Pas de média, juste du vrai monde

Je ne ferai pas de première médiatique «  comme tout le monde  » pour mon premier one man show intitulé « Bien Faire » que je produis moi-même. Je vais vous expliquer pourquoi.

Tout d’abord, produire un spectacle, c’est quoi? Il s’agit d’investissement monétaire et de prise de risque. Je sais que je sonne comme Pierre-Yves McSween, mais reste avec moi, je fais une référence à Harry Potter plus tard. Le producteur paie pour les dépenses (locations de salle, de matériel, hôtel, première partie, équipe technique, promotion, publicité, etc.) et se rembourse en prenant un pourcentage des revenus du spectacle parce que c’est lui qui a pris le risque d’investir son argent dans le projet.

Je suis mon propre producteur. J’assume les coûts et les risques à 100 %. Je n’ai pas refusé de signer dans une grande boite de production en réaction à quoi que ce soit. J’ai demandé à ma grande sœur de me gérer parce que c’est l’être humain le plus organisé que je connaisse. Qui de mieux que quelqu’un qui a été élevé de la même manière que moi et qui me ressemble comme deux gouttes d’eau (mis à part la barbe) pour me représenter? En plus, elle a encore des crayons gel et je trouve ça rigolo signer des contrats importants en mauve fluorescent. C’est, pour moi, la meilleure gérante que je pourrais avoir. Elle a bon caractère et est une solide négociatrice. Toute notre adolescence, on a négocié ensemble très fort pour se partager la toilette du sous-sol. J’ai uriné longtemps dans le jardin. Ma gérante, c’est la best.

Tu peux être extrêmement libre en ayant un producteur. Jamais autant que lorsque tu l’es toi-même. C’est le fun prendre un taxi, mais t’es toujours mieux dans ton char. Encore là, faut-il aimer conduire.

On a commencé à produire mon spectacle naïvement à petite échelle avec le Mini Tour. Nous avions loué 8 salles dans 8 villes différentes. Puis, les salles se sont remplies. Puis, on a ajouté des dates. Puis les nouvelles dates se sont remplies. Puis, Occupation Double est arrivé dans ma vie. Puis, on a eu accès aux grandes salles. Puis, j’ai réalisé que je serais capable de produire mon spectacle moi-même, à grande échelle, comme n’importe quel humoriste, de manière complètement indépendante. Ce qui, je crois, est le but de tout artiste : faire son art de manière complètement indépendante et libre. Tu peux être extrêmement libre en ayant un producteur. Jamais autant que lorsque tu l’es toi-même. C’est le fun prendre un taxi, mais t’es toujours mieux dans ton char. Encore là, faut-il aimer conduire.

Ce modèle d’affaires n’est pas fait pour tous les artistes. Certains aiment tout contrôler. D’autres, au contraire, détestent avoir toutes ces responsabilités. J’aime conduire et j’obstine mon GPS. Je vis le rêve en produisant mon spectacle moi-même.

Je réussis à le faire parce que le public achète les billets. Sincèrement. Sans toi, ô merveilleux acheteur de billet de spectacle, je ne pourrais jamais réussir cette tâche que je croyais impossible. Merci mille fois. C’est quétaine à dire, mais c’est vrai : sans le public, je n’ai pas de travail. Le public est le gaz qui permet à ma voiture d’avancer. Le public est mon producteur. Le public est aussi mon critique. Il critique chaque gag que je lui propose. Le rire est la bonne critique. Le silence, la mauvaise.

Alors, si tous les soirs, j’ai des critiques, pourquoi faire une première médiatique? Tout d’abord, qu’est-ce qu’une première médiatique? C’est un lancement officiel de spectacle. C’est comme un mariage. Tu dois inviter tout le monde. Médias radios, télés, écrits, blogues, collègues, amis, famille, Herbie Moreau, sinon, les gens peuvent être fâchés. Pourquoi inviter tous ces gens le même soir? Pour faire de la promotion et parce que les médias veulent en parler en premier, sinon, ça ne sert à rien. Selon eux.

Puis, me critiquer pourquoi? Peu importe ce que disent les critiques, je ne changerai pas mon matériel. Mon plus grand critique, c’est moi.

Je respecte énormément l’industrie dans laquelle j’œuvre et j’adore Herbie, mais je préfère inviter mes amis et collègues à différents moments pendant la tournée pour que ma salle demeure constituée d’un vrai public fan d’humour qui vient pour un même but : consommer mon art. Non pas pour me critiquer, se comparer ou juste voir ce que je fais. Certains diront que j’ai peur. Ces gens-là ont peut-être raison.

Il y a des vrais critiques cinématographiques, littéraires et théâtraux, mais aucun d’humour. J’aime mieux avoir les commentaires de mes amis Adib Alkhalidey ou Katherine Levac, voire même de mes parents qui me connaissent mieux que moi-même plutôt que ceux d’un blogueur qui me critique simplement en utilisant ses préférences à lui plutôt que de partir de ce qu’est l’humour comme art ou de qui je suis. Il existe d’excellents critiques. Ce sont les personnes à qui je demande conseil. David Beaucage et Guillaume Girard sont les critiques les plus durs envers moi, mais ils sont constructifs. Ils m’aident à améliorer le spectacle.

Puis, me critiquer pourquoi? Peu importe ce que disent les critiques, je ne changerai pas mon matériel. Mon plus grand critique, c’est moi. Chaque soir, je sors de scène et note mes mauvais coups, ce que je pourrais améliorer et faire de mieux. Ce n’est pas parce que ma première sera passée que j’arrêterai de travailler le spectacle.

Avoir une mauvaise critique, c’est très plate et ça fait de la peine, mais est-ce que ça va freiner les gens qui sont intéressés à venir voir mon show? Peut-être, certains. D’autres, pas du tout. Est-ce que ça veut dire que le show est réellement mauvais? Pour certains, oui. Pour d’autres, pas du tout. C’est ça qui est beau de l’art. Quand tu vas au cinéma, peu importe ce que les critiques ont dit, en sortant, tu dialogues sur ce que tu as aimé ou pas du film avec ta date avant de frencher avec votre succulente haleine de popcorn au beurre.

L’idée aussi de devoir plaire à tout le monde ne m’intéresse pas. Plus j’avance, moins j’en ai envie. Je comprends que le marché québécois est petit, mais il est magnifique, unique, et viable. Je comprends qu’une blague d’horcruxe ne fait probablement pas rire Gilles de Valleyfield, mais une blague mal saisie ne rend pas un spectacle mauvais. Les Beatles la jouait, Yellow Submarine, en show.

Je comprends qu’une blague d’horcruxe ne fait probablement pas rire Gilles de Valleyfield, mais une blague mal saisie ne rend pas un spectacle mauvais. Les Beatles la jouait, Yellow Submarine, en show.

Ma mère m’a déjà dit une phrase très sage qui ne m’a jamais quitté l’esprit. J’étais en tournée de l’École nationale de l’humour. J’ouvrais le show. C’était très difficile. J’avais rarement du plaisir, et ce, pendant la quarantaine de spectacles que nous avons présentés. Puis, un soir où j’étais particulièrement découragé, ma mère m’a dit : « Tu ne veux pas écrire ton meilleur numéro à 21 ans. »

Pour moi, le travail d’humoriste ou d’artiste est un travail humain. C’est d’être meilleur chaque jour. Donc, si j’ai des critiques extraordinaires pour mon premier show, qu’est-ce qu’ils vont dire de mon deuxième et troisième show? Faudrait que la critique de mon huitième spectacle soit : « Erratum, finalement son premier show était mauvais comparativement à son huitième. »

Je ne fais pas de première médiatique parce que je veux être libre de présenter le spectacle que je veux et ne pas freiner ma créativité et ne pas me déconcentrer avec des opinions que je ne peux contrôler. Je ne peux plaire à tout le monde, je le sais. Les gens qui me détestent ont tous les droits de le faire, mais ils n’ont pas à convaincre ceux qui m’aiment bien qu’ils devraient me détester aussi. Si vous avez le goût de venir voir Bien Faire, les billets sont en vente au www.jaydutemple.com. Si vous voulez me critiquer, gâtez-vous! Au moins, vous l’aurez vu dans un vrai contexte de spectacle.

Je fais mon show pour moi et mon public. Ça finit là. Le jour où mon show sera capté et diffusé, vous le critiquerez comme vous voudrez. Je l’aurai terminé. D’ici là, je travaille.

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