On a choké le chaman !

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous emmène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtre Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Dix jours au Bélize, c’est beaucoup trop court. On roule à l’essence et elle est  à 1,80$ le litre. Ceci explique cela. Et il faut commencer à penser à revenir vers le nord. Un voyage de six mois c’est long, mais c’est court aussi. Moi qui n’ai jamais été jalouse de ma vie, je me surprends à le devenir, quand je regarde les autres vaners qui n’ont pas de plan pour les 24 prochains mois. Notre retour au Mexique s’est mieux fait qu’à l’arrivée, malgré tout, on se fait confisquer toute notre bouffe fraîche. Bye bye viandes, œufs, fruits, légumes chèrement achetés au Bélize. Pour une deuxième fois, on se dit que cette autre douanière mexicaine fera manger sa famille sur notre bras. Ça aide à passer la pilule.

Voici comment dépenser 30$ au Bélize (non, ils ne sont pas bios).

On a un feeling de retour à la maison, en revenant au Mexique. Feeling réconfortant parce qu’on y a déjà nos repères, mais aussi déstabilisant parce que ça active le compte à rebours du retour  et ça serre le cœur. On rentre donc par l’état du Yucatan, paradis des cenotes (piscines naturelles créées par des rivières sous-terraines où on se baigne dans des grottes, entourés de chauve-souris et d’oiseaux nocturnes).

 On nous conseille d’aller dans un petit village maya autosuffisant pour une expérience humaine hors du commun. Paraît-il que le chaman nous indiquera où se retrouve la cenote cachée dans le village (on ne peut la trouver sans ses indications) et qu’avant d’y entrer, il doit nous purifier. On arrive dans le village, on demande « Enrique », comme mentionné. On attend Enrique. Une heure. Deux heures. « Mais là, on fait quoi » que demande Antoine. « On attend que la vie passe ». Ma réponse me fait rire. C’est quand même la plus belle des sensations, avoir un grand « absolument rien » à faire.

Enrique arrive, dans sa chemise à manches courtes à carreaux, son pantalon à plis et sa ceinture grise. Avec ses papiers et ses crayons dans sa poche de chemise, il a l’air d’un livreur de pizza des belles soirées estivales.

Enrique arrive, dans sa chemise à manches courtes à carreaux, son pantalon à plis et sa ceinture grise. Avec ses papiers et ses crayons dans sa poche de chemise, il a l’air d’un livreur de pizza des belles soirées estivales. Il parle un peu anglais, un peu français, habitué aux touristes, son planning est tout prêt : « vous irez vous baigner à la cenote, je vais appeler mon ami pour qu’il sache que vous allez venir, c’est 100 pesos par personne (environ 15$ pour nous deux), c’est une cenote unique… » et il nous dit le nom. Je regarde mon chum, on a la même pensée : c’est bien la cenote qui est annoncée pendant 1 km sur la route, on a vu une pancarte grosse comme un billboard de McDo à l’entrée. Heille, la cenote secrète, use de subtilité si tu veux me niaiser. 

Il poursuit : « ce soir je vais vous amener dans une grotte où vous ne pourrez accéder sans la purification du chaman, vous prendrez part à une expérience maya hors de l’ordinaire. » J’ai déjà vécu ce genre d’expérience en Équateur, c’est fascinant. Je m’imagine le chaman avec des tatouages sur le corps, le visage maquillé, coiffé d’un chapeau maya, voilà qui semble intéressant. « Qui est le chaman ? », demande Antoine. « Moi » répond Enrique. Fin de l’intérêt. C’est risible. Premièrement, cesse tout de suite de parler de toi à la troisième personne.

« Qui est le chaman ? », demande Antoine. « Moi » répond Enrique. Fin de l’intérêt.

Deuxièmement, c’est clair que si je me fais purifier par le livreur de pizza des belles soirées estivales, en plus d’éclater de rire dans sa face, je vais un peu faire pipi de joie.

On réussit à ne pas pouffer, on continue de l’écouter : « vous allez souper avec nous et vous pourrez dormir gratuitement ».  « Cool, on peut voir où on va dormir ? ». No joke, il pointe la rue. Ok, mais la rue, c’est pas toujours gratuit ? Je dis ça, je dis rien. « C’est un beau planning, mais ça nous coûtera combien cette expérience hors de l’ordinaire ? ». Et là, il nous sort la pire réponse ever : on s’arrangera. Ben non. On ne s’arrangera pas monsieur le chaman-livreur-de-pizza. On lui repose la question, il demeure aussi flou. « Un dernier point, Enrique chaman, votre annonce dit que vous avez du Wifi performant, c’est que j’ai un article à rendre pour URBANIA, je dois l’envoyer ce soir absolument. » « wifi et chaman » dans la même phrase, je ne peux pas te dire à quel point je me fais cramper. « On va aller chez mon cousin, ce soir, il a Internet. On va y aller à 23 heures, en revenant de la visite de la grotte. Vous restez avec nous pour souper, ma femme va faire du poulet, j’appelle mon ami, vous allez vous baigner et vous revenez pour souper à 20 heures ».

Si tu veux absolument me gosser, fais-moi un planning détaillé, sans me demander mon avis, tout en me prenant pour une grosse valise prête juste bonne à être remplie. Faque on est partis, vers la cenote pas cachée pantoute de son ami et le GPS nous a fait bifurquer vers une autre cenote, pas cachée pantoute. Hooooooooooooooon. Maudit que c’est mal fait les GPS. C’est pas avec  grande fierté, mais oui, on a chocké le chaman. Un beau bonsoir, on est jamais revenus.

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