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Un stage, ça peut être un été à remplir des tonnes de formulaires, à faire du café ou toutes les tâches plates dont nos collègues veulent se débarrasser. Mais c’est aussi souvent un premier pas important vers notre future carrière.
Pourtant, pour plusieurs étudiants, dégoter un stage, c’est presque devenu l’équivalent de gagner à la loterie.
76 : c’est le nombre de cv qu’a envoyés Marianne au cours de la session d’hiver dans l’espoir de se trouver un stage cet été. « J’ai envoyé ma candidature pour 36 postes pour lesquels j’avais les qualifications, qu’il s’agisse de stages, de contrats temporaires ou d’emplois de niveau universitaire », explique l’étudiante en fin de baccalauréat. « J’ai aussi envoyé une quarantaine de candidatures spontanées en demandant un stage, qu’il soit rémunéré ou non. »
Compléter un stage de quinze semaines fait partie des exigences à sa diplomation. Comme elle étudie à la fois les affaires publiques et l’urbanisme, elle aurait dû avoir l’embarras du choix.
« Ça fait pratiquement un an que j’ai entamé mes démarches, parce que je voulais m’y prendre d’avance », relate Marianne.
Une entreprise était prête à la prendre, mais à raison de 25 heures par semaine bénévolement. « C’est quand même une expérience dans mon domaine, mais comme ce n’est pas rémunéré, c’est un brin compliqué », commente celle qui compte finalement travailler cet été plutôt que de réaliser son stage. Elle gardera toutefois l’œil ouvert pour de potentielles opportunités.
Pierre a lui aussi dû se résigner : il occupera un emploi d’été à défaut d’avoir trouvé un stage en communications, et ce, même s’il a débuté ses recherches en février.
« Ç’a vraiment pas été évident », note-t-il. « J’ai envoyé beaucoup de courriels. Presque tout se passe sur LinkedIn, maintenant. »
Il sait que les offres les plus intéressantes font l’objet de dizaines, pour ne pas dire de centaines de candidatures. « Même si ce n’est rien à côté de la course aux stages des étudiants en droit, ça reste une jungle, et ce n’est pas motivant », déplore le jeune homme. « Surtout quand on est à l’entrée du monde professionnel. »
L’étudiant est passé bien près d’obtenir un stage « parfait pour lui », mais le tout ne s’est finalement pas concrétisé.
Bon nombre de ses amis sont dans la même situation. « Les quelques personnes que je connais qui ont réussi à se placer l’ont fait dans de très grandes compagnies, ou bien ils avaient un contact à l’interne », explique-t-il.
Étudiante en génie forestier et opérations forestières à l’Université Laval, Cynthia a fini par trouver son dernier stage, non sans peine et misère. Comme son baccalauréat coopératif adopte une formule d’alternance entre le travail et les études, elle doit effectuer trois stages pour obtenir son diplôme. Une tâche qui s’est complexifiée avec le temps.
« Mon premier stage, en 2024, je l’ai eu par hasard. Je n’avais même pas envoyé de CV », raconte Cynthia.
L’année suivante, elle a passé « quelques entrevues, mais une fraction à peine sur le nombre de CV envoyés ». « Il y a une entreprise qui m’a fait déplacer pour finalement me dire sur place qu’ils n’avaient pas de travail pour moi cet hiver, alors que j’avais fait plusieurs heures de route pour me rendre », rage Cynthia.
Une vingtaine de CV plus tard, Cynthia est finalement sortie du bois… pour mieux y retourner, cette fois dans le cadre de son dernier stage. Elle admet avoir eu plus de chance que certains de ses camarades de classe, qui sont encore à l’étape de la recherche.
Envoyer son CV, le peaufiner, retravailler sa lettre de motivation, encore et encore : c’est profondément déprimant, voire angoissant, confirment les étudiants.
Ce qui les titille le plus, c’est l’absence de réponse ou même d’accusé de réception.
« C’est pas l’affaire la plus réjouissante d’envoyer ton CV et d’attendre sans avoir de nouvelles. La plupart des compagnies ne contactent que les personnes qui sont retenues pour l’entrevue, alors ça vient avec une bonne dose d’incertitude », affirme Pierre.
« Trouver mon dernier stage a été un gros stress pour moi. Ça a joué beaucoup sur mon anxiété », ajoute Cynthia. « J’en suis venue à me demander si mes compétences étaient en jeu, si j’allais avoir de l’attractivité comme employée. Ça a mis en doute ma capacité à me trouver une job. »
Aussi bien Marianne que Cynthia se sont fait dire par certains employeurs qu’aucun stage ne serait offert cette année en raison de compressions.
Les perturbations du monde du travail influencent le nombre de stages mis à la disposition des étudiants. En effet, si une entreprise manque de main-d’œuvre, elle n’aura pas nécessairement de ressources à allouer à un stagiaire en formation.
Déjà, en 2024, l’École de Technologie Supérieure (ÉTS) de Montréal observait un ralentissement du marché du travail, ce qui avait contribué à diminuer l’offre de stages.
À l’Université de Sherbrooke, la direction du Service des stages et du développement professionnel (SSDP) confirme dans un courriel avoir observé « une baisse des offres dans certains domaines, liée à la conjoncture économique et à un monde en transformation ».
« On remarque que le marché du travail est plus fermé aux jeunes de 35 ans et moins », relève Annie Boilard, fondatrice et présidente de Réseau Annie RH. « C’est un constat valable aussi bien pour l’emploi que pour les stages universitaires. Ça prend des ventes et de la profitabilité pour payer le stagiaire, mais aussi des projets pour l’occuper et du personnel pour l’encadrer. »
La donne a donc bien changé depuis l’année 2022-2023, où la pénurie de main-d’œuvre avait atteint son apogée, renchérit la spécialiste.
Un constat que dresse aussi Maxym Paquin, enseignant en soutien informatique au Centre de formation professionnelle des Riverains, à Repentigny. « Durant la pandémie, au niveau de l’informatique, il y a eu une explosion de la demande, tellement que les entreprises embauchaient aussi des gens qui n’avaient pas de formation », témoigne-t-il. « Les étudiants n’avaient même pas besoin de compléter leur formation pour obtenir un stage rémunéré. »
« Notre économie est stagnante : il y a donc moins de création de postes, et ça, c’est en plus du fait que l’intelligence artificielle remplace beaucoup de postes [de premier échelon] », indique Mme Boilard, s’appuyant sur des données de Statistique Canada.
André Raymond, directeur du Service du développement professionnel de l’Université Laval, confirme que les étudiants qui zieutent les affichages ont moins l’embarras du choix. « Nous sommes plusieurs universités à dresser le même constat : les offres de stages sont en baisse de 30 % », note-t-il.
Néanmoins, l’université est en voie d’atteindre un nouveau record de stages réalisés cette année. M. Raymond croit que bon nombre de stagiaires se placent avant même que les postes ne soient affichés.
« La différence, c’est qu’on a un plus grand nombre d’étudiants qui se trouvent un stage par eux-mêmes, qui vont approcher les entreprises et s’attaquer au marché caché », détaille-t-il. « Trouver un stage en se fiant uniquement aux affichages est plus difficile, mais pas impossible. »
Pour son troisième stage, qui devait s’effectuer en automne ou en hiver, la quête a été encore plus difficile. « Habituellement, il y a plus de stages offerts que de stagiaires disponibles, mais cette année, on dirait que c’est l’inverse. Il n’y avait presque pas d’offres sur le site du développement professionnel de ma faculté. La seule est apparue vraiment tard et ressemblait trop à mes expériences précédentes. Je voulais un stage différent pour accroître mes savoirs. »
Aujourd’hui, la situation a changé. « On est en train de vivre une régulation du marché », explique l’enseignant. « On revient à la situation d’avant la pandémie, où les stages ne sont plus rémunérés et où il faut travailler plus fort pour en trouver un. Au niveau de l’employabilité, c’est plus difficile aussi. Pendant la pandémie, les étudiants sortaient d’un stage avec un emploi ou une ouverture. Selon les cohortes, ça tourne maintenant autour de 50 %. »