Où est Elio ?

Souvent, quand je suis à l’étranger et que j’annonce que je suis belge on me répond quelque chose comme “rah les Belges, ils sont trop sym-pas”.

Après avoir lutté pendant des années contre le stéréotype du Belge-con-qui-mange-des-frites-une-fois, nous sommes aujourd’hui exotiques. Au-delà de nos frontières, Bruxelles est vue comme une jolie bourgade traversée par un canal déversant de la bière d’abbaye, peuplée d’individus extrêmement aimables. Le retour à la réalité est bien cruel alors que, en me penchant à ma fenêtre à cet instant, j’aperçois un homme qui racle son fond de gorge pour le cracher sur le pas de ma porte. Et pour le reste, je n’invite vraiment personne à introduire une goutte de l’eau du dit canal dans son intérieur humain.

Mais on ne peut pas vraiment se plaindre parce que, dans un sens, ce cliché, nous l’alimentons. Les Belges aiment se définir comme de drôles de gens et nous nous plaisons à raconter que l’autodérision, c’est nous qui l’avons inventée. C’est sûr qu’ici, rien n’est jamais vraiment pris au sérieux, et surtout pas la politique. J’en prends pour preuve notre charmant Premier Ministre, Elio Di Rupo. Comme son nom l’indique, Elio (je l’appelle par son prénom, en Belgique on est comme ça) est un fils d’immigrés italiens, il est socialiste et a également été le premier chef de gouvernement européen ouvertement homosexuel. Je ne sais pas ce que ça vous évoque, chers amis Québécois mais sachez que sur le vieux continent, ça en époustoufle plus d’un. Signe qu’il reste attaché à ses racines ? Peut-être pas, en tout cas, Elio aime les pâtes. Grâce à un compte Instagram minutieusement alimenté, je peux suivre sa petite vie de chef de gouvernement et il est clair, que c’est un gars cool, sympa. Il y a deux semaines, il était au Festival Tomorrowland, l’un des plus grands festivals de techno au monde. Il avait laissé son habituel noeud papillon à la maison pour se mêler à la foule. Le jour d’après, qui retrouve-t-on le visage parfaitement reposé parmi des buveurs de bières en canettes célébrant la fête nationale? Elio! Infatigable, il est sur tous les fronts : avec des enfants, avec des vieux, avec un furry déguisé en Panda , souvent souriant, parfois plus sérieux. Et bien qu’il soit francophone, il s’applique à toujours s’exprimer en flamand et en français, même si ça semble une expérience douloureuse. Malgré son image de gars accessible, Elio joue sur le même terrain que les grands de ce monde. Check le tweet qu’il a envoyé à Barack Obama le jour où nos fiers diables rouges s’apprêtaient à affronter l’équipe de soccer des États-Unis : Smiley. La politique en Belgique, c’est un peu ça. Des gens mal photographiés sur des affiches électorales, l’obligation d’aller voter, des résultats qui déçoivent, étonnent, font peur et qui sont en même temps très vite oubliés parce que chez nous, il n’y a jamais de vrai gagnant. Les partis s’arrangent pour créer des coalitions et le risque de tsunami est limité. Comme sur Instagram, ici tout est nice. Et si ce n’est pas le cas, hop, d’un coup de filtre communicationnel on éclipse le pas beau. L’année dernière, des sans-papiers afghans s’étaient retrouvés dans une situation compliquée : leur permis de séjour leur avait été refusé alors qu’un retour au pays était pour beaucoup d’entre eux synonyme d’une condamnation à mort.  Durant des mois, ils s’étaient rassemblés devant le cabinet de Elio, dans l’espoir de le rencontrer. Mais la batterie du téléphone de son assistant devait être déchargée, car ils n’ont jamais vu le bout de son nez. Aujourd’hui, alors que brûle la Palestine, que la Sibérie se transforme en gruyère et que les avions tombent du ciel (bonnes vacances à ceux qui partent aujourd’hui), sur le compte Instagram d’Elio, je guette un selfie tristounet. Mais, rien. Elio, où es-tu ?

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