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Pourquoi avons-nous toujours l’impression de ne rien avoir à porter pour faire du sport?
Les vêtements de sport sont devenus à la fois un outil, un signe d’appartenance et une source de pression.
On a souvent plus de vêtements de sport qu’on ne veut bien l’admettre. Des shorts pour les journées chaudes, des leggings pour le froid qui pince l’hiver, des chandails techniques, des vestes et des ceintures de course, des bas de compression, une paire de chaussures qu’on garde « au cas où »…
Pourtant, devant une garde-robe pleine à craquer, on se surprend à se dire : « Je n’ai rien à mettre ».
Ce n’est pas toujours que nous n’avons rien à nous mettre. C’est parfois que nous ne savons plus ce qu’il faut porter pour nous sentir à notre place. D’autres fois, c’est la promesse de la nouveauté qui nous attire : une nouvelle couleur, un nouvel accessoire aperçu sur Instagram, etc. Il nous arrive aussi de vouloir ressembler aux personnes qu’on admire.
Je ne m’exclus pas de ce phénomène. En tant que créatrice de contenu dans le monde sportif, je découvre moi aussi de nouvelles collections et je reçois parfois des vêtements de marques. J’aime la créativité, la technicité et le plaisir de porter une tenue dans laquelle je me sens bien. Mais cette proximité me force à maintenir l’équilibre entre faire découvrir des nouveautés à mes abonnés sans leur créer un besoin.
La machine à tendances
Les tendances ont toutes ceci en commun qu’elles doivent nous faire croire en leur nécessité pour gagner en popularité. Aujourd’hui, on a besoin d’une paire de shorts. Demain, ce sera autre chose. Dans quelques semaines, ce sera une nouvelle couleur ou modèle qu’on croise partout, avec un top qui fit. Ce n’est pas que notre tenue d’hier a cessé de faire son travail ; c’est notre perception de sa désirabilité qui change avec le temps.
Mais notre pratique existe avant le look. Les vêtements ne font pas de nous des athlètes : c’est la pratique qui nous façonne. Ça ne veut pas dire qu’un beau vêtement ou une tenue dans laquelle on se sent bien est inutile. Au contraire, elle peut nous donner l’élan ou la confiance nécessaires pour sortir, bouger et avoir du plaisir.
Pourquoi est-ce si difficile de se contenter de ce qu’on a ?
La comparaison avec les autres compte pour beaucoup, que ce soit lorsqu’on les croise dans la rue, sur les réseaux sociaux ou dans les publicités. Posséder certains vêtements semble aussi lié à notre identité. Comme si le fait de porter les bons vêtements pouvait nous faire sentir davantage comme une personne qui court, fait du vélo ou pratique un sport quelconque.
Il y a quelque chose de profondément humain derrière ça : le besoin d’appartenance. Lorsqu’une personne qu’on admire porte un certain modèle de shorts, acheter le même peut donner l’impression de s’en rapprocher un peu ou de faire partie, à notre façon, de la même communauté. Le vêtement devient alors plus qu’un objet : il devient une façon de matérialiser une identité que l’on souhaite avoir ou renforcer.
Le nouveau bib de vélo n’aidera pas nécessairement à « mieux » faire du vélo. Par contre, il peut crédibiliser notre pratique et nous donner l’impression d’incarner davantage l’identité d’un cycliste, à nos yeux comme dans ceux des autres.
Pourtant, je trouve qu’il y a quelque chose de beau dans un vêtement qui reste. Le vieux chandail dans lequel on a couru notre premier 10 kilomètres. La paire de shorts qui nous a accompagnés pendant des dizaines de sorties. Le top qui appartenait à un parent et qu’on a légèrement modifié pour qu’il nous aille mieux. Je me rends compte que les vêtements que je porte le plus sont souvent ceux qui me suivent depuis un petit bout ou avec lesquels j’ai vécu de belles choses.
Le vêtement de sport peut être utile, beau et nous aider à prendre confiance. Il ne doit cependant pas devenir le prix à payer pour sentir que sa pratique est légitime.
Après ces réflexions, peut-être que la satisfaction ne vient pas d’avoir le vêtement parfait, mais plutôt de laisser nos vêtements devenir les témoins de notre pratique.
Et si, avant de nous demander ce qu’il nous manque pour pratiquer notre sport, on se demandait ce qu’on possède déjà ?
Peut-être que la réponse se trouve justement là : accepter que « assez » ne soit pas un synonyme de « nouveau ».
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