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Chaque fois que je dois expliquer ma famille à une nouvelle personne, ça va un peu comme suit : « Ouin, on est une famille atypique. Deux enfants, deux mamans et un papa » (puis, je ris question de dissiper le malaise). Que ça soit la nouvelle éducatrice ou le parent du voisin de balançoire de mon gars, on prend souvent pour acquis qu’on est un trouple ou un couple de lesbiennes qui aurait permis au papa biologique de nos enfants de demeurer dans le portrait. Parfois, la discussion s’oriente aussi vers le jugement de la Cour supérieure du Québec à propos des familles triparentales, contre lequel le gouvernement a décidé de faire appel.
Le fait est que nous, on est trois meilleurs amis. Moi, je suis célibataire, et mes deux amis forment un couple. Même si j’ai toujours peur de la réaction des gens, j’adore ma famille et j’adore en parler. Aujourd’hui, on est tributaires d’une bataille juridique et je dois sans cesse répondre à des commentaires tels que : « Trois parents? Et pourquoi pas 5, 8 ou 15? », ou le classique « C’est tellement cruel envers vos enfants. Comment ils vont savoir à qui s’attacher? »
Pourtant, au moment de fonder ma famille, je ne me suis jamais posé de questions sur le nombre de parents qu’on serait.
Mon unique désir était celui de fonder une famille solidaire, bienveillante et inébranlable. Le jour où j’ai réalisé que ma vie amoureuse et le monde du dating n’avaient pas besoin de s’incruster là-dedans, tout est devenu très clair : je ferais ma famille dans un cadre de coparentalité platonique, c’est-à-dire, avec des amis.
On se connaît depuis presque 15 ans. C’était donc très naturel que mes deux meilleurs amis soient les premiers à qui j’ai annoncé mon idée de me créer une famille en dehors du couple traditionnel. Ils étaient à mes côtés quand je brainstormais, quand j’écrivais à de vieilles connaissances, quand je me suis créé un compte sur un site de rencontre pour coparents, quand j’ai organisé des Meetup pour « Coparentalité Québec », et quand je divagais à propos de ma famille rêvée.
Je n’ai jamais imaginé leur offrir, à eux, de faire famille avec moi. Ils étaient un couple hétéro, j’avais pas rapport. C’est plutôt eux qui m’en ont fait la proposition. On n’était pas naïfs au point de croire que ce serait simple, mais on se connait tellement bien et depuis tellement longtemps, on partage tellement de valeurs… Qui serait mieux outillé que nous pour réaliser un projet aussi fou?
Bref, j’ai accouché de notre premier bébé et ma coparente est sur le point de donner naissance à notre deuxième.
Comprenez-moi bien, je ne suis pas opposée au modèle familial traditionnel (pour les autres!). Par contre, je ne suis pas sûre de comprendre pourquoi c’est la norme. Quand je m’imagine tomber amoureuse, c’est avec une personne spontanée, drôle, sexy, avec qui aller au resto ou en week-end aux chutes du Niagara. Est-ce que ce sont les mêmes qualités que je recherche chez un coparent? Pas vraiment, non.
Fonder une famille « traditionnelle » (une maman, un papa, une maison, des enfants) et résister à l’épreuve du temps, cz’est carrément admirable.
Mais ce n’est crissement pas une simple affaire. Je pense à tous les défis que représente le fait d’élever des enfants ; tous les petits stress et les efforts que ça prend pour leur offrir ce qu’on a de meilleur. Les sacrifices. La charge mentale. C’est rough sur la flamme de la passion.
Je connais beaucoup de monde qui ont fait des enfants parce qu’ils étaient en couple depuis plusieurs années, parce qu’ils mettaient les pieds dans la trentaine, et parce que c’était la suite logique au programme de la vie. Quand je pense à l’intentionnalité et la planification nécessaires pour fonder une famille atypique, je ne comprends pas pourquoi c’est le modèle atypique qui fait automatiquement sourciller les gens.
Chaque jour, je capote encore un peu d’avoir une famille aussi extraordinaire. Je ne crois pas que nos enfants pourraient être plus entourés d’amour que ça. N’hésitez pas à m’adresser vos critiques en commentaire. Je les ai déjà toutes entendues et ça me fera plaisir d’y répondre.
On partage un duplex avec un escalier intérieur, pour avoir chacun notre bulle, tout en étant capables de passer d’un logement à l’autre sans avoir à sortir. La plupart du temps, je m’occupe de la routine du matin, et mes coparents de la routine du soir. On fait des conseils de famille tous les dimanches pour discuter des horaires, prendre des décisions et parler de nos émotions. On possède un des luxes les plus précieux sur Terre : on est avec nos enfants tous les jours, mais on a aussi du temps pour nous. Et par-dessus tout : on peut compter les uns sur les autres, quoi qu’il arrive.
L’avantage, quand on fait famille entre amis, c’est qu’on met de côté une partie de l’émotivité propre à un couple traditionnel. À partir du moment où on a décidé d’être une famille, l’intérêt de la famille a pris le dessus sur nos intérêts personnels. Évidemment, il peut arriver qu’on se tape sur les nerfs à force de se voir tous les jours. Dans ce temps-là, on prend le temps de se ressourcer chacun de notre bord. Au final, on veut que tout le monde se sente bien, car c’est dans l’intérêt de la famille.