#NotreHome : hahahahahaha […]

J’estime les chances que la chanson Notre Home atteigne l’objectif escompté à environ -72 sur 100. Quoique…

Sérieusement, #NotreHome (c’est plus drôle si on l’écrit avec le hashtag ), c’est comme une mauvaise publicité gouvernementale, qui s’étire péniblement sur 4 longues minutes de malaise. Au début, j’ai ri. Après, j’étais pas ben pour les gens dans la vidéo. Je voulais pas l’écouter jusqu’au bout; on m’a forcée. C’était vraiment pas un moment agréable dans ma journée. J’imagine le brainstorm : « Eille, on fait une toune pseudo-pop-hiphop-soul en franglais, 10% franc- pis 90% -glais, on convainc les péquistes que c’est une bonne idée (y’auront pas l’choix), pis on fait un hit à saveur engagée; ça va s’appeler Notre Home, ou Our Maison; comme vous voulez. Okay? Who’s in? » Ayoye. Par où commencer? Bon, c’est sûr que je ne veux pas trop « fesser » sur le concept. Ils ont pas voulu mal faire, les « artisans » de la chose. Certes, c’est ridicule. Oui, le potentiel de jokes est vraiment infini; j’ai eu au moins 5 fous rire toute seule devant mon ordinateur en croisant des gags sur internet, et il est pas 9 heures encore. Sauf que ce n’est pas au premier degré que l’initiative me laisse perplexe. D’abord, « créer des ponts » – bon. Bien sûr qu’il faut en créer, des ponts entre les anglophones et les francophones du Québec. Plus que jamais, même. Et bien franchement, si nationaliste puis-je être, je pense qu’il est grand temps que nous, francophones, réalisions qu’une acceptation accrue du bilinguisme au sein de la société québécoise n’est pas forcément une menace pour notre « identité distincte ». L’identité québécoise est hybride. Notre entêtement à le refuser est grotesque. Toujours est-il que ce n’est pas avec des tounes pop en franglais pas trop convaincu qu’on le créera, le pont. Certainement pas. C’est le genre de projet complètement off, qui n’a aucune chance d’avoir un réel succès auprès du public (on va se le dire), mais dont les politiciens et groupes d’intérêts se servent pour créer un simulacre de bonne entente qui, au fond, ne berne personne. Je vois « Notre Home » avant tout comme un « tampon politique ». Comme si les deux groupes ayant majoritairement soutenu et promu la diffusion de cette vidéo, soient le Quebec Community Group Network et le PQ, essayaient de se convaincre mutuellement qu’ils s’accordaient, en se lançant des grosses poignées de fleurs en plastique. Mais même les figurants dans la vidéo n’ont pas l’air d’y croire. Suffit de considérer un instant le profil des deux principaux mécènes de cette perle de la culture hip-hop (notez l’ironie…). D’une part, il ne faudrait pas éluder la vocation militante du QCGN. C’est un organisme sans but lucratif qui regroupe 41 groupes communautaires anglophones et qui sert, pour ainsi dire, de « chien de garde » des droits des anglos, au Québec. Protéger les institutions, offrir une plate-forme de représentation; tout ça. Ce n’est pas un organisme comme, j’sais pas moi, disons Vision Diversité, qui cherche avant tout à optimiser l’intégration culturelle et linguistique au Québec. Le QCGN, qui, notons, est financé par le ministère du Patrimoine canadien, a pour mission, précisément, d’assurer « la vitalité des communautés minoritaires d’expression anglaise». Dans son émission du 10 décembre dernier, sur la Première chaîne, le journaliste Michel C. Auger faisait même un rapprochement entre la mission du QCGN et celle d’Alliance Québec jadis, alors qu’il interviewait Sylvia Martin-Laforge, au sujet du projet de Loi 14. Un peu radical comme comparaison, mais c’est pour dire. C’est tout à fait correct; sauf que c’est un peu l’exact opposé du Parti Québécois. Quant à lui, d’ailleurs, doit-on vraiment souligner qu’il ne s’agit pas exactement d’un modèle d’intégration des « deux solitudes »? Et depuis son accession au pouvoir en septembre dernier, le gouvernement Marois ne fait que cumuler les maladresses dans ses relations avec la communauté anglophone. Donc en somme, le jupon dépasse largement de part et d’autre; dans cette tentative bidon, grinçante et rose-nananne de célébrer le vivre ensemble. Dubitative je suis. Mais bien franchement, je pense qu’on ne peut pas reprocher quoi que ce soit au QCGN. C’est plutôt l’accès de bonne foi pas-du-tout-crédible du PQ qui frise le ridicule. Jean-François Lisée qui, tout d’un coup, applaudit la promotion de l’identité québécoise anglophone… Laissez-moi être « pantoite ». Reste qu’il a raison: souligner et promouvoir l’identité québécoise anglophone, il le faut. À mon sens, il faut même s’opposer farouchement à cette manie franco-québécoise de présenter l’anglais comme une menace, comme un ennemi héréditaire pour la nation québécoise. C’est rejeter (à tort) une partie intégrante de l’identité québécoise que de craindre autant la cohabitation du français et de l’anglais. Sauf que lorsque ça vient du PQ, désolée mais on n’y croit pas. Le PQ, c’est le bastion des « identitaires » rigides; des souverainistes qui voient dans l’anglais un antagoniste à abattre, comme un ver dans la pomme. Ce n’est pas un chèque de 20 000$ qui nous le fera oublier. En fait, faux. On semble souvent oublier que l’attitude « péquiste », c’est précisément ce qui mine le projet de souveraineté. J’dis ça d’même. Mais enfin. On peut néanmoins donner un point à Jean-François Lisée : avec Notre Home,  il a réussi à rallier les anglos et les francos… dans la moquerie. Anyway, ayez a nice journée tout le people! #OurMaison4Ever  *** Et moi, sur twitter, c’est @aurelolancti

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