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Le monde culturel s’est réjoui lorsque le gouvernement a annoncé la réouverture des salles de spectacles et des théâtres, prévue pour aujourd’hui. Après plus de 6 mois, voire plus pour certaines salles, les artistes et les employés pourront enfin retrouver leur public.
Toutefois, crise sanitaire oblige, les mesures de distanciation sociale restent en vigueur. La capacité est fortement réduite dans ces salles, et le public devra rester assis et masqué durant toute la représentation. De plus, la vente et la consommation de boissons, alcooliques ou non, ou de nourriture sera interdite durant les spectacles. Si quelques salles et théâtres sont prêts à rouvrir dès aujourd’hui, d’autres attendront un peu plus longtemps, le temps de reformer leurs équipes et planifier la logistique de leurs salles.
Mais après un an de pertes financières, comment les promoteurs et propriétaires de salles s’attendent-ils à récupérer leur argent? Comme pour les événements de sports, il y a de fortes chances que l’on ait à se faire à l’idée que pour un bon bout, on ait à payer un peu plus cher pour être divertis.
«J’ai un spectacle vendredi et un samedi, au MTelus. Et c’est certain que les billets pour ces spectacles-là sont un peu plus chers», me confie Karl-Emmanuel Picard. «On ne peut avoir que 150 personnes par spectacle, donc les billets sont environ entre 30-40$, dépendamment de la place dans la salle. En temps normal, ces billets auraient été environ 25$.»
Depuis le début de la pandémie, Karl-Emmanuel a été un des acteurs les plus actifs (et réactifs) du milieu culturel au Québec. Autant comme promoteur, à travers sa compagnie Disctrict7, que comme propriétaire de salle de spectacles (L’Anti, à Québec), il n’a cessé de promouvoir le talent local. C’est d’ailleurs District7 qui lance le bal de la réouverture des salles montréalaises à grand public, avec des spectacles de Pépé et sa guitare, ainsi que Rick Pagano au MTelus.
«deux personnes par table, pas le droit de vendre de la bière ou de boire de l’eau; on ne peut pas baser le futur des concerts sur ce modèle-là.»
Pour survire à la dernière année, l’entrepreneur a pu bénéficier de subventions, dont celles pour l’aide à la diffusion. Grâce à cette aide gouvernementale, Karl-Emmanuel a pu présenter des spectacles en webdiffusion en direct de L’Anti, comme ceux de Marjo, Clay and Friends ou encore Souldia. Malgré tout, il affirme avoir essuyé près de 150 000$ de pertes, depuis le début de la pandémie.
«Avant la pandémie, les cachets des artistes avaient beaucoup augmenté. Si on gardait les billets à des prix abordables, c’était difficile de rentabiliser les événements», ajoute-t-il. «Je pense qu’après la COVID, si on ne veut pas que les billets soient trop chers, il va falloir que les artistes révisent un peu leurs attentes.»
À Montréal, sur la Plaza St-Hubert, l’équipe du Ausgang n’a pas chômé, elle non plus. Privée de son public depuis des mois, elle s’est tournée vers la captation de spectacles. «Ça nous permet d’avoir un peu de liquide et de repousser la date de fermeture», dit Malick ‘SageWondah’ Touré, un des copropriétaires, avec un rire exaspéré.
«On étudie plusieurs modèles, et on va tenter de s’adapter. Mais c’est certain que les billets seront plus chers à l’avenir, pour le présentiel.»
Reste aussi à voir si l’engouement du public québécois pour l’alcool restera le même qu’avant la pandémie. Même si les files d’attente à la SAQ ont semblé interminables dans la dernière année, les prédictions estiment que la consommation globale d’alcool ne reviendra à son niveau prépandémie qu’en 2024. Qui plus est, la part du budget que les gens auront à consacrer aux boissons sera moins grande, vu l’augmentation du prix des billets.
Si la plupart des experts et des acteurs du milieu s’entendent sur le fait que le divertissement coûtera plus cher quand les choses reviendront à un semblant de normalité, personne ne sait quand cela arrivera. Certains misent sur l’automne, si la vaccination va bon train d’ici l’été. D’autres ne se font pas d’idées et font leurs projections pour le printemps 2022.
Toutefois, plusieurs événements, comme le très populaire festival Osheaga, prévoient toujours accueillir un public réduit dès cet été.
De plus, lorsqu’il observe la hausse des cas positifs au Québec, Karl-Emmanuel s’inquiète d’avoir à faire face à une nouvelle fermeture pour contrer la propagation des nouveaux variants de la COVID-19. Il a dû annuler à la dernière minute plusieurs spectacles censés être présentés devant public dans les derniers mois, et il garde toujours un doute sur ce que les prochains mois auront à offrir. «En plus, aller voir un spectacle de rock ou de rap avec les mesures en ce moment, ça peut être charmant pour deux ou trois shows parce qu’on s’ennuie. Mais rester assis, deux personnes par table, pas le droit de vendre de la bière ou de boire de l’eau; on ne peut pas baser le futur des concerts sur ce modèle-là.»
La salle pourrait rouvrir ses portes immédiatement, mais avec trop de contraintes pour que le jeu en vaille la chandelle. De plus, un peu comme les cinémas qui font le gros de leurs profits avec le popcorn, les salles de spectacles font une grande partie de leurs bénéfices avec la vente d’alcool, interdite lors des représentations pour l’instant. «En ce moment, ce qui nous permet de survivre, c’est les subventions. De loyer, salariales, et d’aide aux projets… Ça nous permet de booker des shows, mais ça ne paye pas pour tout! S’il n’y avait pas ça, même si on pouvait vendre de l’alcool, ça ne nous permettrait pas de survivre.»
Pour Malick comme pour Karl-Emmanuel, l’augmentation des prix des billets est une fatalité. «C’est certain qu’on essaie d’augmenter le prix de location pour la salle. Mais avec la capacité restreinte, c’est difficile de convaincre les gens, qui sont déjà frileux à l’idée de faire un spectacle devant public», explique Malick. «Instinctivement, on se dit qu’on doit augmenter nos prix, si on veut rester viable. Mais c’est difficile à appliquer si on veut avoir des activités. On étudie plusieurs modèles, et on va tenter de s’adapter. Mais c’est certain que les billets seront plus chers à l’avenir, pour le présentiel.»