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Pourquoi devrait-on végétaliser les cours de récréation?
Point de vue d’un adulte qui a connu les premiers impacts du réchauffement climatique à la récré

URBANIA, les Canadiens de Montréal et la Banque Nationale s’unissent pour vous encourager à participer à leur concours « Rafraîchis ta cour! », qui permet à une école située dans un rayon de 120 km autour de Montréal d’ajouter un peu de verdure à sa cour.
Au fil de ma scolarité, j’ai eu la chance de connaître plusieurs cours d’école. Et durant mes 14 années de réveil-cartable-cafétéria-dodo, les cours d’école se sont réchauffées. Beaucoup. Je l’ai senti petit à petit.
Au primaire, sauf rares cas de canicule extrême, la cour était agréable quasiment à longueur d’année. Comme la majorité des cours de récréation de Montréal, la plupart n’avaient pas ou à peu près pas de verdure. Il faut dire que ça avait un côté pratique : on ne rentrait pas de terre dans les couloirs lorsqu’on revenait de la période de récréation.
Mais avec le temps, les enseignants se sont retrouvés face à un problème bien plus grave que des traces occasionnelles de boue sur le grand tapis coloré de l’entrée : l’absence de zones extérieures rafraîchissantes.
Je me souviens encore de la quête d’ombre sous les marches, où tous les élèves s’entassaient comme s’ils cherchaient à se protéger de la pluie. Et de l’envie de rentrer quelques secondes à peine après être sorti de la salle de classe climatisée.
Pendant sa scolarité, un enfant passe au moins 3 000 heures dans les cours de récréation. Personnellement, les cours que j’ai le plus appréciées étaient celles qui étaient couvertes de verdure.
En plus du fait qu’elles aident à lutter contre les vagues de chaleur, voici quatre arguments en faveur des cours d’école vertes.
Avoir les pieds sur terre – ou pas
Déjà, végétaliser une cour de récréation au moins un peu, c’est créer un immense terrain de jeu, de possibilités et d’abris. Pas besoin de dizaines de structures complexes en forme de bateau ou de vaisseau spatial : lorsque l’on a de la verdure, des buissons, des haies, on peut s’y cacher, y monter et s’y adosser.
C’est encore mieux si la cour compte un arbre solide avec des branches basses : on peut y grimper pour échapper à un ami pendant une partie de cachette, s’y percher pour être intouchable au jeu du chat perché, ou pour lire dans un coin reculé, au-dessus de la mêlée, ou pour se laisser pendre la tête à l’envers pour impressionner ses ami.e.s. Lorsqu’on est enfant, les arbres représentent des possibilités de jeu infinies.
Avoir le nez sur l’herbe, c’est aussi laisser place à sa curiosité. Dans l’une des cours d’une école que j’ai fréquentée, on a passé des récréations entières, entre ami.e.s, à observer les escargots et les fourmis – ok, pas qu’à les regarder, ça pouvait parfois être violent – et même à dormir, tout simplement.
Éviter les bobos
Oui, grimper à un arbre, ça comporte des risques… Mais de toute façon, un enfant trouvera toujours le moyen de grimper quelque part, que ce soit à une clôture ou à un poteau de filet de basket ou de soccer. La chute est alors inévitable et, dans ce cas, il vaut mieux tomber sur de l’herbe que sur du béton.
Laisser moins de place au soleil et au béton, ce n’est pas un rêve d’enfant, rappelle Simon Côté, directeur général de la coopérative de solidarité Arbre-Évolution, dont l’initiative Le Semoir supervisera les travaux pour la cour d’école victorieuse. « On a souvent l’impression que c’est difficile. En réalité, tant qu’il n’y a pas de tuyauterie là-dessous, ce n’est pas si compliqué d’enlever un revêtement de goudron. Il y a même des collectifs de citoyens qui le font eux-mêmes, comme pour planter des arbres », explique Simon.
Et lorsque ce n’est pas possible d’avoir une vaste étendue d’herbe, c’est selon lui toujours mieux d’avoir de la terre battue que du goudron, et des endroits où se mettre à l’ombre.
Par ailleurs, je me souviens encore d’avoir joué au soccer et au ballon-chasseur sur un terrain vague de terre battue pendant mes récréations. C’était sur un vrai terrain, sans béton ni revêtement synthétique. On en revenait couverts de poussière, mais rarement d’autres bobos ou écorchures.
Garder la tête froide
Un rapport du Collectif Vital publié en 2017 affirmait qu’une école de Montréal sur cinq n’avait pas de fontaine d’eau fonctionnelle à l’endroit où les jeunes s’alimentent. Or non seulement est-il important de permettre aux enfants de bien s’hydrater lors d’une vague de chaleur, l’effet physique du manque d’eau sur les élèves peut être décuplé si la cour n’est pas végétalisée.
Il suffit de jeter un œil à la carte des îlots de chaleur de Montréal pour se rendre compte que dès qu’une zone est le moindrement végétalisée, elle quitte le rouge vif pour passer au orange ou, encore mieux, au vert.
Avoir des arbres pour se mettre à l’ombre, c’est vital pour garder la tête froide, éviter les coups de chaleur et rendre la vie à l’école plus facile quand les jours de canicule se rapprochent. Si, en plus, en tant que parent, on pense à donner une gourde d’eau à son enfant et qu’on l’interroge sur la présence de fontaines dans l’école, cela peut éviter des situations dangereuses et permettre de faire changer les choses.
Rester concentré
En plus de permettre de garder la tête et le corps au froid, une cour végétalisée profite aussi à l’esprit.
À l’époque où j’ai entrepris mes études universitaires, les salles de classe ont commencé à vraiment surchauffer. Elles n’étaient pas climatisées, ce qui est une bonne chose pour la planète étant donné la consommation énergétique d’un climatiseur, mais on y crevait de chaud. D’où l’intérêt de donner les cours dehors.
Or la seule fois où j’ai eu un cours en plein air, c’était en dernière année de secondaire, avec un prof de philosophie. On avait pourtant un amphithéâtre en béton, à l’ombre des arbres, mais aucun autre enseignant ne l’utilisait. Tous mes amis avaient adoré, moi le premier, et, contre toute attente, on écoutait bien plus que dans la salle de classe surchauffée.
L’initiative du Semoir a mis ce principe de classe extérieure au cœur de son réaménagement.
« Le but, c’est d’avoir une zone d’ombre à moyen terme, avec une salle de classe extérieure. Toute école devrait avoir ça. On a travaillé le mobilier pour le rendre durable et éviter le pourrissement, malgré l’hiver », résume Simon Côté.
Au programme : un tableau extérieur cadenassable, un espace ombragé, des bancs en pierre et en bois et des arbres. L’école qui remportera le concours verra ce package adapté à l’environnement particulier de sa cour de récréation. Un luxe qui ne devrait pas en être un, et que mon moi du passé aurait adoré pour s’entraîner à grimper partout!
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Pour connaître les modalités du concours et y participer pour tenter de gagner la végétalisation de la cour de récréation d’un.e de vos proches, direction le site des Canadiens!