.jpg.webp)
Tout le monde aime se moquer de la parentalité bienveillante. En fait, ce sont surtout les boomers et les Gen X qui rient des milléniaux et de leur obsession pour les émotions. Dans la caricature classique, c’est un parent accroupi dans l’allée des céréales qui supplie son enfant d’arrêter de hurler tout en validant ses émotions. « Je comprends que tu sois frustré de ne pas avoir de Lucky Charms. Ton sentiment est légitime, mais idéalement, mon amour, on ne crie pas dans un magasin, s’il te plaît. »
En réponse à ça, y a les Gen Z, qui sont devenus parents à leur tour (déjà, seigneur!) et qui ont une approche bien à eux qui tient en quatre lettres, le FAFO, soit « Fuck Around and Find Out », qu’on pourrait traduire approximativement par : « essaye, pour voir ».
Le principe du FAFO est simple : les parents ont bien beau avertir, expliquer, prévenir, si l’enfant décide quand même de franchir la limite, qu’il en assume les conséquences. Tu veux sortir sans manteau? Parfait. Endure le froid. Tu veux pas manger ce qu’il y a pour souper? OK. Tu vas te coucher l’estomac vide. En gros, c’est une philosophie éducative qui privilégie les conséquences plutôt que les longues discussions émotionnelles caractéristiques de la parentalité milléniale.
En ligne, certains parents parlent même de « surpasser la sauvagerie » de leurs enfants. Ça, c’est une autre paire de manches parce que ça va jusqu’à : « Quand mon enfant me mord, je le mords en retour! ». Faites pas ça, OK?
Comme c’est souvent le cas avec les tendances parentales, tout a commencé sur TikTok. C’est une mère vivant en Floride qui a publié une vidéo devenue virale dans laquelle elle explique avoir lancé l’iPad de sa fille par la fenêtre parce qu’elle ne l’écoutait pas. La vidéo a été vue plus de cinq millions de fois et les commentaires sont étonnamment enthousiastes : les gens sont bien contents que les enfants doivent ENFIN faire face à des conséquences.
En juillet 2025, le Wall Street Journal confirmait l’arrivée d’une nouvelle ère de parentalité avec un article intitulé : Adieu la parentalité bienveillante, bienvenue le « Fuck around and find out ».
Pour comprendre pourquoi cette tendance trouve autant d’écho, il faut revenir une dizaine d’années en arrière. La parentalité bienveillante se voulait une réaction à l’éducation plus autoritaire du début des années 2000. On voulait rompre avec les punitions humiliantes, les « vas réfléchir dans ta chambre » et les « j’te l’avais dit! ». À la place, on a commencé à parler d’émotions, de validation, d’accompagnement.
Le problème, c’est que cette approche s’est parfois transformée en mission impossible. Des parents racontent s’être retrouvés à devoir expliquer chacune de leurs décisions, à surveiller chaque interaction, à nommer toutes les émotions de leur enfant avec un calme olympien. Une tâche épuisante, surtout quand votre enfant de trois ans est allongé sur le plancher d’un supermarché parce qu’il voulait des céréales en forme de licorne.
Certains critiques vont même plus loin et accusent cette approche d’avoir contribué à produire une génération de jeunes adultes anxieux ou incapables de tolérer la frustration. La parentalité bienveillante est-elle réellement à blâmer pour ça? Probablement pas. Mais dans cette grande machine à tout simplifier qu’est Internet, un coupable est toujours désigné.
Un sondage mené auprès de 2 000 parents d’enfants de moins de 6 ans montre une différence intéressante entre les générations.
Si les milléniaux ont tendance à mettre l’accent sur le soutien émotionnel et mental, les parents Gen Z, eux, disent vouloir surtout préparer leurs enfants à faire face au monde réel.
L’émergence de la tendance FAFO, explique-t-elle, « [coïncide] avec une certaine nostalgie pour l’éducation parentale des années 1990, et nous avons tendance à reproduire plus facilement des schémas qui nous sont familiers. »
Les partisans du FAFO disent que cette méthode enseigne aux enfants l’autonomie et la responsabilité. Ses critiques disent plutôt que cette approche repose trop sur la peur et l’humiliation. La vérité se situe probablement quelque part au milieu.
Comme pour la parentalité bienveillante, le FAFO finira probablement par être remplacé par autre chose.
En fouillant un peu sur TikTok, on voit déjà apparaître une nouvelle étiquette : la parentalité… FAFO bienveillante! Le principe? Les enfants ne sont pas aux commandes, mais les conséquences existent sans humiliation et sans le plaisir un peu douteux de dire : « Je t’avais averti ».
Comme quoi la vérité se situe pas mal toujours au milieu…
Tous les jeudis, Mollo vous envoie une infolettre remplie de contenus informatifs, amusants et décomplexants remplie de contenus inclusifs et instructifs qui devraient vous aider à prendre votre parentalité à la légère… et au sérieux en même temps. Abonnez-vous juste ici!
En fait, Julie Romanowski, coach et consultante en parentalité basée à Vancouver résume bien le tout dans un article de la CBC : « La pression d’être un parent bienveillant prédispose les parents à l’échec, car ils ne savent même pas comment y parvenir ». C’est ce qui explique la tendance FAFO en tant que juste retour du balancier. En appliquant des conséquences logiques (ou pas), le parent a l’impression d’avoir de l’emprise, d’agir concrètement pour modifier le comportement de son enfant… même si n’est pas toujours la chose à faire.
Selon la Dre Emma Svanberg, psychologue et auteure de Parenting for Humans, la méthode FAFO séduit parce qu’« elle permet immédiatement et explicitement aux parents de se détendre et d’appliquer les conséquences naturelles de leurs actes plutôt que de s’engager dans des négociations interminables avec un enfant récalcitrant et “non coopératif” ». Elle ajoute, dans un article de The Guardian, que les parents ayant grandi dans les années 1990 se reconnaissent particulièrement dans cette approche autoritaire.
Autre point important de soulevé par la Dre Svanberg : « Les enfants n’apprennent pas seulement des conséquences de leurs actes ; ils apprennent aussi de la manière dont les adultes les accompagnent face à ces conséquences. Si le parent FAFO devient émotionnellement distant, les enfants risquent d’intérioriser la honte, de se sentir abandonnés ou d’avoir du mal à comprendre des expériences qui dépassent leur niveau de développement. Le risque n’est pas l’autonomie, mais l’isolement émotionnel et la honte. »