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Pourquoi certains parents ne font jamais garder leurs enfants

Pourquoi certains parents ne font jamais garder leurs enfants

Ce ne sont pas tous les parents qui ont besoin d’un break.

8 septembre 2026
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Faire garder les enfants pour souffler un peu, pour prendre soin de son couple ou simplement pour prendre un bain moussant : pour bien des parents, c’est essentiel. Pour d’autres? Pas pantoute. Et c’est bien correct.

En presque onze ans, Julie n’a fait garder son fils unique qu’une seule fois. Ce n’est pas faute de moyens : elle et son conjoint gagnent bien leur vie. Plutôt, c’est qu’ils n’ont jamais ressenti le besoin de confier leur fils à quelqu’un d’autre pour s’offrir un congé.

« Quand j’étais enceinte, c’était clair avec mon chum qu’on prendrait une soirée en amoureux chaque mois », se souvient Julie. « On avait ce projet-là de ne pas se perdre comme couple. »

Cette fameuse sortie en amoureux a eu lieu… une fois. « On était allés au resto, et j’ai eu l’odieux d’appeler ou de texter la gardienne », relate la maman. « Je me suis sentie super mal de l’avoir fait, alors on est rentrés. »

Julie et son conjoint ne se sont pas réveillés un matin en décidant que plus jamais, ils ne feraient garder leur enfant. C’est simplement arrivé, et pour plusieurs raisons.

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D’abord, leurs parents respectifs habitent trop loin. Ensuite, ils n’ont jamais rencontré quelqu’un en qui ils ont eu suffisamment confiance pour lui confier leur rejeton.

« C’était un défi pour moi d’avoir cette confiance absolue [envers quelqu’un] », reconnaît Julie. « J’ai espéré que je finirais par trouver la bonne personne, mais c’est comme si la vie ne m’avait jamais présenté quelqu’un qui aurait pu jouer ce rôle-là. »

Faire confiance, mais à qui?

Cette capacité à faire confiance à autrui est un frein pour plusieurs autres parents. Charlène, par exemple, préfère de loin demeurer chez elle avec ses enfants plutôt que de les faire garder.

« Quand ils étaient petits, j’avais peur que les gens ne s’en occupent pas convenablement », confie-t-elle, ajoutant que l’autisme de son fils complexifie la tâche. « J’ai réussi à avoir assez confiance pour les envoyer au CPE, mais une gardienne le soir ou un milieu familial? C’est non. »

Au besoin, Charlène fait appel à sa mère, qui les « prend une nuit, environ deux ou trois fois par année ». « Mais ils reviennent souvent exténués et marabout. ».

Audrey reconnaît aussi avoir du mal à faire confiance lorsqu’il est question de faire garder ses enfants. Ceux-ci « se sont fait garder deux fois dans leur vie, et seulement pour une heure », explique la maman de deux, bientôt trois. « Avec toutes les histoires d’horreur qu’on entend, c’est difficile de faire confiance, surtout que j’ai moi-même vécu de gros traumas dans mon enfance », explique-t-elle.

« Je fais tout pour que mes enfants aient l’enfance la plus douce, la plus heureuse et la plus sécurisante. »

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Audrey ajoute également qu’elle vivrait mal avec l’idée que quelqu’un d’autre passe plus de temps avec ses enfants qu’elle, ou que quelqu’un d’autre contribue de manière significative à leur éducation. À la naissance de son premier enfant, elle a d’ailleurs changé d’emploi pour travailler de la maison.

Au sujet de son aîné qui a commencé l’école cette année, Audrey affirme : « Il avait hâte, mais moi, je redoutais beaucoup le vide que ça laisserait dans mon quotidien. »

Il faut éviter de laisser notre anxiété prendre le dessus, croit toutefois Anne-Marie Bellemare, travailleuse sociale.

Il est possible d’y aller petit à petit, c’est-à-dire en laissant quelqu’un surveiller notre enfant pendant qu’on est à la maison. « Un peu à la manière des services de répit où on est chez nous, mais qu’on prend du temps pour soi, illustre-t-elle. C’est une bonne façon de développer un lien de confiance, tout en s’assurant que l’enfant est bien dans la situation. »

Et la vie de couple?

Julie jure bénéficier de moments de qualité en couple sans avoir à quitter la maison. « Comme vieux couple, on prend soin de nous tous les jours. Ça ne dépend pas de la présence ou de l’absence de notre fils », explique-t-elle. « Quand il va passer l’après-midi chez un ami, ou quand il se couche, c’est là qu’on profite de nos moments à deux. »

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Ne pas faire garder leur fils fait en sorte de limiter les sorties que se permettent Julie et son conjoint. Alors, ceux-ci organisent plutôt des soirées avec d’autres couples de parents.

A-t-elle parfois l’impression de manquer des opportunités? « Peut-être », réfléchit tout haut Julie. « Mais on a trouvé une façon de socialiser qui nous convient. On existe, et notre enfant n’est pas un fardeau. »

Julie reconnaît toutefois que certains lui ont déjà « fait sentir » que son choix complexifiait l’organisation d’activités. « On ne me l’a jamais reproché clairement, mais on m’a déjà fait sentir que c’était plus compliqué me faire sortir de chez moi parce que ça demande de la préparation. »

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Avec le temps, ses fréquentations ont changé. Idem pour Audrey, qui s’entoure d’amis qui ont des enfants et qui socialise avec d’autres parents lors d’activités de loisirs de ses petits.

Son conjoint étant militaire, les moments passés en sa présence sont avant tout des moments passés en famille.

Des questions à se poser

Il se peut que certains parents ne ressentent pas le besoin de faire garder leurs enfants, reconnaît Anne-Marie Bellemare, sans juger ceux dont c’est le cas. « Mais il importe de se demander quelle est la vraie raison derrière. Est-ce que c’est vraiment parce que ça ne m’intéresse pas, ou bien parce que c’est trop compliqué ou parce que j’ai peur de me sentir coupable? »

La travailleuse sociale rappelle toutefois qu’il est bon de prendre du temps pour soi et que de le faire envoie un message sain à l’enfant. « Il comprend qu’on existe en-dehors de notre rôle de parent et que c’est positif de se prioriser », illustre-t-elle en entrevue.

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Elle propose aussi d’avoir une discussion avec l’enfant, lorsqu’il est assez grand pour comprendre. « Peut-être que lui, il aimerait ça, se faire garder de temps en temps pour changer sa routine et vivre quelque chose de différent », suggère Mme Bellemare.

« Sans qu’on le veuille, ne jamais le faire garder peut envoyer le message qu’on n’a pas besoin de compter sur les autres ou de socialiser en-dehors de la famille, alors que c’est important », ajoute-t-elle.

Des moments précieux

Si c’était à refaire, Julie ne ferait pas garder davantage son fils. En vieillissant, celui-ci voudra passer davantage de temps avec ses amis. Julie considère que c’est ainsi qu’il deviendra plus autonome et indépendant. Pour l’instant, elle chérit les moments passés avec lui durant son enfance.

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C’était d’ailleurs jour de rentrée en cinquième année pour son garçon, récemment. « C’est fini, le temps où il me prenait par la main pour aller à l’école », évoque-t-elle avec nostalgie. Le jour de la rentrée, j’ai dû insister pour avoir un câlin. »

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