On n’a pas fini de se lever

Le printemps vient officiellement de s’achever quelque part entre hier, aujourd’hui et ce soir. Demain, à 14 heures, on commence l’été par une immense manifestation. Un 22. Comme les manifs du 22 mars, du 22 avril, du 22 mai…

On a tous au moins une raison de se retrouver une fois (encore) dans la rue. Que ce soit parce que les frais de scolarité sont trop élevés, qu’on est trop taxés, qu’on trouve le virage drette à droite du Canada trop raide, qu’on s’inquiète de l’environnement et du bien commun, qu’on se choque de l’éthique des uns, de l’honnêteté des autres et de la justice pour tous, qu’on soit révolté par l’attitude navrante et arrogante du gouvernement Charest,…

Je me disais que ce premier jeudi d’été serait le bon moment de faire un petit bilan de 10 ans de règne de Charest, d’un an de Harper majoritaire et de quatre mois de grogne populaire. J’ai commencé à compiler les événements comme j’ai pu et ce que j’ai vu m’a donné la nausée.

J’ai pris une casserole et, au lieu de taper dessus, j’ai vomi mon dîner dedans.

Accrochez-vous, préparez vos mouchoirs, sortez vos bassines et tenez les Gravol pas loin. Vous connaissez le portrait? Il est toujours bon de le rappeler. J’y vais sans véritable chronologie, de mémoire… avec l’aide de Google.

De la privatisation du mont Orford au financement des écoles juives délinquantes en passant par la vente secrète de l’Ile d’Anticosti et ses 4000 milliards $ de pétrole, la perte de 40 milliards $ de la Caisse de dépôt et de placement du Québec ou la réduction et l’abolition de la taxe sur le capital alors que les banques font des milliards de profit, on ne peut pas dire que le bilan Charest est très très reluisant. Quoi qu’il en dise.

Mais ce n’est rien à côté des accointances avec la mafia, des amitiés avec les entrepreneurs véreux, des transferts à répétition des ex-ministres du régime vers le privé. Ce n’est rien à côté du durcissement des positions de Jean Charest (il n’y a malheureusement rien de sexuel dans ce constat), des dérives autoritaires du gouvernement et du matraquage simpliste de messages mensongers pour manipuler l’opinion publique. Ce n’est rien à côté de la fuite face aux responsabilités.

Et que dire de l’usage abusif du bâillon pour faire passer des lois qui ne passaient pas, de l’utilisation excessive de l’injonction à la moindre contrariété ou des sagas judiciaires aux frais du contribuable contre d’anciens amis du premier ministre ?

Ça va toujours ?

Je sais qu’on se répète. Mais on ne le répétera jamais assez. Il y a encore des gens qui pensent qu’un premier ministre qui laisse tomber la veste pour faire une minute de propagande à la télé n’a rien à cacher.

Ce qui passe au Québec ne devrait pas occulter les drastiques et dramatiques choix que fait le Canada. Aussi éloigné idéologiquement du Québec que, disons, le Yémen, le Canada n’en est pas moins le vaisseau amiral qui dirige nos destinées légales, environnementales, financières, idéologiques, sociales, spirituelles et qui nous plonge dans une noirceur bituminesque.

Je ne tournerai pas le couteau dans la plaie béante et purulente laissée par la déchirante élection de mai 2011 en vous rappelant que, depuis un an, Team Harper a démembré le régime des armes à feu, coupé dans la recherche scientifique qui n’était pas en accord avec ses croyances, émasculé les droits d’auteur, mis en charpie les mécanismes de protection de l’environnement qui freinaient la pétrolisation de l’Alberta, acheté des armes de guerre offensives, rouvert le dossier de l’avortement, durcit les peine de prison, mis la hache dans les programmes culturels,… Et j’en passe. On parle ici de choses qui se passent au Canada, pas en Extrême-Orient.

Histoire de bien saisir jusqu’où Team Harper peut aller, je voudrais vous rappeler un petit épisode parmi tant d’autres.

En mars dernier, James Moore, plaqueur défensif du Patrimoine canadien, a décidé de censurer une série humoristique française diffusée sur Tou.TV. La raison ? Ça se passait dans le monde de la production du cinéma porno. J’avoue, j’ai regardé un épisode de Hard. On n’y voit rien de croustillant, on se moque gentiment de l’industrie du porno, le scénario est bien écrit, les images sont bien filmées. On voit des choses bien plus choquantes en écoutant LCN ou Sun News. Le ministre Moore se choque vite. Mais pas pour les bonnes raisons. En mars, c’était une série sur le web, en mai c’était une exposition au centre des sciences. Si on le laisse faire, demain, il viendra brûler des livres dans nos bibliothèques.

Il ne me reste plus une miette de dîner dans les entrailles, mais j’ai encore assez d’énergie pour me lever et être demain à la quatrième colossale manifestation qui aura lieu à Montréal et à Québec. On n’a malheureusement pas fini de se lever.

En attendant, ce soir, on change d’air, c’est le lancement d’Urbania Paris. On s’y voit, entre le Camembert et le litron de rouge ?

Et demain, autre lancement: 15 000 exemplaires gratis d’un numéro spécial d’Urbania sur la grève. Celui-là, vous ne pouvez pas le rater, il sera distribué place du Canada lors de l’immense manifestation dont je vous parlais trois lignes plus haut (comme quoi, tout est dans toute…)

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