.jpg.webp)
L’impuissance. L’impuissance face à la maladie. L’impuissance face à l’inconnu. L’impuissance face à la perte de leur emploi. C’est ce que ressentent des dizaines de milliers de personnes alors que l’impact de ce virus devient plus tangible que jamais à mesure que les statistiques enflent exponentiellement dans la province.
Du jour au lendemain, qu’ils soient travailleurs autonomes ou salariés, en quarantaine ou diagnostiqués, ils se retrouvent tous sans entrée d’argent ou avec une baisse importante de leurs revenus. C’est peut-être vous en ce moment. Parce qu’il n’y a pas un jour qui passe sans l’annonce d’un licenciement ou d’une mise à pied temporaire.
On a rencontré des gens qui ont été directement touchés par cette immense vague de mise à pied pour essayer de donner un peu de sens à ce qui se passe.
Clarifions d’entrée de jeu que cet article n’est aucunement dirigé vers les employeurs de ces individus ayant perdu leur boulot. Visiblement, on est tous dans le même bateau et on tente, tant bien que mal, de surmonter le défi. Veux, veux pas, les événements sont tous annulés, les restaurants sont tous fermés, les avions ne peuvent plus voler en grande majorité… C’est logique pour les entreprises de couper lorsqu’il n’y a plus de travail. Et plus d’argent.
«J’adorais ce que je faisais, c’est particulier de perdre ça.»
«Toute ma routine de travail est disparue, et t’sais, j’étais appelée à travailler beaucoup. Ça me demandait un niveau d’implication et de passion assez élevé, chose que j’avais. J’adorais ce que je faisais, c’est particulier de perdre ça», m’explique Isabelle Poliquin qui travaillait dans le domaine de l’événementiel jusqu’à tout récemment.
«J’étais tout le temps en train de penser à la prochaine étape de mes projets, m’assurer de ne pas oublier aucun détail. Il y a une semaine, j’étais supposé partir pour Madrid dans le cadre du travail et d’un coup, pouf! Je n’ai plus rien», poursuit-elle.
De son côté, Stéphane Brunet, a été contraint de fermer les portes de son bar, Le Record. «Je suis coactionnaire avec un partenaire. On n’a pas eu le choix de fermer à partir de dimanche passé. Et puisque je suis actionnaire à plus de 40%, je n’ai pas le droit au chômage non plus.»
«Non seulement ma situation personnelle est précaire, mais celle du bar aussi. Dépendamment de la durée des événements», m’explique-t-il.
«J’essaie de retarder les paiements le plus possible. L’auto, l’assurance, etc. Il faut que je discute avec mon propriétaire pour voir si on ne pourrait pas se trouver un terrain d’entente pour les loyers à venir», poursuit le père d’une petite fille.
Isabelle dispose quant à elle d’un certain coussin financier qu’elle a accumulé au cours des dernières années. «Mais c’est sûr qu’avec les mesures qui ont été mises en place par nos gouvernements, ça risque d’être ma prochaine étape.»
«Bon, c’est sûr que mon compte CELI vient de prendre une méchante drop, mais ça va.»
De son côté Luca Max, qui travaillait dans le domaine de la restauration, se compte chanceuse d’avoir des parents qui la soutiennent, vu les circonstances. «J’ai su mettre de l’argent de côté alors ça va. Bon, c’est sûr que mon compte CELI vient de prendre une méchante drop, mais ça va», me dit celle qui est en attente d’un retour du gouvernement fédéral afin d’accéder au chômage.
Le scénario est similaire du côté de Gabriel Joncas qui, lui, travaillait comme monteur au Cirque du Soleil. La compagnie a mis à pied presque tout son personnel.
«J’ai la chance de ne pas être trop dans la marde financièrement ces temps-ci et ça aide beaucoup au moral vu les circonstances», me dit celui qui voit cette situation comme une occasion parfaite pour lui de réellement se questionner sur son avenir.
«J’aimerais ça faire plus de musique, peut-être m’essayer au stand-up, peut-être partir un podcast… Un podcast de plus dans l’univers, haha! Trouver des façons alternatives et l’fun qui me permettraient de gagner ma vie. Juste assez quoi», explique-t-il, lui qui s’est beaucoup questionné sur le 9 à 5 dans les derniers mois.
«Mon switch de carrière est un peu mis sur pause entre guillemets!»
Luca, elle, était en train de le concrétiser ce nouveau projet justement. Celle qui a étudié en journalisme (avec moi, d’ailleurs, question d’être complètement transparent!) étudiait dans une école de théâtre privée afin de se diriger vers un établissement d’enseignement professionnel en septembre prochain.
«C’est con, mais c’est depuis novembre que je fais des coachings privés chaque semaine. Que je m’étais organisé avec un acteur afin de m’aider pour les répliques lors des auditions, et là, tout ça est en train de changer… Mon switch de carrière est un peu mis sur pause entre guillemets!»
«Je vis beaucoup d’incertitude, mais le moral est bon. On est bien entourés, on appelle les proches, ma fille me permet de relativiser tout ça, me dit Stéphane Brunet. Quand on regarde plus largement, il y a quand même beaucoup de belles histoires qui se produisent.»
Celui qui travaille dans le domaine de la restauration depuis plusieurs années a quelques ami.e.s qui ont pris le temps de s’informer de son état. «Eux aussi ont été forcés de fermer, mais ils ont malgré tout pris le temps de m’offrir de la bouffe qu’ils risquent de perdre à cause de la situation. Ils vont en donner aussi aux œuvres de charité.»
Isabelle, de son côté, absorbe encore l’incertitude, pour le moment. «Vais-je pouvoir retourner avec mon ancien employeur? Vais-je me réorienter vers autre chose? Je me le demande moi-même en ce moment, et j’ai pas de réponses dans l’immédiat, parce que je suis encore en train de digérer tout ce qui se passe. Ça reste un détachement émotionnel qui est à faire malgré tout.»
«Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse! Tout le monde est plus ou moins dans cette situation-là, ou à peu près… Il faut y aller une journée à la fois, mais je comprends le stress que certains peuvent vivre», me dit Gabriel qui, depuis la fin de son emploi, en profite au maximum pour divertir les gens sur ses nombreuses plateformes sociales.
«Dans le contexte, rester positif et connecter avec les autres en ligne, c’est pas mal juste ça qui nous reste t’sais», me lance-t-il.
Beaucoup de questions restent sans réponses pour Luca, mais elle reste malgré tout positive et relativise sa situation lorsqu’elle se compare. «J’ai des collègues qui sont la seule source de revenus de leur famille. Les enjeux ne sont pas les mêmes, disons…»
Même scénario pour Isabelle.
«Je garde la tête haute en me disant qu’une fois que ça va se terminer tout ça, les gens auront le goût plus que jamais de sortir de chez eux et d’aller aux événements! C’est le moment parfait pour utiliser notre cerveau et notre créativité pour trouver de nouvelles idées, se réorganiser, etc.»
«Dans le pire des scénarios, j’suis jeune et j’ai aucun doute que je vais pouvoir me retrouver un boulot après tout ça si c’est nécessaire», me dit-elle.
«C’est sûr que plus les jours avancent et que l’aide n’arrive pas, c’est difficile. Mais bon, on va s’en sortir»
Enfin, Stéphane est en attente d’une réponse des gouvernements provincial et fédéral pour ses demandes d’assurance-emploi ainsi que pour le Programme d’aide temporaire aux travailleurs. Entre-temps, il magasine aussi des options de travail au salaire minimum. Selon les réponses des gouvernements pour l’aide financière, il pourrait envisager de livrer pour UberEats, m’a-t-il dit.
«Je reste malgré tout positif. Je ne suis pas à l’article de la mort et ça va bien. Je devrais m’en sortir aux deux niveaux. Autant personnel que professionnel. C’est sûr que plus les jours avancent et que l’aide n’arrive pas, c’est difficile. Mais bon, on va s’en sortir», laisse-t-il tomber.