On a comparé les bandes-annonces de Star Wars avec un professeur geek

Tant qu'à geeker, allons-y à fond !

Je sais que c’est un sacrilège, mais je dois admettre ne pas être le plus grand fan de Star Wars. J’en ai vu quelques-uns, et j’ai passé un bon moment, mais je ne suis juste pas un mordu qui connaît toutes les différences entre un Ewok, un Wookie et un Daiquiri.

Par contre, je suis fasciné par le monstre culturel qu’est Star Wars. À chaque fois qu’un film sort, c’est un battage publicitaire incroyable. Même mes bananes deviennent à thématique Kylo Ren! Je suis content de savoir que même s’il est occupé à prendre le contrôle de la galaxie, il n’oublie pas son apport en potassium.

Et l’un des outils les plus importants dans la promotion d’un film, c’est la bande-annonce. On a eu l’idée de comparer la bande-annonce du premier Star Wars, sorti en 1977, et celle de Solo : A Star Wars Story, le prochain film de la série mythique.

Et comme je ne suis pas un expert de Star Wars, j’ai trouvé un vrai expert, Antonio Dominguez Leiva, professeur au Département d’études littéraires de l’UQAM et spécialiste de Star Wars.

Une différence de rythme

Si vous écoutez ces deux trailers, la première chose qui frappe, c’est la différence de rythme. La bande-annonce de 1976 est plus courte d’une vingtaine de secondes, mais elle paraît beaucoup plus longue. « On est tout de suite basculés dans l’action, évidemment, on sent un rythme beaucoup plus frénétique, parce que c’est la grande transformation qui s’est opérée entre le cinéma des années 70 et le cinéma des années 2010. On voit bien à quel point il y a maintenant une frénésie de l’image. […] Moi, le premier film que j’ai vu de ma vie au cinéma, c’est Star Wars, c’est inoubliable. Mais c’est une expérience de spectateur qui est subjective. Moi, si ma fille de trois ans arrive un jour à l’univers Star Wars, elle va sûrement être beaucoup plus impressionnée par les nouveaux films qui correspondent beaucoup plus aux goûts du moment ».

Deux contextes différents

Mais évidemment, les changements vont plus loin que ces différences superficielles. La première bande-annonce devait présenter un tout nouvel univers : « La première présentait vraiment un univers nouveau, et voulait ancrer ce qui était nouveau à l’époque dans une tradition, qui était celle des Space Operas, avec un important recours à la voix off pour placer le spectateur dans ce qui allait être une expérience à la fois nostalgique (ce qui a influencé George Lucas à ce moment-là, comme pour son ami Steven Spielberg, c’était un retour au serial des années 30-40, qu’ils avaient vu eux, enfants, à la télé), mais aussi l’aspect novateur de son retour dans les années 70, inattendu en quelque sorte.

 Avec Solo, on est dans une situation complètement différente. On part de la base que la majorité des spectateurs connaît déjà l’univers dont il est question.»

[La bande-annonce] est vraiment très sobre, on voit des éléments de l’univers au compte-goutte ».

Évidemment, dans Solo : A Star Wars Story, les objectifs ne sont pas les mêmes : « Avec Solo, on est dans une situation complètement différente. On part de la base que la majorité des spectateurs connaît déjà l’univers dont il est question. Il y a moins à diriger le spectateur par une voix off d’un narrateur omniscient.

Il y a des effets de reconnaissance, puisqu’on reconnaît un peu la triade déjà culte, et en quelque sorte mythologique de Han Solo, Chewbacca et Lando, donc on sait que l’histoire va reprendre ces trois éléments importants du corpus de la saga de Star Wars.

Il y a surtout un appel à la nouveauté relative du projet. On retrouve beaucoup d’éléments de la saga, mais en même temps, ce qu’on voit, et c’est la logique propre de cette extension de l’univers canonique par des spin-off, c’est qu’il y a quantité de nouveaux éléments qu’on ne reconnaît pas ».

Des fans déçus?

Par contre, cette nouveauté des spin-off comme Solo ne plaît pas à tous les fans, qui n’ont pas l’impression de se retrouver devant un vrai film de Star Wars. Antonio Dominguez n’en est pas : « Un des charmes de ces détours, c’est précisément le fait d’imaginer la vie dans ces planètes quand il n’est pas question de grandes épopées comme c’est le fait des récits canoniques eux-mêmes, où il est toujours question de sauver des planètes face à l’empire.

[C’est une partie de l’univers] plus sordide aussi, on voit bien dans le trailer qu’on est à la fois dans les conflits épiques, mais en même temps, on est dans une ambiance qui est plus proche du film noir. On reconnaît au début une influence presque de Blade Runner. On est dans le croisement entre la science-fiction, le western et le film noir. [L’univers criminel et clandestin] a toujours fait partie de l’univers de Star Wars, mais là d’un coup il devient le centre de l’attention. […] Il est possible que ceux qui veulent absolument retrouver la formule originale, c’est possible qu’il y ait une mésentente ».

La science-fiction, passée date?

Une autre différence qui me saute aux yeux, c’est qu’on semble beaucoup moins mettre l’accent sur l’aspect « science-fiction » dans la seconde bande-annonce. Est-ce que c’est out la science-fiction?

[Star Wars] représentait un grand bond dans la représentation de ces univers-là qui étaient jusque-là au cinéma très “’carton-pâte”’. Tout à coup […] quand Star Wars arrive, c’est l’attrait de la nouveauté de se dire : “Wow, c’est de la vieille science-fiction avec les batailles spatiales et tout, mais qui tout d’un coup acquiert une nouvelle crédibilité.”

Pour M. Dominguez Leiva, c’est plutôt une question de contexte : « [Star Wars] représentait un grand bond dans la représentation de ces univers-là qui étaient jusque-là au cinéma très “’carton-pâte”’. Tout à coup […] quand Star Wars arrive, c’est l’attrait de la nouveauté de se dire : “Wow, c’est de la vieille science-fiction avec les batailles spatiales et tout, mais qui tout d’un coup acquiert une nouvelle crédibilité”.

Alors que du côté de Solo, la science-fiction, elle fait complètement partie de notre imaginaire, elle est totalement domestiquée, alors on n’utilise plus la carte de la science-fiction comme quelque chose de radicalement autre ».

Et finalement, c’est laquelle sa bande-annonce préférée? Le professeur est incapable de répondre. Évidemment, la nostalgie embellit le premier Star Wars; c’est le premier film qu’il ait vu au cinéma après tout! Mais il est aussi terre à terre : « Je pense qu’on ne peut pas non plus être dans une totale nostalgie face à la première bande-annonce. […] Il me semble qu’en voyant le trailer, il ne rend pas tellement justice au film final. Ce n’est pas un des plus grands trailers de tous les temps.

Maintenant, est-ce que le trailer de Solo est particulièrement génial? Je ne crois pas non plus. Ce n’est pas quelque chose qui détonne particulièrement ».

De toute façon, peu importe les bandes-annonces, le nouveau Star Wars pourra jamais être pire que The Last Jedi.

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