Urbanisme d’hiver : prendre l’apéro dans la neige, pourquoi pas ?

L’hiver dure des mois à Montréal. On pourrait apprendre à aller dehors au quotidien .

L’hiver, à Montréal, on patine au mont Royal une fois de temps en temps, on va danser en habit de neige one piece un soir ou deux, et le reste du temps, on se cache chez nous et on met le nez à l’extérieur juste si on est vraiment obligés (en marchant vite).

On profite donc rarement de l’extérieur, contrairement à l’été où vit pratiquement sur nos balcons, dans les parcs ou encore attablés à des terrasses.

Il faut dire que nos espaces publics ne sont pas trop-trop arrangés pour qu’on sorte quand le mercure descend. Quand on se promène dans nos quartiers, on constate que plusieurs de nos parcs deviennent de grandes étendues de neige inutilisées, et on ne voit aucun rassemblement public à l’horizon.

L’idée même de prendre un café-Baileys (plaisir de l’hiver s’il en est un) sur une terrasse semble dérisoire. Quelques bars et restaurants s’équipent de verrières, et le Saint-Houblon a déjà offert une terrasse avec des feux sur les tables, mais ces exemples restent anecdotiques. Pourquoi?

La Scandinavie, plus-meilleurs-que-nous?

Pourtant, dans des villes nordiques d’Europe, on voit ça, des terrasses ouvertes à l’année, non? En tout cas, c’est ce que tout le monde qui a voyagé en Scandinavie nous raconte en revenant… Serait-on moumounes, au Québec?

Olivier Legault, urbaniste chez Vivre en ville, nuance. « Il faut toujours se comparer avec des villes qui ont des climats similaires à nous. À Stockholm, en Suède, les terrasses sont ouvertes à l’année, mais cette ville a plutôt le climat de Toronto : c’est plus doux et tempéré qu’ici », souligne celui qui a fait sa maîtrise sur l’aménagement des espaces publics scandinaves.

C’est vrai qu’à Stockholm, la température minimale moyenne en janvier est de -3,7 degrés Celsius, alors qu’à Montréal, elle est de -17.  Les 10 jours en ligne à -30 degrés qu’on vient de se taper, ils ne connaissent pas ça, eux! À des températures aussi basses que ça, c’est peine perdue pour les terrasses, confirme Olivier Legault. C’est juste impossible d’avoir du plaisir à l’extérieur en restant immobile. Par contre, jusqu’à -10, ça pourrait se faire sans trop de problème.

Il suffirait en fait de trouver une bonne méthode pour que les clients ne gèlent pas. Les réchauds suspendus en l’air, qui diffusent leur chaleur de façon plus ou moins efficace (et qui nous font personnellement penser aux réchauds à burger du Harvey’s), ne sont pas la seule option.

 

À Stockholm, la température minimale moyenne en janvier est de -3,7 degrés Celsius, alors qu’à Montréal, elle est de -17.  Les 10 jours en ligne à -30 degrés qu’on vient de se taper, ils ne connaissent pas ça, eux!

« Dans un projet scolaire que j’ai évalué, des étudiants avaient proposé une espèce de table avec un chauffage qui venait du dessous. Si on est bien habillé, que le restaurant nous prête une couverture et qu’il y a un chauffage d’appoint sous la table, c’est clair que ça serait possible. Dans le jour, on maximiserait l’ensoleillement tout en coupant le vent, et on mettrait les tables proches les unes des autres pour profiter de la chaleur humaine », résume Olivier Legault, qui dresse un portrait assez tentant…

Faut que ce soit facile

Aller dehors, socialiser et voir des passants déambuler (ou glisser sur la neige), c’est bon pour le moral. Et le truc ultime pour faire sortir les gens de chez eux, c’est de rendre ça facile, que ça ne soit pas une pénible aventure qui dure plusieurs heures et nécessite beaucoup de préparation.

« Ce serait intéressant de créer un réseau hivernal de quartier. Il faut qu’il y ait des endroits où profiter de l’hiver près de chez nous en rentrant de la job, sinon, ça ne marchera pas. L’hiver, on est plus paresseux. Il faut qu’il y ait à proximité la possibilité d’aller glisser avec les enfants, de boire un vin chaud, de manger un morceau sur une terrasse extérieure, de patiner, de participer à de petits événements… », explique Olivier Legault.

 

Le truc ultime pour faire sortir les gens de chez eux, c’est de rendre ça facile, que ça ne soit pas une pénible aventure qui dure plusieurs heures et nécessite beaucoup de préparation.

Il faut aussi garder en tête que les gens attirent les gens, et qu’il faut donc créer un peu d’activité pour que le citoyen normal sorte de sa tanière.

On a envie de suggérer la « méthode du petit vendeur de crêpes ». En Europe (et sûrement ailleurs dans le monde), on voit souvent une personne sur une place publique ou dans une rue achalandée qui avance avec un minuscule kiosque à roulette comprenant un rond chauffant, un seau de pâte à crêpes et un pot de Nutella. Ces marchands créent de chouettes rassemblement, un peu comme s’ils étaient un marché de Noël ambulant, et pourraient potentiellement attirer des gens (et faire capoter le MAPAQ).

C’est en additionnant de petits éléments comme celui-là qu’on pourrait créer une alternative moins « immobile » aux terrasses. « Ça peut être des petits stands à côté d’une station de métro, sur une place publique, dans un lieu de passage achalandé… ça vient structurer l’environnement, et ça participe à créer des microclimats en plus de mettre de la vie », décrit Olivier Legault.

Les événements, c’est risqué

C’est sûr qu’en attendant, on a toujours Montréal en lumière et Igloofest, des événements intéressants, mais qui dépendent beaucoup de la météo, et ne changent pas durablement la vie des citoyens.

« L’approche par grands événements, c’est l’fun, mais avec les changements climatiques, on va avoir de plus en plus de difficulté à être certains qu’ils vont pouvoir porter fruit. Montréal en lumière, quand il pleut ou qu’il y a du verglas, c’est dull un peu. L’idée, c’est d’avoir des espaces qui s’adaptent d’eux-mêmes. Le mont Royal est un excellent exemple de résilience saisonnière : les activités évoluent avec le changement de saison. C’est ça que l’on devrait avoir davantage dans la ville », résume Olivier Legault.

Après tout, nos piscines sont ouvertes juste quelques mois par année et on ne les remet pas en question; on pourrait bien avoir des structures qui ne servent que l’hiver (comme des pistes de glissade ou des mini-villages hivernaux) sans que ce soit un drame…

*

C’est long, l’hiver; on n’a pas fini de vous en parler. On vous revient dans les prochains jours avec des réflexions d’urbanisme sur la slush, le vent, et des idées assez chouettes développées dans d’autres villes canadiennes…

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up