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Ode au Château, le roi du prêt-à-porter québécois
Quelques coups de canons pour marquer le départ de la boutique qui régnait sur les bals de finissants.
Vendredi dernier, on apprenait que la chaîne de vêtements Le Château fermait ses 123 boutiques restantes à travers la province. Et voilà, après des années à se battre pour sa survie, c’est finalement la pandémie qui aura renversé le monarque du chic-pas-cher québécois.
Chez Quatre95 et URBANIA, cette annonce n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Oui, le règne du Château est arrivé à sa fin (après 61 ans quand même), mais ce qui est certain, c’est que la compagnie aura laissé sa marque sur des générations de sujets québécois.
Alors avant que la chaîne de magasins tire officiellement sa révérence, on a pensé qu’il serait bon de revisiter certains des moments glorieux (et moins) qui nous lient à tout jamais au roi du prêt-à-porter.
La reine du bal
«Mon Dieu, toutes les robes de bal achetées là-bas!», s’exclame tout de suite une de mes collègues lorsqu’on mentionne au bureau la fermeture des boutiques Le Château. Pour la majorité des millénariaux, c’est la première chose qui vient en tête quand on pense à la compagnie montréalaise.
«Mon Dieu, toutes les robes de bal achetées là-bas!»
Durant de nombreuses années, Le Château était LA destination de prédilection des adolescentes à la recherche de THE dress qui allait faire tourner toutes les têtes sur le dance floor. «C’est là que j’ai acheté mon top de bal», me dit une autre de mes collègues qui avait déjà à l’époque une vision à contre-courant, optant pour le combo top et jupe, au lieu de la traditionnelle robe de bal.
Elle cherche une photo de son accoutrement final sur son cellulaire, mais en vain (apparemment Facebook n’existait pas dans ce temps-là). Pas grave, j’imagine une camisole en genre de soie plissée bleu électrique.
Parlant de couleurs électriques, un collègue se rappelle d’un bal de finissant où tous les boys arboraient fièrement des cravates fuchsia, vert lime ou bleu pâle achetées fort probablement deux jours avant dans une boutique Le Château. «Même en étant daltonien, j’ai réussi à apprécier les couleurs de l’arc-en-ciel», se remémore-t-il avec une indifférence sentie.
Comme les vedettes
Pour ma part, je n’ai pas connu l’engouement des robes de bal en dentelle et des vestes pas de manches luisantes signées Le Château. Le Château me ramène plutôt à mes années de préado, où dans ma jeune tête, les robes shiny de la boutique de la Place Rosemère étaient réservées aux grandes dames (genre celles qu’on voyait dans le 7 Jours).
dans ma jeune tête, les robes shiny de la boutique de la Place Rosemère étaient réservées aux grandes dames (genre celles qu’on voyait dans le 7 Jours).
C’étaient les vedettes comme Julie Snyder (alors animatrice du Banquier) ou encore l’actrice Guylaine Tremblay (Annie de Annie et ses hommes) qui portaient des vêtements Le Château. Ou encore, c’étaient les candidates d’Occupation Double qui se les gelaient pas de collants dans la cour d’un complexe immobilier de Terrebonne.
Je me rappelle d’ailleurs avoir essayé une robe Le Château moulante beige avec de la dentelle noire «pour le fun» une fois avec ma mère. Je ne m’étais jamais trouvée aussi belle. Sauf que la robe coûtait 100$ et même si ma mère m’avait offert de m’en payer une partie, je trouvais quand même que ça faisait un trop gros trou dans mon portefeuille rose vinyle Ardène.
J’ai finalement fait le choix déchirant de la laisser de côté pour, quelques semaines plus tard, me rendre compte que j’aurais pu passer Noël avec la même robe que Judith portait pendant le party où elle avait appris que Jimmy dansait au 281. Je ne m’en suis jamais remise.
Chic au bureau
Pour d’autres, Le Château est plutôt synonyme de kit de bureau. Et avec raison! En 2015, la compagnie a pris la décision de faire un virage plus mature pour retrouver une partie de son ancienne clientèle.
Le but: inviter ses clients, qui jadis jeunes et rebelles, magasinaient chez eux pour trouver leurs habits de club et de party, à retourner vers Le Château pour remplir leur garde-robe d’adulte ayant maintenant une job et des responsabilités. Entrent en scène les jupes cigarettes, les pantalons chic-relax et les chemises de toutes les couleurs possibles.
Le Château sera resté jusqu’à la toute fin un endroit parfait pour faire le plein de linge «propre» pas trop cher
D’ailleurs, Le Château sera resté jusqu’à la toute fin un endroit parfait pour faire le plein de linge «propre» pas trop cher, que ce soit un nœud papillon pour le mariage de sa cousine ou encore six chemises blanches pareilles pour sa nouvelle job de portier dans un hôtel du centre-ville.
Et que dire des partys de bureau, qui auraient sûrement eu une allure bien différente. Dans mes souvenirs de jeunesse, les boss bitch femmes d’affaires sérieuses, mais cool en même temps, s’habillaient clairement au Château.
Je me souviens
Pour certains, Le Château semble être figé dans le temps. C’est d’ailleurs ce que beaucoup d’observateurs lui reprochent: de ne pas avoir su se réinventer. Mais pourtant, en plus de 60 ans d’affaires, la compagnie québécoise a souvent fait preuve d’audace.
Que ce soit à ses débuts dans les années 60 quand Le Château a importé la mode du cuir de Londres à Montréal, ou quand il a donné sa chance au vendeur de souliers Aldo qui louait un espace dans un des magasins Le Château sur la rue Sainte-Catherine ou même quand il a fait le saut aux États-Unis et au Moyen-Orient.
Le Château reste surtout un fleuron québécois et une des rares boutiques grand public qui fabriquait encore 30% de ses vêtements ici au Canada.
Le Château reste surtout un fleuron québécois et une des rares boutiques grand public qui fabriquait encore 30% de ses vêtements ici au Canada.
Bref, alors que sa dynastie s’achève, le temps est venu de dire adieu au Château. Qu’on abaisse le pont-levis, pour laisser passer le roi du prêt-à-porter québécois! Qu’il parte vers des contrées nouvelles, en laissant derrière lui des souvenirs doux en polyester.
De nous tous, merci Le Château.
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