Petit guide d’autodéfense du banlieusard

Parce qu’avoir du gazon, c’est quand même le fun.

Allô.

Mon nom est Philippe, je travaille chez URBANIA et j’ai déménagé du magnifique quartier/royaume-du-condo-pas-tant-magnifique de Griffintown pour m’installer en banlieue à l’automne. Oui, je sais: être à l’emploi d’une entreprise située à l’épicentre du Plateau et acheter une maison sur la Rive-Sud, c’est clairement chercher à être intimidé. Non, je ne suis pas un grand adepte de masochisme. Du moins, pas suffisamment pour devenir membre du club fictif «Les fouettés futés» de Longueuil.

Saint-Lambert, terre sainte de la quiétude et de l’aversion de tout bruit dépassant les 60 décibels.

Tout ça pour dire qu’au cours des derniers mois, mes collègues, qui ne croient pas que la Terre est plate, mais plutôt que le Soleil tourne autour du Mile-End, m’ont passé des remarques plus ou moins subtiles visant à mettre en doute mon choix de retourner habiter là où j’ai grandi: à Saint-Lambert, terre sainte de la quiétude et de l’aversion de tout bruit dépassant les 60 décibels. (Salutations aux festivaliers!)

Ces attaques répétées m’ont donc forcé à développer mon sens de la répartie et de nombreux mécanismes d’autodéfense afin de répondre du tac au tac à une remarque désobligeante envers cette bonne vieille banlieue.

Voici quelques exemples concrets :

«Tout est tellement loin en banlieue.»

Ça dépend toujours de la ville où vous habitez. C’est sûr que si vous considérez que Frelighsburgh, c’est la banlieue, oui effectivement, tout est loin. Sinon, pendant pas mal toute l’année, la plupart des commissions peuvent très bien se faire en vélo; le réseau de pistes cyclables étant assez bien développé.

C’est sûr que c’est toujours pratique d’avoir une auto en banlieue, mais pas obligé d’avoir un gros VUS 8 places non plus.

Si vous jugez que c’est absolument nécessaire, c’est peut-être plus un psy qu’un camion de 5 tonnes que ça vous prend.

«Le trafic, ah mon Dieu. Le trafic! Le tra… (bruits de vomissement)

C’est vrai, le trafic, c’est vraiment de la marde, je vous le concède. Mais t’sais, pour la majorité des gens, y’a vraiment rien qui les OBLIGE à se rendre au travail en auto. (Sauf si leur passe-temps favori est de sacrer pendant 2 heures en écoutant Alain Gravel tenter de faire une blague, bien entendu.)

Je comprends que le transport en commun, ce n’est pas toujours pratique/efficace/propre/chauffé à une température qui ne dépasse pas les 32 degrés Celsisus/olfactivement agréable, mais ça permet tout de même de consacrer son temps à des tâches quotidiennes essentielles en se déplaçant (par exemple: regarder la série The Office en entier pour la 8e fois).

Et sachez que prendre le transport en commun, ça signifie aussi, à l’occasion, prendre un nouveau train de métro AZUR quand on est chanceux. Et ça, c’est vraiment le boutte du boutte.

«Le boulevard Taschereau, ouach.»

HEY! Que je vous voie parler en mal de MON boulevard Taschereau, cet endroit idyllique où les rêves (ainsi que les commerces) meurent depuis plus de 20 ans.

Vous saurez qu’on trouve/trouvait de nombreuses institutions ayant marqué l’histoire de la Montérégie sur cette grande artère dont l’hôpital Charles-Lemoyne, le Cascades Golf de La Prairie ainsi que le feu-bar pas-louche-pantoute Chez l’père Gédéon. Ok?

Pis à part de ça, quelle rue de Montréal peut se vanter d’offrir une variété aussi grande de commerces et d’établissements? Sur quel boulevard de la métropole peut-on jouer au bowling dans le noir, s’acheter une voiture japonaise, se faire traiter pour une chlamydia, déguster une rondelle d’oignon très ordinaire à 7 $ au Hooters ET apprécier l’odeur omniprésente d’urine dans l’entrée d’un bar de danseuses?

J’attends…

«C’est vraiment douche.»

La banlieue, c’est loin d’être juste Laval.

«Il y a plein de commerces spécialisés juste à côté de chez nous, sur le Plateau.»

Pour le commun des mortels, un supermarché, ça fait en masse la job.

C’est vrai que c’est l’fun d’avoir une boulangerie, une poissonnerie et une épicerie fine n’offrant que des produits à base de curcuma à 5 minutes à pied de chez soi, mais ce n’est pas un peu overraté tout ça? À part Christian Bégin et les membres de l’Association des épicuriens de Rosemont, qui s’y rend toutes les semaines?

Bon, j’avoue qu’habiter à proximité du marché Atwater ou Jean-Talon, c’est très hot et ça permet de se procurer des produits frais, mais pour le commun des mortels, un supermarché, ça fait en masse la job.

«Les maisons pis les rues se ressemblent toutes.»

Oui, dans certains quartiers, j’avoue que pas de GPS, j’aurais pas mal de difficulté à m’orienter, mais justement c’est ce qui en fait leur charme.

En plus, ça fait une excellente excuse quand t’arrives 2 heures en retard au party de Noël familial chez ton oncle Marcel: «Désolé, tout le monde. J’avais oublié l’adresse et mon cell avait plus de batterie, ça fait que j’ai sonné à toutes les maisons des rues Labonté, Labrie, Lacasse, Lafrenière, Laganière, Lahaie, Lajoie, Lallier, Lamiséricorde, Languedoc, Lanoie, Laparé, Larrivée, Latendresse, Latulippe et Laurier… C’est beau chez vous. C’est unique.»

Un juste milieu entre Éric Lapointe et Sylvain Cossette.

«En banlieue, il n’y a pas l’activité de la ville ni la tranquillité de la campagne: c’est le pire des deux mondes.»

Non, justement. C’est le meilleur des mondes, le juste équilibre, le plus beau des compromis.

C’est avoir une maison, un terrain avec ou sans piscine, une certaine tranquillité (dépendant de vos voisins) et une intimité tout en étant à proximité de la grande ville.

C’est être rock, mais trop, tout en étant soft, mais pas trop. Un juste milieu entre Éric Lapointe et Sylvain Cossette. Sylvain Lapointe, genre.

«Ça coûte cher de taxi si tu reviens d’un bar de Montréal à 3 h du matin.»

Oui, vous avez raison. Mais si vous planifiez vos affaires un peu d’avance, il y a moyen de prendre le métro la nuit jusqu’à 1 h-1h30.

Maintenant, si vous vous faites un point d’honneur de toujours closer les bars les 5 soirs que vous sortez par semaine, j’avoue que la banlieue n’est peut-être pas l’endroit idéal où rester.

Il serait dans ce cas préférable d’habiter directement au-dessus du Candy Bar.

«S’occuper d’un terrain, c’est tellement long.»

C’est long, mais c’est très apaisant. Surtout en fin d’après-midi en dégustant un cocktail, couché sur un cygne gonflable dans une piscine avec le sentiment du devoir accompli après avoir jardiné toute la journée.

(Pas besoin d’être en talons hauts, là.)

Fait que c’est ça.

Levez la tête bien haute et soyez fier/fière d’être banlieusard(e). (À moins que vous habitiez sur la Rive-Nord.)

Pour lire un autre texte de Philippe Côté-Giguère: «Guide de survie : L’internet qui chie».

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