Portraits de trans* (3)

Dans le cadre de la sortie du film Une nouvelle amie, on a demandé à nos amis de Portraits de Montréal de rencontrer des personnes transsexuelles et de nous parler de ce qu’ils et elles ont vécu et de ce qu’ils et elles vivent encore, au quotidien.

On vous présente cette semaine cinq d’entre elles, qui ont bien voulu nous raconter leur histoire.

Viet

“J’ai essayé de vivre le plus longtemps possible en essayant de faire ce que je pouvais avec ce que j’avais. Mais à 24 ans j’étais au bout du rouleau, j’étais tannée de vivre. J’ai été à l’hôpital et c’est là que j’ai commencé ma thérapie. À partir de là c’est allé mieux, quand j’ai commencé ma transition c’était un soulagement. Quand j’ai eu l’acceptation pour prendre les hormones, j’étais très très très heureuse, j’ai couru à la pharmacie pour avoir ma prescription. Et là, comme plusieurs transsexuelles, on croit que c’est une pilule magique, qui va changer ta vie. Mais ça prend un an. Je me souviens les premières apparitions de seins, moindrement qu’ils grossissaient, j’étais très très très heureuse. Et contrairement aux femmes biologiques, quand on voit de la cellulite apparaître, on est très heureuse. C’est un signe que ‘Oh oui, je suis une vraie femme !’”

“On me demande souvent ‘Depuis combien de temps es-tu une femme ?’ Moi je réponds ‘Toute ma vie.’ J’ai toujours été femme. Mais ma transition je l’ai faite il y a douze ans. La première année de transition c’est la pire année de ta vie, parce que c’est beaucoup de changements physiquement, psychologiquement et émotionnellement. Et c’est dur au niveau des regards des gens : ils ne savent pas ce que tu es. Mais ensuite c’est la renaissance, tu deviens papillon, c’est les plus belles années qui commencent. Tu renais à ce moment là.”

“Pendant toute ma jeunesse je savais que j’étais différente des autres, que je n’étais pas, entre guillemets, normale. Mais je ne savais pas que mon ‘diagnostic’ – si on peut dire ça – était la transsexualité. Mon identité sexuelle était vague, mais pas mon orientation sexuelle : je savais que j’étais attirée par les garçons. Alors à ce moment là je pensais que, ‘Étant donné que je suis un mec, alors je suis un homosexuel.’ Pendant la fin de l’adolescence et quand j’étais jeune adulte, je sortais dans les bars gays, mais il y avait un truc en moi qui me disait que je n’étais pas tout à fait à l’aise, pas tout à fait à ma place. Et j’étais toujours la plus efféminée du groupe. À 19-20 ans j’ai vu un documentaire sur la transsexualité, et à ce moment là tout s’est révélé. Je suis tombée à terre, toutes les réponses à mes questions étaient là, c’était une révélation. Finalement je pouvais être qui je suis : ‘Oui je suis une femme, et je peux le devenir.’ »

« Au primaire j’ai vécu beaucoup de bullying, parce que j’étais déjà très efféminée. Si on peut dire, j’étais la tapette, le PD de l’école. En quatrième ou cinquième année je regardais déjà les garçons les plus beaux, les plus populaires de l’école, et j’enviais les filles. Le fait qu’elles pouvaient être avec eux, et qu’elles pouvaient porter des robes, et des vêtements que moi j’aurai voulu porter. Au primaire déjà j’allais dans la garde-robe de ma mère en cachette, quand il n’y avait personne à la maison. Je me souviens que parfois je mettais juste un peu de rouge à lèvre, ma mère le savait et elle ne disait rien. Et parfois elle m’amenait pour acheter des habits chez Jacob Junior. Plusieurs années plus tard je me suis rendu compte qu’en fait Jacob Junior était juste pour filles. […]

Ça a bien été avec ma famille. Ça ne les a pas surpris parce que j’ai toujours été très féminine. Ma mère est une femme très forte, elle a traversée beaucoup de choses, dont la guerre du Vietnam, et je ne l’avais jamais vu pleurer. Quand je lui ai annoncé, cette nuit là je l’ai entendue pleurer dans sa chambre. Ça m’avait marqué, ça m’avait blessé, parce que tu as une culpabilité de faire subir ça à ta famille. Et le lendemain elle a fait comme si de rien était, et c’était correct. Et j’ai été très très heureuse le jour où elle m’a donnée quelques petits conseils de maquillage. Là pour moi c’était ‘Ok, elle a accepté.’ »

Lisez aussi l’histoire d’Étienne

et celle d’Elizabeth

Voyez la bande-annonce du film Une nouvelle amie :

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