Pourquoi même sur le Clin d’oeil, j’évite de mépriser LBB

Je dois admettre que je me suis étouffée de rire quand j’ai vu Léo Bureau-Blouin sur la couverture du Clin d’œil.

Petit veston bien tighté, bien shiné, collet monté. Avec un air Dandy-baby-couche-toi-là et les cheveux en houppette bien léchée, « comme Jean-Philippe Wauthier de Radio-Canada », qu’il disait sur Facebook, Léo. Comme un benjamin qui veut avoir l’air du grand frère.

Je me tapais la cuisse dans le Multimags sur Mont-Royal, et – étonnant précédent – j’ai inclus le Clin d’œil dans mes emplettes de périodiques. Je le lisais même dans la file de la caisse, caché derrière le Foreign Affairs; mais à bien y penser, je pense n’avoir dupé personne. Bref.

Phénomène notable: le meilleur baromètre de la peopleization de LBB est l’évolution de sa coupe de cheveux. Nous l’avons connu au début de la grève, avec sa coupe Paul McCartney pré 1965, et après une transition ras-la-nuque au faîte du conflit étudiant, le voilà sur la frontispice d’un magazine de meudames, avec un brushing Xavier Dolan circa 2010.

Formidable ascension de style, dira-t-on!

Blague à part, ça m’a pris un moment avant de déterminer ce que j’en pense, de Léo qui se prête au jeu de l’entertainment avec autant d’enthousiasme et de candeur. Règle générale, je méprise tout ce qui se tend vers la starification, la matantification ou la groupiefication. Mais c’est comme si notre plus-jeune-député-de-l’histoire-du-Québec bénéficiait d’une indulgence particulière.

La sympathie que j’éprouve à son égard n’est pas étrangère au fait qu’il incarne à mon avis quelque chose de propre à ma génération.  Vous savez, les mi-Y, mi-C trop pressés pour la ligue…

Honnêtement, difficile d’être plus au top de sa game que Léo Bureau-Blouin, en ce moment. Je ne dis pas que j’approuve forcément les fins qu’il lorgne ou même les moyens qu’il prend pour y parvenir; ça c’est une autre histoire.

Mais devant l’ambition inaliénable qui l’anime, je trouve qu’il y a de quoi lever son chapeau. Pour siéger à l’Assemblée nationale avant d’avoir atteint la majorité universelle, ça prend du cran, quoiqu’on en dise. Même si c’est précisément ce que Patrick Lagacé déplorait sur son blogue, lorsque LBB a officialisé sa candidature, dans le billet le plus méprisant qu’il m’ait été donné de lire.

C’est vrai que ce n’est pas vieux, vingt ans. C’est vrai aussi qu’on n’a pas vécu, à vingt ans. Mais que voulez-vous? Nous, bébés des 90s, avons une urgence « d’accomplir » et de faire nos preuves totalement démesurée. À 1 an, nous hurlions depuis nos bassinnettes notre désir de faire du vélo – tout de suite. Fallait pas s’attendre à ce que ça se résorbe par la suite!

En ce sens, j’ose espérer – et je crois bien humblement que c’est souvent le cas – que cette urgence s’accompagne d’un sentiment de responsabilité proportionnellement hypertrophié. Pas pour tout le monde, je sais bien. Les flancs-mous sont une constante historique inébranlable.

Toujours est-il que si certains poussent leur luck plus fort et plus tôt que la moyenne des générations antécédentes, j’ose croire qu’ils sont aux faits du fardeau de discipline personnelle, de« professionnalisme précoce » et de contrition qui incombe.

Malheureusement, le paternalisme semble être un réflexe incontrôlable chez bien des « grandes personnes ». C’est comme si l’opinion publique alternait entre « prodige » et « imposteur » pour parler de sa relève la plus éclatante, selon l’humeur. Et si morosité ou irritabilité il y a, c’est tout de suite la ‘crédibilité de l’âge’ qui en prend un coup.

Par exemple, si LBB est probablement la success story la plus éclatante depuis longtemps au registre de la précocité, c’était tout aussi vrai dans le cas de Xavier Dolan. Les critiques paternalistes ont fusé de toutes parts, dans le temps de J’ai tué ma mère, rappelez-vous. Elles étaient moins virulentes, peut-être. Parce que c’était « juste du cinéma ». Alors c’était cute. La politique, c’est plus grave. Reste que ça aura pris un fichu temps avant que les gens l’admettent talentueux avant de le trouver « jeune et cute », Xavier Dolan!

Et lorsque, deux films plus tard, il s’est dit déçu de ne pas être en lice pour la Palme d’or avec Laurence Anyways – déception culottée, j’en conviens –les critiques paternalistes sont revenues au galop. D’un coup, il était redevenu un jeunot arrogant. Ce n’est pas à cause de la qualité de son film qu’on critiquait sa déception, mais bien à cause de son statut de « jeune réalisateur »…

C’est un peu castrant, somme toute. Et parfois, ça frise la jalousie générationnelle.

Pas prétentieux de dire ça, ben non! Hihihi.

Pour finir, y’a pas très longtemps, quelqu’un m’a demandé si c’est parce que nos parents n’ont jamais su nous dire non que nous sommes aussi bouillants et impétueux, toutte la gang. Mais même si j’ai compris ce printemps que c’était-là un diagnostic en vogue, je suis portée à dire que c’est faux. Nos parents nous ont probablement dit « non » tout comme leurs parents avant eux. Mais nous étions déjà trop occupés à manigancer notre conquête du monde et, accessoirement, des galaxies avoisinantes pour nous en préoccuper…

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Aurélie Lanctôt est finissante en droit à l'Université McGill, chroniqueuse, auteure et militante féministe.

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