés. Une chose est sûre, son métier est loin de lui paraître triste et morose. Au contraire, elle met de la vie dans des lieux de repos.
«Les cimetières sont de grands espaces verts. On veut que les gens se les approprient», dit-elle.
«Par contre, ce qui se passe à minuit… on ne le sait pas… », ajoute-t-elle en rigolant.
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