Qu’est-ce qui se passe quand le jeu vidéo débarque dans les salles de concert ?

L'Orchestre de jeux vidéo et URBANIA partent à la chasse à la nostalgie

Quand on parle d’un concert de musique classique, on a le réflexe de s’imaginer un auditoire sobre, uniforme et solennel rempli de têtes blanches (beaucoup, beaucoup de têtes blanches). Par contre, dans un concert de l’Orchestre de jeux vidéo (OJV pour les intimes), on peut remplacer les complets trois-pièces par des t-shirts de World Of Warcraft et les robes Givenchy par des hoodies Assassin’s Creed, et descendre la moyenne d’âge d’au moins 30 ans. Bienvenue dans l’univers du jeu vidéo live.

De la console 16-bit à la symphonie

La musique de jeu vidéo live est un genre qui a pris beaucoup d’ampleur dans la dernière décennie en devenant la solution parfaite pour répondre à notre désir d’écouter les trames sonores de nos jeux préférés en version concert. L’Orchestre de jeux vidéo est notre variante montréalaise de ce nouvel engouement.

Il suffit de quelques notes et on retombe direct dans notre sous-sol d’enfance, devant notre Nintendo 64.

La formule est simple. On va chercher des trames sonores de jeux classiques qui ont marqué le temps: Mario, Donkey KongStarcraft. La liste est longue. Les morceaux choisis sont alors réarrangés et réinterprétés en musique de concert. L’effet est instantané; il suffit de quelques notes et on retombe direct dans notre sous-sol d’enfance, devant notre Nintendo 64. Les morceaux originaux, initialement composés et interprétés à l’aide d’instruments modestes, se font infuser une nouvelle vie et évoluent à la manière d’un Digimon qui devient six fois sa taille avec du feu pis de l’électricité qui crépitent autour.

Rencontre avec un chef d’orchestre geek

Le processus derrière cette formule est complexe et délicat. J’ai rencontré Jonathan Dagenais, directeur musical et chef d’orchestre de l’OJV pour qu’il m’explique la procédure. «Avec mes collègues, on va commencer par se rencontrer pour se faire des propositions, basées sur notre expérience de gaming et nos goûts musicaux», m’explique-t-il. Les choix vont habituellement graviter autour de vieux classiques, mais parfois aussi sur des morceaux plus méconnus, parce que bien que le but principal soit d’adapter des pièces familières, l’OJV cherche aussi à faire découvrir des perles cachées.

On a mélangé la musique de Tetris avec du tango argentin!

«On va ensuite répliquer la pièce, parfois note par note, pour établir le squelette de la nouvelle version», enchaîne-t-il. Déjà, à ce point-là, une mélodie familière qui passe d’un synthétiseur MIDI à un orchestre, c’est impressionnant. «C’est comme passer d’un dessin fait avec deux ou trois crayons à un nouveau dessin fait avec une boîte de Prismacolor».

Sauf que ça ne s’arrête pas là. En fait c’est là que le vrai fun commence pour l’orchestre: «Habituellement, les mélodies de base sont très rapidement répétitives, ce qui fait que dès qu’on a les arrangements de base, c’est là qu’on commence à réinterpréter le morceau, comme par exemple dans ce medley [ici-bas], où on mélange la musique de Tetris avec du tango argentin». Le résultat est à la fois inattendu et excellent, un peu comme la première fois où j’ai versé du sirop d’érable sur une pointe de pizza all dressed.

Quand tu joues à jeu pendant 70 heures avec la même musique qui joue, les mélodies deviennent un peu imprimées dans ta mémoire.

L’ingrédient secret, c’est la nostalgie

Jonathan me rappelle que «quand tu joues avec un jeu pendant 70 heures avec la même musique qui joue, les mélodies deviennent un peu imprimées dans ta mémoire». C’est vrai. Si on rajoute à ça une fermentation d’une douzaine d’années à ces souvenirs, la réaction est instantanée quand on rejoue une mélodie, comme sentir une vieille odeur familière qu’on avait presque oubliée. Se soumettre l’expérience d’un concert de musique de jeux vidéo, c’est à coup sûr un high soutenu de nostalgie.

Pour ceux qui hésiteraient à savoir si les remakes live de trames sonores de jeux vidéo sont pour eux, je propose un avant / après de ces trois morceaux qui figurent au sommet de mon best of.

The legend of Zelda : Ocarina of time

Ocarina of Time est, pour la majorité des 90s kids, un classique intouchable du jeu vidéo. À l’époque, les jeux d’aventure 3D avec un monde ouvert étaient encore rarissimes et Ocarina of Time est venu placer la barre très, très haute (qui a d’ailleurs été, selon certains, atteinte cette année avec Breath of the Wild). La soundtrack d’OoT passe par toutes les émotions possibles, de la petite mélodie mystérieuse à la symphonie haletante, en passant par la sérénade, le menuet, le boléro…

Version originale

Version par l’Orchestre de jeux vidéo

Goldeneye 007

99% des adaptations de films en jeu vidéo ont donné lieu à un horrible bébé mutant et gênant. Goldeneye 007 constitue presque à lui seul le 1% restant de jeux qui ont viré aussi bons que le film. Ce jeu était la raison d’avoir quatre manettes sur sa console (et aussi la cause d’une quantité gênante de disputes débutant par «ARRÊTE DE REGARDER MON ÉCRAN MON #&???%$»). Outre les incessants sons de guns en background, le jeu était complètement dépourvu de voice acting, donnant ainsi une immense importance à la musique, qui n’a d’ailleurs jamais déçu.

Version originale

Version Orchestre de jeux vidéo

Secret of Mana

Caser Secret of Mana dans une discussion entre gamers, c’est un peu comme caser un film de Wong Kar-wai dans une discussion entre cinéphiles: tu ne peux pas parler de jeux vidéo japonais sans avoir fait tes devoirs et fait le tour de Secret of Mana (OK peut-être pas le tour, mais AU MOINS t’être rendu au Upper Land Forest, parce que ça devient fucking hard passé ça).

Version originale

Version Orchestre de jeux vidéo

L’Orchestre de jeux vidéo, c’est l’intersection entre la nostalgie geek et la musique classique. C’est un orchestre de passionnés qui cherchent avant tout à faire triper le public, souvent avec des morceaux qui n’ont encore jamais été interprétés en orchestre à vents. Pour un aller simple vers l’époque du soufflage de cassettes et de la TV cathodique, je vous donne rendez-vous à leur prochain concert NOSTALGEEK le 9 et 17 juin prochain, à la salle Claude Champagne, devant ces 60 musiciens qui redonneront vie à tous ces souvenirs musicaux.

Pour lire un autre texte de Simon-Albert Boudreault: «Enseigner Grand Theft Auto dans les écoles».

www.saboudreault.ca

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