Petit guide amoureux du cinéma féministe

Conseils et suggestions pour choisir un film d’amour pas cliché.

C’est la Saint-Valentin, le moment où on peut s’empiffrer de coeurs à la cannelle et de chocolats en forme de cupidon. Tandis que la machine commerciale est en marche et que les messages d’incitation à l’amour se multiplient autour de nous, on se surprend, presque malgré nous, à avoir une envie terrible de regarder un film d’amour avec un grand A. On ouvre Netflix et on fait défiler la section des films romantiques, à un clic de mettre de côté nos valeurs féministes et de se claquer deux heures de phrases préfaites grâce auxquelles un homme séduit une femme, puis la demande en mariage.

En ces jours où on aurait envie de suivre le bal et de consommer les produits dérivés de l’amour, la question se pose : le féminisme et le  romantisme sont-ils tristement incompatibles?

À quoi reconnait-on un film féministe?

Partons donc à la recherche de films qui ne reproduisent pas les clichés convenus de l’amour. Il convient de procéder avec méthode, d’oublier la romance un moment (pour mieux y revenir), et de se demander : à quoi reconnait-on un film féministe? Le test développé par Alison Bechdel en 1985 peut servir de point de départ. Trois critères simples doivent être remplis par un film pour réussir le test :

l’œuvre met en scène au moins deux femmes dont on connait le nom ;

celles-ci parlent ensemble;

elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin.

Faites le test, et la majorité des films échouent lamentablement : la trilogie du Seigneur des anneaux, Dunkerque, Spider Man, Drive ne parviennent pas, comme 42,5% des films produits dans les dernières années, à passer le test.

Pourtant, le test de Bechdel ne nous permet pas nécessairement de déterminer si un film véhicule un propos féministe. En effet, Harry Potter et Jurassic Park réussissent haut la main, mais on peut difficilement leur donner l’étiquette de « film féministe ». Ces critères d’évaluation illustrent avec brio le problème de la sous-représentation des femmes aux cinéma, mais ont également leur limites : Blonde et légale passe le test grâce à une discussion entre Elle et son amie à propos de leurs chiens.

Le test des Filministes

Depuis 2015, le collectif multidisciplinaire les Filministes organise des projections de films qui abordent divers enjeux féministes contemporains. De la sorcellerie, au vélo, en passant par le twerk et la course automobile : tous les sujets peuvent être féministes si quelques éléments clés sont combinés.

D’abord, la composition de l’équipe de production permet de se mettre sur une bonne piste. Cela ne signifie pas d’exclure tous les réalisateurs des recherches ; après tout, Thelma et Louise ou Le sourire de Mona Lisa ont été réalisés par des hommes. Mais, un film de fiction réalisé par une femme a 90% plus de probabilité de mettre en scène des femmes qui se parlent d’autre chose que des hommes et de répondre aux critères que nous proposons ici.

Un film de fiction réalisé par une femme a 90% plus de probabilité de mettre en scène des femmes qui se parlent d’autre chose que des hommes.

Sauf que… aux États-Unis, seulement 15% des films sont réalisés par des femmes (cela diminue à 7% pour les films à gros budget), en France, on atteint 23% et au Québec, on a reculé à 29% (comparé à 35% dans les années 1980). Alors que les étudiantes occupent plus de la moitié des bancs d’école, l’inégalité de la production cinématographique provient d’une répartition du financement qui favorise les réalisateurs.

Passons maintenant au contenu du film, à ses propos et aux thèmes qui sont soulevés. Voici quelques uns des critères du test Filministes pour déterminer la teneur féministe d’une oeuvre :

  • Le film met-il à mal certains stéréotypes liés au genre?Propose-t-il une diversité des corps, des générations et des profils?
  • Les femmes mises en scène sont-elles capable de prendre des décisions par elle-mêmes ;
  • dépendent-elles d’un homme ou ont-elles une volonté propre?
  • Peut-on les qualifier de badass ou sont-elles uniquement le faire-valoir des hommes ; sont-elles présentées comme intelligentes?
  • Sont-elles assassinées, torturées, violées, sans que cette violence ne fasse l’objet d’une réflexion quelconque?
  • Disparaissent-elles de l’histoire sans explication?
  • Et surtout, pour en revenir à l’amour, les personnages ont-elles des aspirations extérieures à leur relation amoureuse?

Contrairement au test de Bechdel qu’on peut échouer ou passer à tort ou à raison, les critères de sélection des Filministes permettent de décortiquer le contenu d’un film au cas par cas, ce qui diminue la marge d’erreur. On confirme : Blonde et légale ne passe pas le test des Filministes!

Trois films d’amour « Filministes approved »

Si vous n’avez pas le temps de partir à la recherche d’un film de Saint-Valentin, le Festival Filministes vous propose trois suggestions pour trois types de lovers.

Pour la personne qui a envie d’un feel good movie, d’une belle histoire d’amour dans laquelle les drames n’affectent pas trop les personnages (et nous par ricochet) : Battle of the Sexes (2017) de Jonathan Dayton et Valerie Faris est le film qu’il te faut! Prépare du popcorn pour embarquer dans l’histoire de Billie Jean King, championne mondiale de tennis en 1973, qui a fondé une ligue alternative pour contester la différence salariale entre les hommes et les femmes lors des compétitions de tennis (les femmes recevaient 10% de la prime des hommes).

Lorsque Bobby Riggs, 55 ans, challenge King dans un match mixte afin de prouver la supériorité des hommes au tennis — ce qui justifierait leur salaire moindre —, King relève le défi pour montrer que les femmes sont égales aux compétiteurs masculins, ce qui donne lieu au match historique qui s’affiche dans les journaux comme le « Battle of the Sexes ».

Et l’amour dans tout cela? King vit une histoire d’amour passionnée avec sa coiffeuse, rencontre qui lui fait réaliser qu’elle aime les femmes et qui la mènera, quelques années plus tard, à quitter son mari et à devenir militante pour les droits des personnes LGBT.

Bonus : des scènes de tennis suantes et palpitantes!

Pour la personne qui désire vivre une histoire d’amour surnaturelle: A Girl Walks Home Alone at Night (2014) d’Ana Lily Amirpour est pour toi. Si le titre peut laisser croire à un destin tragique pour celle qui marche seule la nuit, l’histoire renverse le danger : ce sont les hommes qui doivent faire attention à eux lorsque tombe la nuit, car une jeune vampire s’occupe de mordre le cou de tous les méchants.

L’histoire d’amour se développe entre la vampire et un jardinier aux allures d’un James Dean iranien. Sans avoir besoin de se parler, tous deux se comprennent et trouvent dans l’autre le reflet de leur propre marginalité. Tourné en noir et blanc dans un univers où se mêlent la culture pop américaine et la culture iranienne, « the girl » porte le tchador et les dialogues sont en perse. Le long métrage d’Amirpour brise les stéréotypes liés aux films d’horreur et propose une relation égalitaire entre deux être solitaires.

Bonus : la trame sonore est du chocolat pour les oreilles!

Pour la personne qui est tannée des histoires d’amour qui finissent bien (mais qui ne veut pas non plus que ça se termine trop mal): le film Je danserai si je veux (2016) de Maysaloun Hamoud (qui sera présenté au Artgang Plaza le 9 mars prochain) comblera tous tes souhaits. Laila, Salma et Nour sont trois Palestiniennes qui habitent à Tel Aviv. En mettant en scène les sociétés arabes et juives devant leurs contradictions, Hamoud propose un regard intime sur le vécu des femmes arabes en Palestine et souligne les contraintes de leurs existences.

Tandis que Laila, avocate, croit enfin avoir rencontré « le bon », mais celui-ci par lui reprocher son attitude libérale et « européenne », Salma, dj et barmaid, vit une histoire d’amour avec une femme qui sera désapprouvée par sa famille. Nour, étudiante et très croyante, sera rapidement désillusionnée par la foi à deux vitesses de celui qu’elle est censée mariée.

Bonus : plus que l’amour, c’est l’amitié et la sororité qui triomphent dans ce film !

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up