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Pourquoi les mères ne veulent plus travailler à temps plein
Aujourd’hui, une femme est censée tout avoir. Une carrière stimulante, des enfants épanouis, des passions, des ami.e.s, une vie amoureuse, des abdos, une routine de soins du visage et un levain vivant au frigo.
Dans ma tête, en théorie, ça semblait raisonnable. Puis, j’ai fermé Instagram et j’ai eu des enfants.
J’ai découvert la sensation décrissante d’être une funambule qui s’efforce de préserver l’équilibre entre un travail exigeant, des enfants à qui je veux tout donner et ma santé mentale.
Je ne suis pas la seule.
J’observe le phénomène partout autour de moi : des mères brillantes, compétentes, qui tiennent à leur indépendance et qui décident de couper leurs heures de travail pour enfin commencer à vivre. Elles renoncent à leurs ambitions professionnelles et à leur confort matériel pour une couple d’années, le temps que les enfants commencent l’école.
Recul féministe, révolution anticapitaliste ou simple constat que nous ne sommes pas immortelles?
Le retour du congé parental ou comment découvrir que notre ancienne vie est morte pendant notre absence
À 36 semaines de grossesse, on dit bye à nos collègues en pensant qu’on reviendra dans un an avec un amour renouvelé pour nos tâches comme c’est le cas après de longues vacances. Puis, le moment fatidique du retour au travail arrive, et le fantasme de retrouver son cerveau d’adulte s’évanouit rapidement. Notre cerveau est fatigué, nos priorités ont changé et on ne pense qu’à nos enfants qui pleuraient ce matin pour ne pas aller à la garderie.
C’est à ce moment précis que l’idée de passer à temps partiel commence à germer dans la tête des mères.
Quitter le congé parental pour retrouver le bureau, ça ne veut pas dire arrêter de s’occuper des enfants pour reprendre son poste. Ça veut plutôt dire qu’on gère désormais deux jobs à temps plein en même temps, jour après jour, jusqu’à ce que les enfants quittent la maison ou qu’on meure d’épuisement, dépendamment de ce qui arrivera en premier.
Ces enfants qui pulvérisent notre rapport au temps
Le plus fascinant avec les enfants, c’est comment ils modifient notre rapport au temps.
Chaque minute semble durer une heure, puis on cligne des yeux et notre dernier-né commence la maternelle (alors qu’on jurerait qu’il est né il y a trois semaines).
On arrive plus tard que tout le monde au bureau et on se garroche à la garderie dès que notre quart de travail se termine, puis on se rend compte, en couchant nos enfants, qu’au total, on n’a même pas passé deux heures avec eux.
On a le temps de profiter de rien, mais on sait que c’est maintenant ou jamais, car ce ne sera pas long avant que nos enfants ne veuillent plus rien savoir de nous.
Bref, soit l’accouchement est un vortex temporel qui nous propulse dans un espace-temps tordu, soit le traditionnel 9 à 5 a été conçu par quelqu’un qui n’avait pas d’enfants.
Notre tolérance à l’asservissement a diminué
2020 a sonné le glas de la hustle culture, et la possibilité d’aller au Costco un mardi matin est peu à peu devenue plus sexy qu’un salaire à six chiffres. Parfois, ça ne vaut juste plus la peine d’essayer de suivre le rythme.
Près de la moitié des mères qui travaillent à temps partiel ont déclaré le faire dans le but de prendre soin de leurs enfants, par rapport à 15,8 % des pères. Cela dit, les mères ne cherchent pas à travailler moins seulement parce qu’elles s’ennuient de leurs bébés. Elles cherchent à rattraper les heures que le travail domestique, la charge mentale et les tâches administratives leur ont tranquillement volées. Après tout, depuis le début, le modèle du travail à temps plein reposait sur le principe qu’une personne restait à la maison pour gérer tout le reste.
Bref, un tel déséquilibre fait qu’un paquet de femmes ambitieuses qui mettent volontairement un frein à leur carrière, prennent du retard sur leurs objectifs et économisent moins en vue de leur retraite. Ça, c’est quand elles ont les moyens financiers de le faire. Certaines ne peuvent simplement pas se permettre de couper leurs heures pour en passer plus à la maison.
Les mères, on est fatiguées. On aurait le goût d’avoir le temps de jouer au parc sans stresser parce que les lunchs ne sont pas faits. Quand on limite notre horaire à trois, quatre jours par semaine, on aa tout juste le temps de profiter de la vie avant de mourir. On recommencera à travailler comme des bœufs quand les enfants seront grands. Je revendique le droit de faire ce choix sans avoir l’impression d’être une mauvaise féministe.
D’ailleurs, je rêve au jour où je pourrai me pencher sur la tendance des nouveaux pères à couper dans leurs heures de travail pour passer plus de temps avec leur famille.
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