Petit guide d’autodéfense pour amoureux de la chasse

Quoi répondre quand on se fait confronter avec des préjugés.

Ça y est, j’en peux plus, je fais mon coming out. Je suis une chasseuse.

Mais je ne suis pas une mauvaise personne! J’fais du yoga, j’mange peu de viande, je fais du compost, je recycle, je fais la plupart de mes produits ménagers, je tricote, je magasine dans les friperies et SURTOUT, je passe pas mon temps à gosser tout le monde avec ça.

Pourtant, à chaque fois que je parle de chasse, j’ai l’impression que le sol s’ouvre et que le « yâble » est prêt à venir me chercher. Pas que je me sens comme ça, c’est plutôt ce que je vois dans la face des gens qui connaissent rien à la chasse.

Dans le fond, c’est une activité qui rassemble beaucoup de mes valeurs et de mes champs d’intérêt (nature, plein air, animaux, méditation, bonne bouffe), mais pourquoi j’ai honte d’en parler?

Pour bien comprendre la chasse, il faut enlever nos lunettes de citadin et essayer. Sinon on fait juste répéter les clichés pis les préjugés qu’on a entendus quelque part un peu comme on répète un mauvais jingle publicitaire sans se rappeler d’où ça vient. Allez hop, cascade! On plonge, juste pour le fun, on est curieux on s’ouvre l’esprit.

Voici donc les clichés qu’on entend souvent quand on parle de chasse :

«La chasse c’est tellement violent!»

Je connais personne qui est en colère au point de conduire 8 heures pour aller se défouler sur un orignal. La violence, c’est gratuit, la chasse, ça coûte cher et c’est encadré par des lois.

La chasse, ça dédramatise la mort.

Je peux comprendre l’association sang = violence, mais la vie c’est pas coté 13+. La chasse, ça dédramatise la mort. La mort, c’est naturel, quand un animal meurt dans la nature, y’a rien qui se perd.

Si mon papa avait pas vu son père faire boucherie, il aurait probablement pas pensé à arrêter son sang quand il a eu un accident à 12 ans.

Quand tu regardes un documentaire et que 4 hyènes sautent sur le dos d’une lionne est-ce que tu trouves ça violent?

« Les chasseurs c’est tous des soûlons pis des rednecks. »

C’est certain que si tu récoltes, ça se peut que tu brosses un peu. Mais comprends-moi: tu peux aller à la chasse pendant plusieurs années sans récolter.

Des épais, y’en a partout. Un soûlon d’habitude, y’est pas capable de se lever avant l’aube. Un soûlon d’habitude, quand la police le fait marcher y’a de la misère à mettre un pied devant l’autre, imagine tirer dans une cible à 350 mètres.

C’est certain que si tu récoltes, ça se peut que tu brosses un peu. Mais comprends-moi: tu peux aller à la chasse pendant plusieurs années sans récolter.

Marcher dans le bois avec 60 livres d’équipement, geler, avoir chaud, pister pendant des jours et repartir bredouille.

Mais quand y’a un animal qui tombe, la suite est intense. Premièrement parce qu’il faut trouver la bête, t’as à peu près 2 heures pour l’arranger. T’es peut-être seul, ton cell pogne pas, ton buddy a fermé son walkie-talkie. T’es énervé, ça augmente le risque de te perdre. T’as pas choisi l’endroit où l’animal est tombé. Faut être ingénieux avec 4-5 bébelles dans ton sac pour bouger 400-600 livres.

C’est pas le temps d’être en boisson… mais une fois tout ça terminé, oui, la bière est bonne.

«La chasse, c’est rendu facile avec toute la technologie.»

— Ah oui?

— Oui, oui avec les caméras.

T’as beau avoir des caméras, encore faut-il que tu connaisses assez bien ton territoire et les animaux qui l’habitent pour pouvoir les placer au bon endroit.

Je te rappelle qu’on peut difficilement parler de technologie, quand ton cellulaire rentre pas, quand y’a pas d’eau courante ni d’électricité.

Dans le fond, ce qui est le plus technocool, c’est pas mal ton « Go girl ». Pour le reste, la vieille méthode fait aussi bien que les gadgets à batteries qui vont te lâcher aussitôt qui fait un peu frette.

Ce qui est le fun avec la chasse, c’est les imprévus et comment tu te débrouilles avec ce que tu as pensé à mettre dans ton sac. Tu aimes les escape game et le camping? Tu pourrais te surprendre à aimer la chasse.

« Moi je ne serais jamais capable! J’aime trop les animaux. »

Ça fait bizarre la première fois, mais quand tu commences à le manger, que tu cuisines avec amour, pour des gens que tu aimes tout ça a du sens.

Moi aussi, je les aime. Je suis la première à vouloir flatter n’importe bébitte. Je savais pas si je serais capable de tirer. Mais quand tu acceptes/arrives, au bout de 3 jours à être bien dans ta solitude en forêt, c’est là que la nature se réveille. T’as arrêté de faire du bruit et t’entends ceux des autres. L’animal que tu cherches te répond, ça peut durer des jours. T’attends, t’as hâte, t’espères et y’a rien de sûr. Tu vas peut-être le voir, peut-être pas, tu vas peut-être être capable de tirer, peut-être pas et ça fait partie du thrill.

Ça fait bizarre la première fois, mais quand tu commences à le manger, que tu cuisines avec amour, pour des gens que tu aimes tout ça a du sens.

« Tu es une tueuse! »

Je suis une mangeuse. Si je peux pas manger, ça ne m’intéresse pas. Demande-moi pas de faire une ride de pick-up avec ton vieux chien malade, maudit sans cœur.

**********

J’espère que j’ai réussi à briser au moins un préjugé sur la chasse. Mais si vous êtes curieux, je vous recommande fortement d’aller voir le documentaire Mal Élevé de Danic Champoux, qui sera présenté en primeur mercredi le 27 février  à 21h30 à la salle Hydro-Québec de la Cinémathèque québécoise,  tout ça dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

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