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Pénurie de main-d’oeuvre : les retraités, une partie du problème (et de la solution)
Des experts sonnent l’alarme sur les enjeux que causent les départs à la retraite massifs.
Comme chaque fin août, le taux d’emploi chez les jeunes recule alors qu’ils et elles retournent sur les bancs d’école. Mais cette année, ça inquiète les employeurs un peu plus que d’habitude, puisqu’ils doivent faire face à un nouveau problème : les gens prennent trop leur retraite.
C’est du moins ce que rapportent les chiffres de l’enquête mensuelle de Statistiques Canada sur la population active. Le mois dernier, le nombre de Canadien.ne.s ayant quitté leur emploi pour partir à la retraite a atteint 307 000, ce qui énorme comparativement aux 233 000 de l’an dernier.
Un exode massif
Au début de l’été dernier, on s’inquiétait du fait que les travailleurs et travailleuses prenaient moins leur retraite qu’avant, et il est vrai que beaucoup de gens craignent de ne pas avoir suffisamment d’argent mis de côté pour mettre fin à leur carrière.
Il est normalement assez simple pour un employeur, ou même une industrie, de prévoir quand sa force de main-d’œuvre prendra sa retraite. Au Canada, l’âge moyen de la retraite se situe à 64,5 ans, et à 62 ans pour le Québec. Toutefois, dans la dernière année, un nombre beaucoup plus important qu’à l’habitude de 55-64 ans ont pris leur retraite.
C’est quand même audacieux de demander à des gens qui ont travaillé fort toute leur vie de rester un peu plus longtemps, surtout quand il y a d’autres solutions.
Ce phénomène serait en partie attribuable à la pandémie, durant laquelle les ménages ont, en moyenne, pu sauver plus d’argent qu’ils ne l’auraient pu autrement. De plus, plusieurs personnes qui avaient prévu leur retraite sont finalement restées à leur emploi plus longtemps. Maintenant que les restrictions sanitaires se sont adoucies et qu’il est à nouveau possible de voyager, beaucoup de gens estiment que c’est un bon moment pour partir à la retraite, voyager et profiter de la vie avec les gens qui leur sont chers.
Une perte d’expertise et de connaissances
Fait encore plus inquiétant pour l’ensemble de la société, ce sont dans certains des secteurs les plus essentiels que l’on voit cette tendance s’opérer. Les postes de gestion et les emplois en transport, opération et fabrication voient leur main-d’œuvre vieillir de façon disproportionnée.
En entrevue avec Reuters, Jimmy Jean, l’économiste en chef de Desjardins, a déclaré qu’il y a un risque « que les gens partent sans qu’il y ait suffisamment de jeunes travailleurs pour prendre la relève. Il y a donc une perte de capital humain et de connaissances ».
Les employeurs en mode « séduction »
Selon le Conseil du patronat du Québec, il y aurait 250 000 emplois à pourvoir dans la province et son big boss, Karl Blackburn, croit que d’employer des gens partis à la retraite et d’encourager les 60-69 ans à garder leur emploi comblerait environ le tiers de ces postes.
Les postes de gestion et les emplois en transport, opération et fabrication voient leur main-d’œuvre vieillir de façon disproportionnée.
C’est pourquoi le Conseil lance l’opération « Séduction 60-69 », qui va répertorier pendant deux ans les meilleures pratiques d’entreprises pour en faire un guide. L’organisation espère ainsi réussir à convaincre les gens de revenir, ou de rester, dans des secteurs clés comme la construction, la fabrication, le commerce de détail, les services d’hébergement et la restauration.
C’est quand même audacieux de demander à des gens qui ont travaillé fort toute leur vie de rester un peu plus longtemps, surtout quand il y a d’autres solutions. Ça fait longtemps que des expert.e.s proposent d’augmenter l’âge de retraite, avec peu de succès. Mais c’est un problème avec lequel on va devoir composer pendant longtemps, à mesure que les derniers boomers encore à l’emploi se mettent à voir la retraite arriver.
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