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Pour en finir avec la culpabilité du travailleur autonome
Dans la vie, j’ai toujours romancé certaines affaires.
Ça a commencé avec la télévision. «Wow, si Hilary Duff réussit à trouver l’amour à 17 ans, moi aussi je peux rencontrer l’âme sœur un peu pompette à l’après-bal! Le rêve!» Mais mon plus récent romançage, ça a été de croire en la beauté d’être travailleuse autonome. «Wow, pouvoir faire mon propre horaire, éviter le small talk de bureau et pouvoir négocier mon propre salaire! Le rêve!»
Depuis que je suis travailleuse autonome, j’ai l’impression de vivre sous une pile de culpabilité
Erreur. Grosse, grandiose, risible erreur. J’aurais dû comprendre quand j’ai passé l’après-bal à remonter ma robe parce que mes seins ne la remplissaient pas encore tout à fait, que romancer allait un jour jouer contre moi.
Depuis que je suis travailleuse autonome, j’ai l’impression de vivre sous une pile de culpabilité plus grande que les montagnes de sel sur le bord de l’autoroute. Et à entendre mes collègues, je ne suis pas la seule. Voici comment j’ai pu apprendre à en laisser de côté, petit peu par petit peu.
Faire son horaire, pour le meilleur et pour le pire
À l’École de l’humour, on nous enseigne à planifier nos remises et respecter nos deadlines. Ce qu’ils ont oublié de nous mentionner, par contre, c’est la culpabilité qui vient avec le fait d’être responsable de son horaire.
Pour moi, les matins sont beaucoup moins productifs. Je ne suis pas inspirée ni allumée. Pourtant, je me suis longtemps imposé une routine rigoureuse afin d’être debout et devant mon ordinateur à 8h30. Seul hic, je passais parfois quatre heures à me tourner les pouces, en attendant un éclair de génie, à me sentir comme une belle marde de ne pas être capable de travailler. Cela dit, quand une étincelle de créativité m’assaillait à 2h du matin un mardi soir, ça, je trouvais ça normal. Un extra, pas du vrai travail.
je passais parfois quatre heures à me tourner les pouces, en attendant un éclair de génie.
Ça m’a pris un bon moment avant d’être indulgente envers moi-même et enfin me détacher de l’horaire traditionnel. Clairement, il ne fonctionne pas pour moi, alors pourquoi ne pas prendre avantage d’être travailleuse autonome et justement faire mon propre horaire selon ce qui me convient. À bas le 8 à 4, vive le 5 à 23!
It’s raining doutes et confusion financière
Quand on me parlait de négocier un salaire, je croyais que ça allait être easy breezy. Je me voyais, habillée d’un veston que j’aurais acheté ailleurs qu’au H&M, en pleine négociation sur la valeur de mon travail. En vérité, ça ressemble plutôt à moi qui appelle mes amis en panique pour leur demander si mes tarifs sont trop hauts, après qu’un PDG m’ait envoyé un courriel passif agressif pour me dire que «c’est pas mal cher pour des p’tites blagues».
J’ai longtemps accepté d’être payée moins cher parce que j’ai la chance d’aimer mon travail. C’est vrai, parfois je me trouve tellement choyée de faire ce que je fais que j’accepte des salaires presque inexistants. Et c’est correct d’avoir des projets de cœur, jusqu’à tant qu’il soit temps de payer mon bill chez Costco. J’ai appris que même si j’ai du plaisir à travailler, il n’en demeure pas moins que ça prend des efforts et du temps, so send me un gros chèque, s’il vous plaît.
Savoir dire bye bye
Quand je travaillais dans un bureau – cette période dark de ma vie où j’utilisais des post-it et où les brunchs d’équipe mensuels comblaient mon vide intérieur – à 17h, fini pas fini, je sacrais mon camp. Maintenant, à 17h, si je n’ai pas fini, ben je n’ai pas fini. C’est extrêmement difficile de fermer son laptop et se dire: «Mouin, j’vais aller me claquer un p’tit 7h de série télé moi», quand mon boss à moi, c’est ma conscience.
Maintenant, à 17h, si je n’ai pas fini, ben je n’ai pas fini.
Au départ, je faisais des concessions. T’sais, mettre l’Amour est dans le pré comme musique de fond, mais répondre à mes e-mails en même temps. La vérité, c’est que je ne veux pas manquer un mot des belles paroles de ces agriculteurs-là, et pour ça, je dois mettre de côté ma tendre moitié, mon MacBook.
En me relisant, j’ai l’impression que tout ça est évident. Mais en réalité, savoir comment mettre la culpabilité de côté et imposer nos limites à nos clients, nos employeurs et à nous-mêmes, c’est encore plus tough que de comprendre ce qui est déductible de nos impôts (c’est oui ou c’est non l’encre d’imprimante maudite marde?).
Au final, il y a quand même des petits bonheurs à être travailleur autonome. Après tout, qui d’autre peut se vanter d’avoir pris un jeudi off pour aller faire du ski et rattraper le tout en rush un dimanche soir?
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