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Petit guide pour revaloriser son vélo
Ma bécane a 10 ans cette année. J’ai décidé de lui offrir une deuxième vie.
Rien n’est comparable à l’effervescence du printemps à Montréal. Après plusieurs mois passés au garage, les vélos reprennent la route, les pistes cyclables se remplissent et les ateliers de mécanique deviennent soudainement parmi les endroits les plus fréquentés de la ville.
Comme bien des cyclistes, j’ai profité de ce moment de l’année pour faire ma mise au point annuelle, lorsque l’idée m’est venue : plutôt que de simplement entretenir mon vélo, pourquoi ne pas lui offrir une petite beauté?
Mon vélo a 10 ans cette année. C’est un MEC 2016 de type gravel/touring en acier. Il fait partie de mes bonnes trouvailles de seconde main en ligne! Je traverse les saisons avec lui depuis maintenant sept ans.
Je mentirais si je disais que l’idée d’en avoir un nouveau ne m’a jamais traversé l’esprit. L’industrie du vélo sait nous faire rêver. Pourtant, je ne me voyais pas me départir de celui qui m’accompagne dans mes déplacements quotidiens et mes voyages marquants depuis tant d’années. Bien sûr, sa peinture porte désormais les traces du temps, mais mécaniquement, il fonctionne encore très bien. Il avait juste besoin d’une bonne dose d’amour.
Au-delà de l’attachement sentimental, il y avait aussi une réflexion environnementale derrière ce projet. Je sais que fabriquer un vélo neuf demandera toujours plus de ressources que de prolonger la vie de celui qui existe déjà. Dans un monde où tout semble conçu pour être remplacé rapidement, réparer devient un geste de résistance. Une façon de prendre soin de ce qui nous accompagne déjà au quotidien plutôt que de toujours chercher quelque chose de nouveau.
Première étape : tout démonter
La première étape a été sans contredit la plus intimidante. Démonter un vélo qui fonctionne bien demande un certain lâcher-prise. Nous avons retiré les roues, les dérailleurs, le pédalier, le guidon, la potence, les porte-bouteilles et le porte-bagages arrière. La seule pièce qui a refusé de collaborer fut la tige de selle. Après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons finalement décidé de la laisser en place et de bien protéger la zone avant d’appliquer la peinture.
Cette étape m’a aussi rappelé à quel point il est facile de tenir pour acquis le fonctionnement d’un vélo lorsqu’il est déjà assemblé. Une fois qu’on le démonte complètement, on réalise tout le travail invisible qui permet à l’ensemble de rouler harmonieusement.
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Mon copain m’a énormément aidée durant cette étape. Plus expérimenté que moi en mécanique vélo, il a aussi joué un rôle important dans l’évolution de ma relation avec ce sport. J’ai grandi dans une culture cycliste très orientée vers la performance, où les watts, les cadres en carbone et les vêtements de lycra occupent une place importante. Je me souviens encore de notre première sortie ensemble : lui est arrivé en jeans sur un vélo vintage, alors que je portais mon cuissard de vélo sur un cadre beaucoup plus moderne. Avec le temps, il m’a fait découvrir une autre culture du vélo, moins axée sur la performance et davantage sur le plaisir de rouler et la durabilité. Cette vision m’a fait beaucoup de bien, parce qu’il est épuisant d’avoir constamment l’impression qu’il faut posséder du dernier cri pour apprécier pleinement son sport.
Deuxième étape : le sablage
Je vais être honnête : si une étape m’a fait remettre en question l’ensemble du projet, c’est bien celle-là. Les avis sont d’ailleurs partagés quant à sa pertinence. Certaines personnes recommandent un simple ponçage léger, tandis que d’autres suggèrent de retirer le plus de peinture possible avant de recommencer. Comme mon cadre présentait plusieurs égratignures et des couches de peinture de différentes couleurs, j’ai choisi d’y aller plus en profondeur.
Je faisais ce projet à temps perdu, avec peu d’espace adéquat et surtout sans la patience d’attendre les journées plus chaudes. J’ai d’abord tenté de faire le sablage à la main, un soir froid d’avril. Après quelques heures de travail sur mon balcon montréalais, lampe frontale sur la tête, masque et lunettes de protection, j’ai rapidement compris pourquoi plusieurs personnes abandonnent à cette étape.
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J’ai finalement emprunté une ponceuse pour accélérer le processus. Le résultat n’a pas été parfait, mais avec le recul, je réalise que la perfection n’était pas nécessaire. Pour ceux qui souhaitent entreprendre un projet similaire, je recommanderais surtout d’évaluer l’état réel du cadre avant de se lancer dans des heures de sablage. Honnêtement, dans bien des cas, je doute que ce soit nécessaire de le sabler jusqu’au métal comme j’ai fait.
Troisième étape : la peinture
Une fois le cadre bien sablé, le projet est soudainement devenu plus plaisant! Le moment était venu de le peindre. C’est probablement l’étape la plus excitante de la transformation. Pour la peinture, je suis allée chez Cycle C&L, sur la rue Rachel à Montréal. On m’y a conseillé Spray.Bike, une peinture conçue spécialement pour les cadres de vélo, pensée pour être plus simple à appliquer et plus accessible que les peintures automobiles ou industrielles. J’ai choisi une couleur plus douce que celle d’origine. Un jaune beurre.
Avant de sortir les canettes de peinture, j’ai pris le temps de nettoyer soigneusement le cadre à l’alcool isopropylique afin d’enlever toute trace de poussière et de résidus. Ensuite, j’ai suspendu le cadre sur la corde à linge de notre balcon, de manière à pouvoir atteindre chaque angle sans avoir à le toucher. J’ai couvert le sol et la rampe avec des draps de protection. Ce n’était clairement pas l’installation idéale, mais j’ai fait preuve de créativité et d’un peu de folie dans l’espace que j’avais!
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Après une première couche d’apprêt, nous avons appliqué la couleur. C’est un exercice de retenue : on a toujours envie d’en mettre un peu plus pour obtenir un résultat uniforme, mais trop de peinture peut rapidement créer des coulisses et gâcher le fini. Pour terminer, j’ai appliqué une couche de finition protectrice.
Je suis restée assez conservatrice dans mon choix de couleurs et de design, mais comme me l’avait expliqué le vendeur en magasin, il est tout à fait possible de s’amuser davantage avec ce type de peinture et de créer des motifs. Il existe d’ailleurs une foule de vidéos d’inspiration en ligne. Et surtout, rien n’est vraiment irréversible : la plupart des imperfections faites avec la peinture peuvent être corrigées en laissant sécher, puis en sablant et en recommençant.
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Le moment où l’on retire enfin le ruban de masquage est particulièrement satisfaisant. C’est là qu’on découvre réellement si le projet a porté ses fruits. Bien sûr, il restait quelques petites imperfections, mais elles faisaient partie du charme du résultat final. Après tout, l’intention n’était pas de transformer mon vélo en objet parfait, mais plutôt de lui redonner une allure qui me ressemble un peu plus!
Quatrième étape : Remonter et entretenir
Le remontage s’est avéré une récompense après toutes les heures passées à démonter, sabler et peindre. J’avais très hâte de rouler sur mon vélo! Mon copain a installé une nouvelle chaîne ainsi que de nouveaux câbles de freins et de vitesses. Il a nettoyé la cassette, les plateaux avant et les dérailleurs. Il a également légèrement sablé les plaquettes de frein afin d’enlever les résidus accumulés, de prolonger leur durée de vie et d’enlever les petits bruits de grincements.
J’en ai aussi profité pour changer les pneus. C’est probablement l’une des modifications les plus simples pour transformer l’allure d’un vélo, mais aussi son confort et son adhérence sur la route. Nous avons terminé avec l’installation d’une nouvelle guidoline en coton faite avec des teintures écolos. La touche finale!
Quand tout a finalement été remis en place, nous avons fait un premier essai. Le vélo roulait super bien et à mon humble avis, il était vraiment plus beau qu’avant!
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Une leçon de patience et de durabilité
Ce projet m’a appris bien plus que quelques notions de mécanique ou de peinture. Il m’a surtout rappelé qu’il est possible de ralentir le comportement du remplacement constant.
Dans une société où l’on associe souvent nouveauté et valeur, redonner de l’amour à ce que l’on possède déjà peut sembler banal. Pourtant, il y a quelque chose de profondément satisfaisant à investir du temps et de l’énergie dans un objet que l’on aime déjà.
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