Où est Jean Charest  ?

D’habitude, quand une ville ou un pays est le théâtre d’une catastrophe, d’un cataclysme, d’un chaos quelconque, leurs dirigeants vont sur le terrain rassurer les citoyens, panser les bobos, calmer les esprits. Dans les cas extrêmes, on sort la reine de la naphtaline pour qu’elle aille embrasser les blessés dans les hôpitaux et caresser les cheveux de la jeunesse fébrile.

Quand il y a eu des inondations l’an dernier en Montérégie, Jean Charest est venu dorloter les citoyens qui avaient perdu des années de bébelles accumulées dans leur sous-sol. Le cœur sur la main, le Premier ministre a promis de généreuses aides financières à ceux qui avaient perdu leur résidence construite en zone inondable et les gentilles Forces armées canadiennes sont venues soutenir les autorités locales en laissant leurs fusils dans leurs véhicules blindés. Des dizaines de millions ont été versés pour renflouer des familles de travailleurs anéantis. Et pendant des semaines, les médias nous ont inondés d’images de sinistrés secourus par les autorités responsables qui n’étaient pourtant pas responsables du temps pourri qui nous était tombé dessus.

Rapport?

Le rapport, c’est qu’aujourd’hui, c’est le chaos. Et le Premier ministre brille par son absence.

Le responsable ne prend pas ses responsabilités.

Comme un tsunami qui disparaît après avoir laissé sa marque indélébile, Jean Charest s’est retiré sur ses terres. Il parachute ses ordres, ses lois spéciales et sa police en direct de sa tour d’ivoire. Il a les deux mains sur le volant mais il est resté installé confortablement dans son salon de Westmount, quand ce n’est pas celui d’un richissime et prospère homme d’affaires de Charlevoix ou d’un obscur mafieux de Laval (mais là n’est pas notre propos). Et après on s’étonne que le véhicule qui file à vive allure s’approche irrésistiblement du mur que nous lui avions pourtant signalé depuis longtemps.

Tout suffisant qu’il est, le Premier ministre de tous les Québécois n’a pas daigné une seule fois mettre les pieds dans la rue, écouter le discours des centaines de milliers de ses concitoyens, discuter avec ne fut-ce qu’un seul des représentants étudiants.

Aux discours pacifiques de ses opposants, il a envoyé les matraques de sa police.
Aux cris des manifestants en colère, il a rétorqué par son humour méprisant.
Aux demandes des leaders étudiants, il a dépêché ses ministres serviles en service commandé.
Aux propositions de dialogues, il a exigé de négocier seulement avec des gens qui étaient d’accord avec lui.
Au mouvement de plus en plus puissant qui agite sa population, il a imposé sa loi matraque anti-démocratique dénoncée par Amnistie Internationale, le barreau du Québec, la ligue des droits et libertés, le syndicat des chauffeurs d’autobus, un militaire à la retraite, le boulanger du coin, ma belle-mère,…

Le Québec compte désormais des dizaines, peut-être des centaines de blessés, traumatisés, moralement abattus. Il y a des fractures, des dents cassées, des points de sutures, des étudiants ont été éborgnés, d’autres ont eu de sévères commotions cérébrales, des enfants ont été arrêté toute une nuit sans possibilité de prévenir leurs parents paniqués, on est sans nouvelle de ce jeune qui s’est vidé de son sang l’autre soir place Émilie-Gamelin et qui a été emporté inconscient par une ambulance. Il n’y a heureusement pas encore de morts.

Mais le premier ministre n’est toujours pas là. Il distille ses ordres de loin, fait arrêter hier encore 620 opposants pacifiques dont plusieurs centaines pris en souricière par sa police, distribue les contraventions aux montants abusifs comme si c’étaient des bonbons, verbalise des enfants de 14 ans, fait la morale à l’Assemblée nationale alors que la commission Charbonneau contre la corruption qui mine son règne commence enfin ses travaux.

Jean Charest est tout sauf un grand chef d’état. D’ailleurs, il n’est même pas chef d’état.

Puisqu’il n’aime pas être proche de son peuple, qu’il se retire. NOW !

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