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En novembre 2024, sur un coup de tête, j’ai publié une vidéo TikTok qui mentionnait une pétition pour rendre la contraception gratuite au Québec. Au moment d’en parler, elle comptait environ 1 500 signatures. Quelques semaines plus tard, elle avait atteint près de 100 000 signatures, devenant la pétition la plus populaire déposée à l’Assemblée nationale du Québec cette année-là.
Depuis la parution de cette vidéo, chaque plaquette de pilules contraceptives achetée à la pharmacie me rappelle que ce n’est pas encore réglé. Malgré l’enthousiasme généré par la pétition, l’accès gratuit à la contraception ne s’est toujours pas matérialisé au Québec.
L’une des questions qui revenaient le plus souvent, dans les entrevues que j’ai données au sujet de la gratuité de la contraception, était « combien ça va coûter aux contribuables ? » (lire entre les lignes « pourquoi je paierais pour ton stérilet avec mes taxes ? »).
Un nouveau rapport de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publié aujourd’hui donne enfin la réponse. La chercheuse Eve-Lyne Couturier a calculé le coût annuel de la contraception gratuite pour l’État québécois, en tenant compte des économies générées par la réduction du nombre de grossesses non planifiées.
L’implantation de la contraception gratuite à l’échelle du Québec coûterait environ 22 millions de dollars par an, selon l’étude de l’IRIS.
Il s’agit d’une moyenne sur cinq ans, puisque la chercheuse évalue que le coût net de la contraception gratuite sera plus élevé la première année (44,7 millions de dollars), avant de diminuer graduellement dans les années suivantes (10,6 millions de dollars à l’année 5).
Comment est-ce possible ? Une fois la barrière financière levée, les femmes seront plus nombreuses à adopter des contraceptifs réversibles à longue durée, comme le stérilet hormonal, qui coûte actuellement environ 300 à 400 $ s’il n’est pas couvert par les assurances.
Comme leur nom l’indique, les méthodes de longues durées durent… longtemps ! Alors, le coût de la contraception gratuite diminue au fil du temps. En Colombie-Britannique, les contraceptifs réversibles à longue durée ont vu leur popularité augmenter de près de 50 % après avoir instauré la gratuité, rapporte l’étude de l’IRIS.
« Mettre en place la gratuité contraceptive permettrait de donner pleinement aux femmes la liberté de choisir le type de contraception qui répond le mieux à leurs besoins, peu importe le coût », explique Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS et autrice de l’étude.
Les contraceptifs réversibles à longue durée sont aussi parmi les plus fiables : le stérilet hormonal a une efficacité de 99,8 % à l’installation. Quand ces méthodes deviennent abordables, les grossesses non planifiées sont donc moins nombreuses.
C’est une autre raison pourquoi, dès l’année 2, le coût net de la contraception gratuite diminue.
Selon Eve-Lyne Couturier, la contraception gratuite aurait pour effet d’éviter environ le quart des grossesses non planifiées au Québec (environ 10 000), ce qui réduit les coûts de la contraception gratuite d’environ 24,7 millions de dollars par année pour l’État québécois.
Aux personnes qui ne voudraient pas payer pour ça (« ça » étant ce qui se passe dans la chambre à coucher, ce que les femmes font avec leur corps, etc.), j’ai envie de dire : « Vous payez déjà pour ça. » L’accès gratuit à la contraception permettrait au gouvernement du Québec d’économiser gros, aussi paradoxal que ça puisse paraître à première vue.
Québec pourrait aussi bénéficier de l’aide du gouvernement fédéral pour financer l’accès gratuit à la contraception.
C’est déjà le cas de la Colombie-Britannique, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Manitoba et du Yukon, qui ont signé une entente avec le gouvernement de Justin Trudeau pour profiter d’un programme d’assurance médicaments qui couvre les contraceptifs.
Le hic : Mark Carney ne semble pas aussi pressé de rendre la contraception accessible d’un océan à l’autre. Son gouvernement n’a signé aucune nouvelle entente depuis son arrivée au pouvoir.
Selon la chercheuse de l’IRIS, il est nécessaire d’ajouter les condoms dans l’offre de gratuité. C’est la seule méthode de contraception qui protège contre les ITSS et qui ne concerne pas uniquement les femmes. Ça envoie le signal que la contraception devrait être une responsabilité partagée.
« Accordez-vous donc, c’est si beau l’accordéon ! », disait ma grand-mère Marcelle. Elle n’avait pas tort, parce que j’ai vraiment l’impression qu’on a raté le bateau de la gratuité en ne signant pas d’entente avec le gouvernement de Justin Trudeau.
Le Québec pourrait rendre la contraception gratuite sans l’aide du fédéral, mais il faudra attendre les élections générales québécoises d’octobre prochain pour savoir si c’est dans les cartons.
Malgré tout, je garde espoir que la pilule contraceptive que j’avale avant de me coucher sera gratuite un jour. C’est le souhait que je formule chaque fois que je perce la pellicule d’aluminium pour en extraire le comprimé hormonal que mon chum, lui, n’a pas à prendre.